‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 23 sur 78 · MisTRis Elus · texte numérisé non relu

MisTRis Elus

« Tai été trente-deux ans esclave dans l'État de Delawaie. J'étais traitée d'une manière toléraUe, comparativement à tant d*autres. J'étais élevée dans l'ignorance,, et je sentais mon esprit déprimé, affaissé... Jai été fouettée avec un fouet de charrette... Je porterai jusqu'au tombeau une bosse au front d'un coup que m'a donné mon maître. J'ai eu quatre entmts, deux sont morts, deux se sont échappés avoe moi... C'est quand mon maître me menaça de me vendre et de garder mes enfants que je le quittai ...

(< L'esclavage est une mauvaise institution. Je pense que si les Uancâ alFranchissaient les esclaves, ils ne courraient aucun danger. Les gens de travail iraient travailler i^ans réyolte. »

' 45; Daix JosiAÉ LockAJtt :

« Mon msotre disait qm'il me fouetterait jusqu'à ce que je lusse rayé comme un 2^r6 ^ •

Nous pourrions ajouter d'autres récits, mais c'est toujours le même tableau : le fouet, la séparation, Tignoranfce, lé mépris, les menaces, voilà ce qu'on ose appeler le bonheur des esclaves*

Tous ces traits sont-ils des exagérations ou des exceptions? Admettons, si l'on veut, que ce sont les esclaves les plus maltraités qui s'enfuient; mais, ne l'oublions

^ Cette atroce plaisanterie des anciens se retrouve, après diK-ne\if siècles de christianisme, comme un ignoble écho du monde païen.

Capfigerànn hoiàifieni hon' plàcet mihi nèqùe 'pàntherinum. (Wal- !on> U, 340, Epid. ii, li i5i) ' ; '

Le poète latin comparait les esclaves à la race des chèvres ou defs panthères, à cause des traces de coups de fouet dont leur peau était bigarrée.

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pas, ces mauvais traitements auxquels plusieurs milliers d'esclaves ont été réellement soumis, plusieurs millions y sont exposés tous les jours.

« Damoclès* est assis à la table d'un roi, couverte de vaisselle d or et d*argenl, chargée de plats exquis. « Quel heureux gaillard est ce a Damoclès, s'écrie H. du Sud, il est à ime belle noce ! »

— c Oui, rép(Mid M. du Nord, mais dites-moi, ne voyez-vous pas cette époe qui reluit au-dessus de sa tête, et n'est suspendue que par im cheveu î »

— « Peu importe Tépée? vous mêlez ensemble le triste et le gai. C est un tort, laissez-nous à notre aise considérer présentement le dîner. Quelle fête! A en juger par la vaisselle d'or et d'argent, par les bouquets de roses, par le fumet mêlé du bouilli et du rôti, et par l'appétit vigoureux de Damoclès lui-même, chacun doit saluer en lui un homme bien heureux ! »

— c S'il est heureux, c'est qu'il ignore sa condition, ou que, sachant que le jour de l'épreuve est proche, il a adopté la maxime philosophique citée par le prophète : « Buvons et mangeons, car demain nous « mourrons. »

— Si heureux que soit Damoclès, il a ce glaive au-dessus de la tête. . .... Qui accepterait un bon dîner avec cet accompagnement?

— « Vous avez tort, le dîner est bon, laissez-nous en jouii*. Damoclès se porte bien : c'est une pitié que le Celte affamé, sale, fripon, querelleur, ne puisse pas avoir chaque jour un aussi bon dîner à la table du roi Denys; un peu plus tard, nous examinerons un peu la question du glaive, mais pour le moment, convenez-en, ce Damoclès est un heureux gaillard ! ))

Terminons par cette allusiou plaisante, amère et trop exacte, hélas! cette longue discussion sur le prétendu bonheur de Tesclave, le plus heureux des hommes chez le meilleur des maîtres. Qui donc consentirait un seul

* Tlie refuge. Introduction, p. 56,

jour à êlre l'esclave même de son plus tendre ami?

c< Il est absurde, dit Beniham, de raisonner sur le bonheur des hommes autrement que par leurs propres sensations, et de déclarer heureux un homme qui se trouve malheureux

« Que Tesclavage soit agréable aux maîtres, c'est un fait qui n'est pas douteux, puisqu'il suftlrait de leur volonté pour le faire cesser à l'inslant. Qu'il soit désagréable aux esclaves, c'est un fait qui n'est pas moins certain, puisqu'on ne les retient partout dans cet état que par la contrainte. Personne qui se trouvant libre voulût devenir esclave; personne qui se trouvant esclave ne voulût devenir libre ^ »

Gela décide la question.

* Tome I, X[î, 3* part., chap. i .

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