II
récoutent, il n'a pas parlé du temple de Delphes, de U forêt de Dodone ou de Bacchus ; de même il n'aurait pas fait allusion à Tesclavage qui ne souillait pas sa vue, ^ n'aurait employé le mot serviteur que dans le sens d ^ domestique^
' Le mot servuii introduit dans tous les arguments tirés des textes une déplorable confusion dont il importe d'être prévenu. Servus signifie aussi bien serviteur qu* esclave. Toutes les paroles de TÉvangile et des Épîtres s'appliquent exactement dans les pays où on est servi par des domestiques; cependant elles ont été prononcées dans des contrées et k une époque où Fesclavage était universel ; il est manifeste qu'elles s'appliquent non moins exactement aux esclaves. Quand servus veut-il dire esclave, et quand signifie-t-il domestique?
La langue grecque, plus riche, a autant de termes divers que l'expression comporte de nuances ; le terme général, indistinct, est ^oî3Xo;, ^ou).6Ûw ; XarpiOw, Xàrpiç, servir comme soldat ou servir Dieu ; otxsreuw, oixstyiç, domestique; p.to6o(ù, p.ia6c&ç, salarié; uiraxouû), uthixooç, suivant, attache; — àv^pawG^rv , esclave proprement dit. Dans tous les cas où ^oDXo; est employé, auquel de ses synonymes correspond-il?
L'hébreu ne distingue pas, il emploie toujours les expressions générales ebedhf abodha, abudda, serviteur, service, servir, qui viennent de abadhtravailler, — et qudn.^^aefois seulement sakity salarié. Les deux mots se trouvent dans un mêm^ verset de Job, vu, 2, 5.
La seule conclusion à tirer de ces difficultés de linguistique, c'est qu'il ne guffit pas que les mots ebedh^ ^oOXoç, servus, servant, knecht, serviteur, soient employés dans les diverses traductions des livres saints pour qu'on en conclue qu'il y est question d'esclaves. C'est par les faits qu'il faut contrôler le sens. Ainsi, on a calculé (Barnes, p. 64 et suiv.) que le mot doulos ou servus se rencontre cent vingt-deux fois dans tout le Nouveau Testament; sur ce nombre, il signifie :
Serviteur de Dieu et du Christ 29 fois
Serviteurs du péché ou du monde 6 —
Se servir les uns les autres par la charité. . 2 —
Serviteurs des juifs 47 —
Serviteurs quelconques 38 —
Est-il possible d'affirmer que dans ces derniers exemples, il soit une seule fois question de véritables esclaves? Non; la traduction grecque ne contient
Je crois cette preuve cotitestableet d'ailleurs superflue. La parole et le regard du Seigneur sortent des étroites catégories inventées par les hommes aussi bien que des petites frontières de la Judée, s'élançant aux extrémités du temps, de Tespace et du monde créé. 11 est dans TÊvangile des textes précis qui concernent Tesclavage.
Ce qui est vrai, c'est que le divin Maître, attaquant le mal à sa racine comme un chimiste (qu'on me pardonne cette comparaison) qui, sans tenir compte des composés, aurait lapuissanced'agir directement sur les corps simples, ne qualifie pas par leur nom les résultats variés de la corruption humaine, il va droit aux péchés capitaux, à l'orgueil, à la paresse, au vol, à l'homicide, et, les condamnant, il condamne du même mot le joug homicide que l'orgueil et la paresse imposent à un être privé de son premier bien qui est la liberté. Ne diles donc pas que l'Évangile renferme peu de textes contre l'esclavage, car il renferme des textes nombreux et foudroyants contre les vices qui en sont la cause et la suite. Mais vous pouvez aflirmer qu'il ne contient pas une phrase, pas un mot m faveur de l'esclavage.
Voici cependant un texte qui est allégué : Saint Luc, chap. xii :
« 47. Ille autem serviis qui cognovit voluntatem Domini suiet non praeparavit, et non fecit secundum voluntatem ejus, vapulabit tnultis.
pas une seule fois le mot andrapodon, bien que le mot corrélatif an- ^^apoàistès , marchand d'hommes, plagiariuSf se lise dans S. Paul (I Tiw. I, 10).
Ne nous attachons donc pas aux mots, mais seulement au sens et aux cir- ^nstances dans lesquelles ces mots sont employés.
