LES TANT MIEUX ET LES TANT PIS
Des égoïsmes bien tapis.
Et pourtant, dans mainte occurrence, Il leur vient des troubles subits, Et l'on sent percer, sous l'outrance ^ Des tant mieux comme des tant pis, Nos rancunes et nos dépits.
78 l'abtme.
LA DOUCEUR
Comme l'eau, comme la nuit, Deux sphinx aimés qu'on redoute, La Douceur tente et séduit.
On la recherche, on la suit, Mais elle nous laisse un doute...
Gomme l'eau, comme la nuit.
Si par hasard on la fuit, La huileuse nous envoûte :
La Douceur tente et séduit.
LA DOUCEUR
Cependant, rien n'y relait :
C'est fond noir sous noire voûte.
Comme l'eau, comme la nuit.
Le devin qui la traduit
Ne la comprend jamais toute :
La Douceur tente et séduit.
Maintes fois elle vous nuit, Mais elle est toujours absoute Comme l'eau, comme la nuit.
D'ailleurs, par son mol enduit Toute prudence est dissoute.
La Douceur tente et séduit
Car elle met sur l'ennui Un charme qui le velouté Comme l'eau, comme la nuit.
80 l'abîme.
Qu'importe si son appui Est sincère ou vous filoute?
La Douceur tente et séduit
Puisqu'elle parle sans bruit, Qu'elle agit, regarde, écoute Gomme l'eau, comme la nuit.
La rage? elle la réduit.
La haine? elle la déroute :
La Douceur tente et séduit.
Elle prend même celui
Chez qui le soupçon s'encroûte.
Comme l'eau, comme la nuit.
En vain le temps nous instruit Et l'on sait ce qu'il en coûte...
La Douceur tente et séduit.
LA DOUCEUR. 81
En somme, elle nous conduit Et notre orgueil n'y voit goutte.
Comme l'eau, comme la nuit, La Douceur tente et 'séduit.
82 l'abîme.