‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 49 sur 78 · II · texte numérisé non relu

II

Saint Luc, XII, 37. « Heureux ces esclaves que le maître à son arrivée trouvera veillants ! Je vous dis en vérité que s'étant ceint, il les fera mettre à table et quilira et viendra pour les servir. »

Ce mot transfiguré passe dans la langue de la foi et de rhonneur. On lit sur les lombes des chrétiens : «Ingenuus natu, servus aulem ChmtL » On lit sur Técusson des chevaliers : « Je sers. » La race abandonnée des serviteurs forcés sera affranchie. La grande famille des serviteurs volontaires de la charité va paraître sur la terre.

Mais cessons de chercher avec une minutie un peu trop étroite des textes où figure le mot esclave. C'est TÉvangile tout entier qu'il faut lire. J'ai horreur de ceux qui le divisent, de ceux qui, attentifs à répéter aux hommes ce qu'il leur ôte, ne leur redisent jamais tout ce qu'il leur apporte, parlent de soumission, jamais de liberté; de crainte, jamais d'amour; de pénitence, jamais d'allégresse. J'aime l'Évangile tout entier, et je ne sépare pas ses rigueurs de ses tendresses.

Suivons donc Jésus sur cette montagne bénie d'où sont tombées ces paroles adorables et étonnantes : « Heureux les pauvres! Heureux ceux qui pleurent! Malheur à vous, riches ! » Prêtons une oreille attentive à ces suaves paroles que le Maître, après de justes reproches à sa patrie, adresse au reste des hommes :

«Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. » (Matth., xi, 28).

Écoutons en tremblant la sentence du jugement dernier :« ...J'étais captif et vous êtes venu à moi.... Autant de fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits d'entre

mes frères, c'est à moi-même que vous Tavez fait. » fMafth.,xxv, 34, 40).

Recueillons de la bouche même du Roi du monde cette doctrine nouvelle de Tautorité sur la terre :

Matthieu XX, 26 :a Que celui qui voudra devenir grand parmi vous soit votre serviteur.

« 28. Le Fils de THomme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir » [IbicL] Saint Marc, x, 42-45.)

Luc, XXII, 25, 26 et

«27. Lequel est le plus grand de celui qui est à table ou de celui qui sert? n'est-ce pas celui qui est à lable? Et néanmoins je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

Matthieu, xxm, 8 : «Qu'on ne vous appelle point maîtrcs\ parce que vous n'avez quun seul maUre^ qui est le Christ, et vous êtes tous frères.

« H. Celui qui est le plus grand parmi vous sera votre serviteur.

c< 23. Malheur à vous, hypocrites, qui payez la dîme après avoir abandonné ce qu'il y a de plus important dans la loi, c'est-à-dire la justice j la miséricorde et la bonne foil C'étaient là les choses qu'il fallait pratiquer sans omettre les autres. »

Souvenons-nous de toutes ces divines et fortes paroles qui ont fondé la dignité et la liberté morale de la conscience humaine, préparé Thomme nouveau et la société moderne, réhabilité le travail et la pauvreté, condamné

^ Qu^on ne dise point que maître signifie docteur, car ce sens vient à son tour dans le verset suiv., 8: « Qu'on ne vous appelle point docteurs, car TOUS n'avez qu'un seul docteur qui est le Christ.

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l'oisiveié, la cupidité, la colère, communiqué un accent inconnu au mot justice, plus souvent répété dans TÉvangile que le mot même de charité, enfin donné pour la première fois un sens vrai au nom de frères, jusque-là dérision et moquerie, car la fraternité n'était, selon la forte expression d'une femme, que le roman du genre humain , le fratricide en était l'histoire. L'homme est égal à riiomme; le travail est noble, il est le devoir de tous; ces deux idées de plus dans le monde sont la condamnation et la fin de Tesclavage.

Puis, achevons et résumons en lisant au maître d'esclaves ces sentences suprêmes, colonnes de la morale :

« Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne «eirirez que lui seul.

c( Traitez les hommes de la même manière que vou$ voudriez vous-même quils votis traitasseîit. » (Saint Luc, VI, 31.)

c( Faites aux hommes ce que vous désirez qu'ils vous fassent^; car c'est là laloi et lesprophètes. (Matth., vu, 12.)

« Aimez le prochain comme vous-rnême. »

Je défie le planteur le plus insensible d'aller, aussitôt après avoir entendu ces paroles, d'aller au marché acheter des esclaves, et je défie le critique le plus résolu de soutenir, après les avoir lues, que l'Évangile ne condamne pas l'esclavage.

Après le maître, écoutons les disciples.

' On a osé plaisanter sur ce divin commandement. Le mendiant peut dire au roi : « Donnez-moi la couronne, car vous la désireriez à ma place. — On oublie cet autre commandement : Vous ne désirerez rien d'injuste. Mais désirer être libre, n'est-ce pas justice?

KT L'KSCLAVAGK. 585

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