CHAPITRE PREMIER
INFLUEUGE DB L'ESCLAVAGE SUR L'ENSEKBLB DE U POLITIQUE ET DE LA LÉGISLATION DES ÉTATS-UNIS
S 1. — De. la emwÊwHiÊuÊMmm an coiproMto 4ii mmoari
Par une coïncidence frappante, l'esclavage et la liberté, le mal et le bien, naquirent la même année, aux États-Unis. C'est dans Thiver de 1620 que le navire la Fleur-de-Mai débarquait au rocher de Plymouth une poignée d'hommes pieux , honnêtes, intelligents, amante de la justice et de l'égalité : ce furent les fondateurs de l'illustre nation qui prit le nom d'États-Unis de r Amérique. La même année, un autre navire, que l'on croit hollandais, abordait à Jamestown, en Virginie, et débarquait dix-neuf esclaves noirs, les premiers qui aient touché et souillé le sol de l'Amérique du Nord. Ces deux puissantes influences durent encore et se partagent toujours le pays. Des flancs de la Fleur-de-Mai il
est sorti une des plus florissantes et des plus libres nations qu*ait vues le monde, composée maÎBtenant de près de 50 millions d'hommes. Les tristes passagers du vaisseau négrier ont eu 4 millions de successeurs. La Virginie qui devait être le berceau de l'indépendance fut aussi celui de l'esclavage ^ . .
L'exemple fut rapidement imitée et l'usage d'employer des esclaves se propagea du sud an nord^^Ën 1639, on refuse déjà les drmtd politiques aux esclaves dans leMaryland . Les deux Garolines deviennent le marché principal de la traite. Dès le milieu du dix-septième siècle, l'esclavage existe dans tous les Etats du Sud. Il se propage plus lentement dans les États du Nord, où jamais le nombre des esclaves n'atteignit celui des hommes libres, tandis qu'il le dépasse de beaucoup dans le Sud. On ne peut douter que le gouvernement anglais n'ait vivement influé sur l'importation des nègres. La Virginie résista plusieurs fois, et en 1776 \ au nombre des griefs articulés contre George III, la convention de Wiiliamsburg lui reprochait l'usage inhumain de la prérogative royale: qui a empêché la Virginie de prohiber par une loi l'introduction des nègres. On trobve la même résistance dans une déclaration du Congrès du 8 octobre 1774'.
* Beverley, Hislory of Virginia, — P. Van BïenWét, Études sur Vesclor vage aux ÊtaU^Vfds, p. 31. LouTain^ 1859. — - Gh. Siunner, IHscours du 19 septembre 1860. Boston.
* Laboulaye, Introduction à VÈsdatfagey cte Channing.
s BiMiotbè({iie derÂrsenal, Dœmnents réunis par Grégoire, ancien éTéqne de BloiSy t. VIU des documents fn^nçais.
Je dois la communication de cette curieuse collection de docummits du dix-huitiàme siècle à ToMigeantie de M. P. Lacroix, conservateur de la bibliothèque de TÀrsenal.
ie L'ESCLAVAGE.
Dans la Géorgie, une loi interdisait l'importation des nègres et celle des spiritueux ; il fallut l'abroger en 1 749.
Le Massachusets, le Gonnecticut, le Rhode-lsland, le Delaware, la Pensylvanie, purent s'affranchir à peu près de la contagion. Soutenus par des principes religieux plus vifs, ayant un besoin moins impérieux de travailleurs habitués au climat, ces États triomphèrent de l'invasion, de l'exemple et de la pression de la métropole.
Après la déclaration d'indépendance, lorsque les immortels fondateurs de la république américaine rédigèrent la constitution du 17 septembre 1787, loi qui la régit encore et assure au peuple le plus nouveau du monde l'honneur de posséder l'une des constitutions les plus anciennes, Jefferson, ayant proclamé en termes solennels c< que les hommes mU tous été créés égaux et doués par leur Créateur de droits inhérents et inaliénableSj parmi lesquels la liberté ^ » Jefferson voulut ajouter un article qui condamnait l'esclavage.
Une majorité d'une seule voix repoussa cette déclaration.
