‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 66 sur 78 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

La cérémonie de l'installation de M. Lincoln comme président des États-Unis, a eu lieu le 4 mars, à Washington. Voici le discours qu'il a prononcé à celte occasion ; ce discours est très-important, parce qu'il domine toute la question engagée dans la crise de la séparation des États :

« Concitoyens des États-Unis,

« Conformément à une coutume aussi ancienne que le gouvernement lui-même, je me présente devant vous pour vous entretenir brièvement et prêter en votre présence le serment que la Constitution des États-Unis prescrit au président avant son entrée en fonctions.

« Je ne considère pas comme nécessaire en ce moment de discuter les matières administratives, qui n'excitent spécialement ni anxiété ni agitation.

tf Les populations des Étals-Unis du Sud semblent appréhender que

m) F/ESCLAVAGE.

Fragment d'une lettre de Mgr ***, Vun de^ évêqties catholiques des États-Unis y ii juillet 1860.

a .... Il y a lieu de croire que l'actiTilé de ce commerce hideux de chair africaine est considérable. L'île de Cuba, la Floride et les autres États méridionaux de TUnion américaine ont besoin de bras pour leurs immenses terres incultes, afin d'exploiter le sucre et le coton. On croît que les nègres sont les seuls qui puissent résister au traTail par le soleil brûlant de notre climat pendant l'été. De là cette recherche dei§ hègres esclaves. Leur prix s'est tellement augmenté qu'il a stimulé la cupidité des marchands. Un nègre en bonne condition se vend jusqu^à dix mille francs ; les enfants même en bas âge se vendent quatre à cinq mille francs, suivant leur taille et leur force; à ces prix, une cargaison de ces infortunés fait une somme immense. Aussi les marchands ne font pas difficulté d'échouer sur les côtes et de perdre leur navire, pourvu cpi'ils puissent disposer de leurs prisonniers sans être surpris par les officiers du gouvernement.

« Les nègres sont pour moi le sujet de réflexions bien tristes et de préoccupations bien pénibles. Ils forment presque la moitié de la population de la Floride; et, hélas ! parmi eux combien y en a-t-il qui soient en voie de sauver leurs âmes! Quelle n'est pas mon angoisse à ce sujet ! Ils appartiennent à des maîtres qui, la plupart, ne voient en eux que des machines propres à travailler la terre et à récolter le sucre et le coton. Ce n'est pas leur malaise physique en ce monde qui m'afflige et me préoccupe; plusieurs se foni une idée exagérée de leurs souffrances corporelles, et il est vrai, sans doute, que ces souflrances dans quelques cas, sont de nature à attendrir le cœur le plus impitoyable; mais après tout ces cas sont assez rares : car il y a peu de maîtres systématiquement barbares, et, au fond, ils sont mieux au physique comme esclaves que comme libres. Mais c'est leur misère spirituelle qui me désole au dernier ipomi. Le mariage est à peine connu parmi eux; les maîtres n*y attachent aucune importance. Qu'on juge des désordres qui doivent êlre la conséquence d'un pareil état de choses dans une race très-

portée aux plaisirs des sens. Point de religion pour restreindre la licence effrénée des penchants terrestres, et ce qui est pire, point de moyen on presque point de détruire cette ignorance. Les maîtres ne se soucient pas de faire instruire leurs esclaves. En général, il les estiment d^ autant plus utiles qu'ils sont moins instruits. Dans quelques États, ilya peine de mort contre ceux qui leur apprendraient à lire. Ainsi plusieurs maîtres n'aiment pas qu'on prêche aux nègres, crainte de leuf donner des idées qu'ils sont bien aises d'éloigner de leurs têtes. Nous ne pouvons à présent que prier pour le salut de ces nègres, et espérer que la divine Providence ménagera quelque circonstance favorable pour leur instruction et leur amélioration religieuse, afin que le royaume des cieux leur soit aussi prêché comme aux autres races de la famille humaine. »

(Liv. V, chap. v, § 2, p. 160.)

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