« 48. Qui auteiïi non cognovit el fecit digna plagù^ vapulabit paiicis.., »
a Le serviteur ou Vesclave qui a connu la volonté de son maître et ne s'est pas tenu prêt, et n'a pas agi selon ses ordres, sera frappé de plusieurs coups.
a Celui qui ne Ta pas connue, mais a fait des choses qui méritent des coups, en recevra moins. »
On conclut de ce texte que Notre-Seigneur lui-même autorise l'esclavage et les peines corporelles.
Je pourrais me borner à remarquer que le divin Maître tire un exemple de la vie usuelle des Juifs; qu'il en agit ainsi dans toutes ses paraboles sans qu'on transforme en lois les exemples allégués.
Mais qu'on lise la parabole tout entière et qu'on la relise dans saint Matthieu (chap. xxiv, 42-51). Elle recommande de se tenir prêt en vue des récompenses et des peines de la vie étemelle. Elle parle de châtiments appliqués à un économe, dispensator (Saint Luc, 42), quia autorité sur tous les autres serviteurs (Saint Matthieu , 45), économe rnéchant^ qui s^ enivre et bat les autres serviteurs el les servantes (Saint Luc, 45; Saint Matthieu, 49), ou bien fait des choses dignes de coups, digna plagis (48). Ces coups, il les recevra, ou, comme le dit saint Matthieu :
« 51.7/ sera séparé et aura pour partage d'être puni avec les hypocrites, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand le maître arrivera au jour qu'il n'attend pas. »
Qu'on le remarque, ce n'est pas aux esclaves seuls que s'adresse ce sermon sur la vigilance, c'est à tous les hommes. Cela est évident, en outre cela est textuel. c< Vous
êtes semblables à des hommes qui attendent leur maître; hominibus expectantibus dominum (36), » voilà le début. Au milieu de la parabole, saint Pierre interrompt et demande (41) : « Seigneur, esl-ceànoiis seuls que vous dites cetteparabole ou à tous ? » Or le Seigneur continue de manière à ne pas laisser en douler, et il conclut ainsi (48) : « Car, à tout homme à qui il a été donné beaucoup, il sera demandé beaucoup, et plus il lui aura été confié, plus il lui sera demandé. »
Mais, quel est donc cet homme à qui il a été coniié beaucoup, cet homme qui a été établi sur les autres serviteurs? Est-ce le maître? Est-ce Tesclave? Les saintes et terrifiantes paroles de Jésus-Christ tombent sur le possesseur d'esclaves ; c'est lui qui mange, boit, s'enivre, bat les serviteurs et les servantes, oublie le jour du jugement. C'est à lui qu'il sera redemandé beaucoup, et non pas au pauvre noir qui a si peu reçu. Ici donc, le maître c'est Dieu, l'esclave, c'est le planteur !
Voilà, en vérité, un texte heureusement choisi!
Continuons.
A quel chapitre emprunte-t-on cette parabole, pour en faire la consécration de la propriété des esclaves? Précisément au chapitre où Notre-Seigneur refuse de trancher les questions de propriété, 14 : a Quis me constituit judicem aut divisorem super vos ? » — où il pose celte admirable règle, 31 : a Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice; » — où il exhorte au renoncement, 33 : « Vendite qux possidetis et date eleemosynam ; » — où il reproche aux hommes de n'être pas justes, 57 : « Quid autem et a vobis ipsis non judicatis
qHodjustum est? » — où il recommande la réconciliation, sous peine (Venfer, 58, 59*.
Que reste-l-il de celle citation malencontreuse? choisie pour justifier l'esclavage, elle le condamne énergiquement.
Veut-on d'ailleurs des textes précis contre Tesclavage? Qu'on ouvre le même évangile selon saint Luc. Dès les premiers chapitres, saint Jean-Baptiste annonce Noire- Seigneur en ces termes :
« Chap. HT, 16. Il m viendra un autre plus puissant que moi...
c< 17. Il prendra le van en main^ et nettoiera son aire... »
Au ch. IV, Jésus baptisé commence son ministère en triomphant du démon, puis, revenu à Nazareth, quelle est sa première parole?
c< 16. // entra ^ selon sa coutume^ le jour du Sabbat dans la synagogue y et il se leva pour lire.
Ci n. On lai présenta le livre du prophète Isaïe, et Payant ouvert, il trouva le lieu ou ces paroles étaient écrites :
Cl 18. r Esprit du Seigneur s^est reposé sur moi; il m'a consacré par son onction ; il m'a envoyé pour annoncer