Les intérêts l'emportèrent dès lors, comme depuis, sur les convictions des plus illustres pères de la liberté américaine. Washington affranchit ses esclaves par testament, Franklin écrivit contre l'esclavage, le grand juge John Jay et tant d'autres grands hommes partageaient le même sentiment. Mais, dans la crainte d'affaiblir ou de rompre le lien de la fédération, déjà si fragile, ils n'insistèrent pas, et le monstrueux hymen de la liberté et de la servitude fut consacré.
On déguisa comme une action honteuse cette disposi-
tion dans le silence évasif d'un sons-entendu. Le mot à^esdavage ne souille aucun article de la Constitution. On laisse prévoir Fabolition de la traite pour Tannée 1808 par ces mots de Tarticle P', section u, $ 1 : a La migration ou l'importation de telles penonnet^dmtf admission peut parattre convenable aux États actuellement existants^ ne sera point prohibée par le Congrès avant l'année 1808. »Enoutrei dans l'artideP') section u, § 3, qui distribue les représentants en proportion du chîfTre de la population, on lit « qu'au nombre total des personnes libres il sera ajouté trois cinquièmes de touU^s avtres personnes. » Voilà tout! ce Un étranger, disait Channing ^, pourrait lire la Constitution sans soupçonner que l'esclavage existe parnii nous. y>
Ainsi, la Constitution se tait sur l'esclavage comme l'Évangile; mais l'Évangile n'en parle pas parce que, devant lui, tous les hommes sont égaux ; la Constitution se tait parce que, devant elle, les esclaves ne sont pas des hommes !
Heureusement, le vent de la liberté qui soufflait en Europe se fit sentir en Amérique. Le Congrès américain de 1794 prohiba la traite ; ,1e oièmQ principe passa dans les traités intervenus en 1814 et 1842 entre l'Angleterre et les États-Unis, mais sans que ceux-ci aient jamais voulu se soumettre au droit de visite, enfin abandonné à la suite des conflits et des négociations diplomatiques de
En même temps, les États du Nord donnèrent un mémorable exemple. Dès 1780, avant la fin de la guerre
< Note sur une lettre à M. Glay, p. 349, é£tion Laboulaye.
14 L'ESCLATAGE.
de la révolution, la Pénsylvànie et le Massachuset» totèrent Textinction graduelle de Tesclavage. Tous lès États sitttés au nord du Delaware imitèrent successivement cet exemple; il n'y avait plus, au recensement de 1820, un seul esclave dans sept États sur treize qui composaient originairement la confédération, savoir : la Pénsylvànie, le Massacbusets, le Gonnecticut, le Rhode- Island, le New-Jersey, le New-Hampshire, le New-York.
L'esclavage restait confiné dans les six autres États : le Delaware, le Maryland, la Virginie, les deux Carolines et la Géorgie.
Mais, à cette époque, la fédération comptait déjà, dans ces six États seulement: 1,620,340 esclaves \ tandis qu'en 1790 elle n'en renfermait pas, du nord au sud^ plus de 670,635 ' en totalité.
fiCs dénombrements et les annexions ont porté à trente-deux les États de l'Union', partagés entre dix-
* Delawarc . 2,290
Maryland 90,368
Virginie 472,528
Cantine Nord 288,548
• Sud 584,984
Géorgie 581,622
(Helper, Comfendium, tableau 12.) * Discours prononcé à Newhaven en 1790 par le révérend James Dana. Bibl. de TArsenal, fonds Grégoire, documents anglais, t. ill.
» Sans compter trois ou q[uatre territoires. — Voici les dates, et, en quelque sorte, les extraits de naissaace des États de TUnion :
1564. — Une colonie de protestants français, sous la conduite de Ribault, s'établit en Floride.
1565. — Saint-Augustio, fondée par Pedro Melendez.
1584. — Sir Walter Raleigh obtient une patente et envoie deux navires à la côte qui reçoit le nom de Virginie.
1607. — Premier établissement de la compagnie de Londres à Janiestown (Virginie.)
ÉTATS-UNIS D'AJfÉRIQUE. f5
sept États sans esclaves, et quinze États à esclaves.
dont Toici les noms :