L'HUMILITÉ
Veux-tu mieux vivre sur la terre Et mieux mourir au jour venu ?
Confesse alors ton inconnu Et courbe-toi sous ton mystère.
Désaccoutume-toi du blâme Et des engouements de vertu, Puisqu'il suffit d'un seul fétu Pour faire chavirer une âme;
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Puisque la volonté bascule Au gré de la tentation Dont l'infaillible occasion Vient à nous quand on y recule.
Reste naïf avec les autres; Garde tes contrôles pour toi.
Et note le mauvais aloi De tes sentiments bons apôtres.
En dépit de son stratagènie Confonds ta versatilité, Et contrains ton humilité D'être l'espionne d'elle-même.
Malgré lui l'orgueil nous harcelle N'étant jamais assez contrit, Et la. poussière de l'esprit N'obéit qu'à cette parcelle. .
260 l'abîme.
Pour tuer en ta conscience La vanité du repentir, Il te faut donc assujettir Ton remords à ta défiance.
Car ton ferme propos ressemble
A ces falots errant la nuit :
La rafale qui les poursuit
Peut souffler leur lueur qui tremble.
Dans le Bien marche simple et triste Et dis-toi, pèlerin confus, Que le vieil homme que tu fus Est un revenant sur ta piste.
Le vertige qui nous entraîne Est changeant et précipité; On va tourner dans la bonté, Qu'on tourne déjà dans la haine.
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C'est pourquoi, louche à tous tes pactes Comme un tyran à ses sujets Et déconcerte tes projets Par les scrupules de tes actes.
Sois l'hésitant de ta justice Et le timoré de ta loi; Et quand tu sens grandir ta foi Que ton doute la rapetisse.
Maintiens ta rigueur asservie Sans cesse à son propre soupçon.
C'est seulement par ce frisson Que tu mortifieras ta vie.
Le Mal te voue à son empire :
Exagères-en la frayeur.
Tu seras peut-être meilleur En craignant toujours d'être pire.
262 t/abime.