‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 75 sur 78 · BULLE DU PAPE GRÉGOIRE XVI · texte numérisé non relu

BULLE DU PAPE GRÉGOIRE XVI

(3 novembre 1839.)

« Élevé au suprême degié de la dignité apostolique, et remplissant, quoique sans aucun mérite de notre part, la place de Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui, par Texcès de sa charité, a daigné se faire homme et mourir pour la rédemption du monde, nous estimons qu'il appartient à notre sollicitude pastorale de faire tous nos efforts pour éloigner les chrétiens du commerce qui se fait des noirs et d'autres hommes quels qu'ils puissent être.

« Aussitôt que la lumière évangélique conunença à se répandre, les infortunés qui tombaient dans le plus dur esclavage, au milieu des guerres si nombreuses de cette époque, sentirent leur condition s'améliorer; car les apôtres, inspirés par l'esprit de Dieu, enseignaient d'un côté aux esclaves à obéir à leurs maîtres temporels comme à Jésus-Christ lui-même, et à se résigner du fond du cœur à la volonté de Dieu ; mais, d'un autre côte, ils commandaient aux maîtres de se montrer bons envers leiu*s esclaves, de leur accorder ce qui était jiisle et équitable, et de ne point les traiter avec colère, sachant que le Seigneur des uns et des autres est dans le ciel, et qu'auprès de lui il n'y a point acception de personnes.

a Bientôt la loi de l'Évangile établissant d'une manière universelle et fondamentale la charité sincère envers tous, et le Seigneur Jésus ayant déclaré qu'il regarderait comme faits ou refusés à lui-même tous les actes de bienfaisance et de miséricorde qui seraient faits ou déniés aux pauvres et aux petits, il s'ensuivit naturellement que les chrétiens, non-seulement regardaient comme des frères leurs esclaves, surtout quand ceux-ci étaient devenus chrétiens, mais qu'ils étaient devenus plus enclins à donner la liberté àc«ux qui s'en rendaient dignes; ce qui avait coutume d'être accompli particulièrement aux fêtes solennelles

î>28 L'ESCLAVAGE.

(le Pâques, ainsi que le rapporte saint Grégoire de Nysse. Il s'en trouva même qui, enflammés d'une charité plus ardente, se jetèrent dans les chaînes pour racheter leurs fières, et un liomme apostolique, notre prédécesseur, le pîipe Clément ?', de très-sainte mémoire, atteste en avoir connu un grand nombre qui ûrent cette œuvre de miséricorde. C'est pourquoi les ténèbres des superstitions païennes s'étant entièrement dissi|.ées avec les progrès des tem[ s, et les mœurs des peuples les plus barbares s'ctant adoucies, grâce au bienfait de la loi opérant par la charité, les choses en sont venues â ce point que depuis plusieui-s siècles il n'y a plus d'esclaves chez la plupart des nalions chrétiennes.

« Toutefois, c'est avec une profonde douleur que nous le disons, on a vu depuis f même parmi des chrétiens, des hommes quiyhontetisement aveuglés par le désir d'un gain sordide, n'ont point hésité à réduire en servitude, sur des teires éloignées, les Indiens, les noirs et d'autres malheureuses i*aces ;o\i bien à aidera cet indigne forfait en instituant et organisant le trafic de ces infortunés, que d'autres avaient chargés de chaînes. Un grand nombre de ponlifcs romains, nos piédécesseurs de glorieuFe mémoire, n'oublièrent point de réprimander, selon tonte l'étendue de leur charge, la conduite de ces hommes comme opposée à leur salut et flétrissante pour le nom chrétien; car ils voyaient bien que c'était là une des causes qui retenaient le plus fortement les nations infidèles dans leur haine contre la vraie religion.

