LE BLAFARD. 16'J
Car c'est le vice qui nous hàle, Nous ne le savons que trop bien :
Ue là l'angoisse qui nous tient.
Nous sentons plus près notre râle Quand on nous dit : « Vous êtes pale. »
170 l'abîme.
« En vain je bâtis à mes jours Un mur d'Illusions compactes, Le cercueil vient bâiller toujours Devant mes projets et mes actes.
Je sens s'accélérer mes pas A chaque heure qui m'est ravie^ Et, somnambule de la vie Magnétisé par le trépas,
Jo vais au hasard de mon être.
Par un chemin toujours béant, Me recoucher dans le néant Où je dormais avant de naître.
Je veux croire, en ma Vanité, Avec la Foi qui le proclame, Que le prolongement de l'âme S'enfonce dans l'éternité;
Que le monde et ce qu'il renferme Tend vers son Dieu dont il a faim.
Et que la mort n'est pas la fin, Mais le commencement sans terme.
Hélas! la Foi n'est qu'un lampion Obscurci par ma défiance, Quand je consulte cet espion Qui s'appelle la Conscience.
172 l'abîme.
Gomme une vis dans un écrou, Gomme un hibou dans un tronc d'arbre, Gomme la fouine dans son trou, Gomme le crapaud dans du marbre,
La peur de mourir est en moi.
Et jamais rien ne me délivre
De ce perpétuel effroi;
Rien ! pas même l'horreur de vivre.
L'imprévu guette mon lambeau Derrière la minute brève, Et la vérité du tombeau Gonclut le mensonge du rêve. »
— A travers ses plans scélérats
Ou sa méditation sainte,
La nuit, dans le linceul des draps,
Tout homme étouffe cette plainte Dont les échos sourds et stridents Le font geindre et claquer des dents, Lorsque sa lumière est éteinte.
17i- l'abîme.