‹ L'abîme (poésie)Chapitre 60 sur 70 · LE NÉANT · texte numérisé non relu

LE NÉANT

La vie, enterreuse rapace, Vous aspire comme un siphon; Elle vous vide au plus profond, Et vous laisse une carapace Que le Temps souflle dans l'espace...

Qu'en dites-vous?

338 l'abîme.

Quand je serai mort, après ?

Le Ciel m'ouvrira sa porte?

— Dame! clapote un cyprès.

Vers moi, les anges tout prêts Prendront leur volée accorte:

Quand je serai mort, après?

La chair se dérobe exprès Pour que la pensée en sorte?

— Dame! clapote un cyprès.

La tombe et ses noirs apprêts Fêtent Fàme en quelque sorte?

Quand je serai mort, après?

Dans l'argile ou le marais

C'est le corps seul qu'on transporte?

— Dame! clapote un cyprès.

Sur ces lugubres guérets L'esprit plane ! donc qu'importe !

Quand je serai mort, après!

L'autre vie est là, si près !

Le dernier soupir y porte î — Dame! clapote un cyprès,

Malgré ses tourments secrets Ma vieille foi reste forte .

Quand je serai mort, après !

240 l'abîme.

Le Mal doit payer ses frais, Il faut que le Bien rapporte!

— Dame! clapote un cyprès.

Eh quoi ! défunt, je serais

Moins qu'un ver et qu'un cloporte

Quand je serai mort, après?

Pour toujours je m'en irais Où s'en va la feuille morte?

— Dame ! clapote un cyprès.

Mon doute retend ses rets, Et ma peur se réconforte.

Quand je serai mort, après? ^

Mais alors les intérêts

Des jeûnes que je supporte?

— Dame! clapote un cyprès.

Dans ces coffres en bois frais

C'est tout l'homme qu'on emporte ?. . .

Quand je serai mort, après...

L'herbe ayant pompé l'engrais Et les sucs de ma chair morte?.

— Dame ! clapote un cyprès.

Mais au moins quelques regrets Seront ma cendreuse escorte, Quand je serai mort, après?...

— Dame! clapote un cyprès.

242 l'abîme.

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