‹ L'abîme (poésie)Chapitre 14 sur 70 · LES TANT MIEUX ET LES TANT PIS · texte numérisé non relu

LES TANT MIEUX ET LES TANT PIS

Des égoïsmes bien tapis.

Et pourtant, dans mainte occurrence, Il leur vient des troubles subits, Et l'on sent percer, sous l'outrance ^ Des tant mieux comme des tant pis, Nos rancunes et nos dépits.

78 l'abtme.

LA DOUCEUR

Comme l'eau, comme la nuit, Deux sphinx aimés qu'on redoute, La Douceur tente et séduit.

On la recherche, on la suit, Mais elle nous laisse un doute...

Gomme l'eau, comme la nuit.

Si par hasard on la fuit, La huileuse nous envoûte :

La Douceur tente et séduit.

LA DOUCEUR

Cependant, rien n'y relait :

C'est fond noir sous noire voûte.

Comme l'eau, comme la nuit.

Le devin qui la traduit

Ne la comprend jamais toute :

La Douceur tente et séduit.

Maintes fois elle vous nuit, Mais elle est toujours absoute Comme l'eau, comme la nuit.

D'ailleurs, par son mol enduit Toute prudence est dissoute.

La Douceur tente et séduit

Car elle met sur l'ennui Un charme qui le velouté Comme l'eau, comme la nuit.

80 l'abîme.

Qu'importe si son appui Est sincère ou vous filoute?

La Douceur tente et séduit

Puisqu'elle parle sans bruit, Qu'elle agit, regarde, écoute Gomme l'eau, comme la nuit.

La rage? elle la réduit.

La haine? elle la déroute :

La Douceur tente et séduit.

Elle prend même celui

Chez qui le soupçon s'encroûte.

Comme l'eau, comme la nuit.

En vain le temps nous instruit Et l'on sait ce qu'il en coûte...

La Douceur tente et séduit.

LA DOUCEUR. 81

En somme, elle nous conduit Et notre orgueil n'y voit goutte.

Comme l'eau, comme la nuit, La Douceur tente et 'séduit.

82 l'abîme.

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