‹ L'abîme (poésie)Chapitre 1 sur 70 · LE FACIES HUMAIN · texte numérisé non relu

LE FACIES HUMAIN

Se rapprochant ou non, battantes ou baissées, Les paupières, sans doute, ont un jeu préconçu Sur leur vitrage où doit glisser inaperçu Le reflet cauteleux des mauvaises pensées.

L'âme écrit seulement ce qu'elle veut écrire Sur le front jeune ou vieux, limpide ou racorni, Et ne laisse filtrer qu'un sens indéfini Dans l'éclair du regard et le pli du sourire.

Elle exerce avec art son guet et sa police Sur tous les messagers de la sensation, Et fixe le degré de locomotion Où devra s'arrêter chaque organe complice.

Calculant sa mimique et dardant sa vitesse, Elle parcourt les traits, mais sans y déployer L'ombre des cauchemars qui la font tournoyer Dans ses bas-fonds d'horreur et de scélératesse.

4 L AinME.

La slridcur de son cri profond et solitaire N'y fait qu'un roulement d'échos fallacieux; Et les lèvres, le front, le nez comme les yeux S'entendent pour voiler tout ce qu'elle veut taire.

Et l'homme a beau savoir combien leMal nous ronge. L'horrible expérience a beau coûter si cher, A peine surprend-il, sur ce rideau de chair, Les apparitions informes du mensonge.

Pourtant, il vient une heure où le visage exprime La rage des démons ou la stupeur des morts, C'est quand l'Enfer vengeur et divin du remords Eclaire à fleur de peau les ténèbres du Crime;

C'est lui qui, du fin fond de cette cave obscure, Soutire lentement, comme une Acre vapeur, L'abominable aveu dont la parole a peur, Et le projette enfin sur toute la figure.

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