« C'est à cette fin que tondentlcs letlres apostoliques de Paul III, du 29 mai 1537, adressées au cardinal archevêque de Tolède, sous l'anneau du pêcheur, et d'autres lettres beaucoup plus amples d'Urbain Vlll, du 22 avril 1639, adressées au collecteur des droits de la chambre apostolique dans le Portugal, lettre où les plus graves reproches sont dirigés contre ceux qui osent réduire en esclavage les habitants de l'Inde occidentale ou méridionale, les vendre, les acheter, les échanger, les donner, les séparer de leurs femmes et de leurs enfants, les dépouiller de leurs biens, les emmener ou les envoyer en des lieux étrangers, ouïes priver, de quelque manière que ce soit, de leur liberté ; les retenir en servitude, ou bien prêter aide, conseil, secours

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el faveur à ceux qui fout ces choses sous quelque couleur ou prétexte que ce soit ; ou encore prêcher, enseigner que cela est licite, et enfin y coopérer en quelque façon que ce puisse être. Benoît XIV confirma depuis et renouvela ces prescriptions pontificales, déjà mentionnées par de nouvelles lettres apostoliques aux évêques du Brésil et de quelques autres régions, en date du 20 décembre 1741, au moyen desquelles il excite, dans le même but, la sollicitude de ces évé(|ues.

(( Longtemps auparavant, un autre de nos prédécesseurs plus ancien, Pie II, dont le pontificat vit l'empire des Portugais s'étendre en Guinée et dans le pays des nègres , adressa des lettres , en date du 7 octobre 1462, à révêque de Ruvo, prêt à partir pour ces contrées ; dans ces lettres il ne se bornait pas à donner au prélat les pouvoirs convenables pour exercer dans ces contrées le saint ministère avec le plus grand fruit, mais il y prenait occasion de blâmer très-sévèrement les chrétiens qui réduisaient les néophytes en esclavage. Enfin, de nos jours. Pie VU, animé du même esprit de charité el de religion que ses prédécesseurs, interposa avec zèle ses bons offices auprès des hommes puissants pour l'aire cesser entièrement la traite des noirs parmi les chrétiens.

(( Ces prescriptions et cette sollicitude de nos prédécesseurs n'ont pas peu servi, avec l'aide de Dieu, à défendre les Indiens et les autres peuples que nous venons de nommer, contre la barbarie des conquêtes et contre la cupidité des marchands chrétiens ; mais il s'en faut bien encore que le saint-siége puisse se réjouir du plein succès de ses efforts et de son zèle, puisque, si la traite des noirs a été en partie abolie, elle est encore exercée par un grand nombre de chrétiens. C'est pourquoi, afin d'écarter un tel opprobre de toutes les contrées chréliennes, après en avoir mûrement traité avec plusieurs de nos Vénérables Frères, les cardinaux de la sainte Église romaine, réunis en conseil, suivant les traces de nos prédécesseurs, en vertu de l'autorité apostohque , nous avertissons et admonestons avec force, dans le Seigneur, tous les chrétiens, de quelque condition qu'ils puissent être, et leur enjoignons que nul n'ose à V avenir vexer injustement les IndienSy les nègres ou autres hommes , quels quils soient, les dépouiller de leur bien ou les réduire en servitude, ou prêter aide et faveur à ceux qui se

livî'ent à de tels excès, ou exercer ce trafic iiiliumain par lequel Jei> noirs, comme s'ils n'étaient pas des hommes , mais de véritables el impurs animaux, réduits comme eux en servitude, sans aucune distinction, contre les droits de la justice et de l'humanité, sont achetés, vendus et dévoués à souffrir les plus durs travaux, et à l'occasion duquel les dissentiments sont excités, des guerres presque incessantes fomentées chez les peuples par l'appât du gain proposé aux premiers ravisseurs de nègres.

« C'est pourquoi, en vertu de l'autorité apostolique, nous répiouvons toutes les choses susdites, comme absolument indignes du nom chrétien, et par la même autorité, nous prohibons absolument et nous interdisons à tous, ecclésiastiques oulaïques, d'oser soutenir commepermis ce commerce des noirs, sous quelque prétexte ou couleur que ce soit, ou de prêcher, ou enseigner en public ou en particulier, de manière ou d'autre, quelque chose de contraire à ces Lettres apostoliques.

« Et afm que ces Lettres parviennent à la connaissance de tout le inonde, et qu'aucun ne puisse prétexter ignorance, nous décrétons et ordonnons qu'elles soient publiées et affichées selon l'usage, par un de nos officiers, aux portes de la basilique du prince des apôtres, de la chancellerie apostolique, du palais de justice, du Mout-Citorio et au Champ de Flore.

a Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous le sceau du Pêcheur, le o novembre 1839, la neuvième année de notre pontificat.

Contresigna : '< Louis, cardinal Lambruschini. »

FIN OË L APPENDICE.

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