ACTE TROISIEME
faire revenir. Je ne veux pas me poser en prophète, mais si VOUS voulez m’en croire... (Georges lève les épaules et passe au pupitre de droite pour comparer la lettre reçue avec la correspondance étrangère inscrite au livre d’entrées.) Ah! vous ne vous en tirerez pas comme ça, jeune patron ; il est aisé de lever les épaules et de repousser les avis qui sont offerts gratis, mais il y a un nouveau malheur dans la maison, et j’en veux ma part. Ouvrez-moi franchement votre cœur, maître Georges, et laissez-en sortir le chagrin qui vous arrive : j’en porterai la moitié! Vous ne voulez pas? non? Eh bien, je vais vous dire ce que c’est, moi! Il s'agit de cet infernal champagne suisse.
GEORGES
Le diable emporte le champagne suisse !
SAM
Le diable l’apporta, monsieur. Est-ce que du temps de Parkins neveux, quand la chance marchait de pair avec nous, pareille erreur arriva jamais? On vous fait un envoi de Champagne, vous en expédiez le montant. Deux mois après vous en recevez facture, vous répondez qu’elle est payée, on vous récrit que l’argent n’est point arrivé; vous récrivez que vous en avez l’acquit et voilà une troisième lettre qui vous tombe dessus, comme la troisième sorcière de Macbeth, citée par vous... une lettre, je parie, remplie d’autant de mauvaises nouvelles qu’un panier d’œufs est rempli de poulets. Voyons, soyez franc, est-ce vrai ?
GEORGES
Trop vrai... mais va-t-en, laisse-moi tranquille.
SAM
Je m’en vais, patron, je vous laisse, mais pas tranquille; vous rappelant respectueusement ces nobles paroles tombées des lèvres angéliques de mademoiselle Sarah : Il faut que l’enseignement se soumette à nos arrêts, monsieur, c’est la triste providence de ce monde... Sublime éloquence!
il iort.