EIlPUHtAT10.N ET L ÉVANGËI.IâATlOK DE LAFIUQl'E
La civilisation africaine !
Je le répèle, ce mot provoque sur bien des lèvres on sourire plein de tristesse et d'incrédulité. Si l'Afrique n'est pas civilisée, dil-on, ce n'est pas l'Europe, qu'il convient d'accuser, c'est le Créateur, c'est celui qui
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plaça sur une terre inbalntable une population imperfcclible. Est-ce notre faute si le climal de l'Afrique tue les blancs, si les noirs, avec leurs grands yeux doux el niais, leur visage ridicule, leurs grossiers instincts, n'ont pas grandi, n'ont pas changé depuis le commencement du monde? N'avez-vous point remarqué, dans la distribution des dons de Dieu sur la terre, comme une ironie mystérieuse? Voyez les Hollandais, voyez ces hommes, intelligents, fiers, qui font honneur à notre espèce el à son auteur, leur sol est un las de boue. L'Africain, au contraire, de tous les êlree celui sur le front duquel l'empreinte du céleste ouvrier semble le plus effacée, it est l'hôte d'une demeure où (oui est grandiose, colossal ; de grands animaux, le lion, l'éléphant, le tigre; les plus grands poissons qui existent; les plus grands végétaux, le baobab, le mimosa ; de grands fleuves, de grandes montagnes et de grands lacs ; l'homme seul est infime el diminué. Quatre mille ans ont passé, quatre mille ans passeront encore sur cette espèce qui a le nom de l'homme avec le rang de la béte. Que pouvons-nous devant ce mystère? à peine le comprendre, nullement le modifier.
Nous le voudrions, nous, Français, que nous ne le pourrions pas '.
Comment arriver au cœur de l'Afrique?
Par l'Algérie?
■ Noté mr le commerce du Soudan avec le nord de l'Afrique, par H. Jules de LiElejrie, à la suite du rapport de H. le général de Bdionet liur les crédltt supplémeiitaires de l'Algérie, 26 mai 1844, Moniteur, p. 1SS5. V. en sens contraire, le diKOun de H. de Corcelle, Ilrid., p. 1635.
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52* I/ESCLAVAfiE.
Les qualre conirces qui occupent, avec des civilisalions moins imparfaites, le nord de TÂfrique, composent comme une île entre l'Océan, la Méditerranée, la mer Rouge et cet autre océan qu'on nomme le désert. Les rares marchandises de l'Europe qui se dirigent vers le Soudan etlaNigrîtie abordent à Hogador ou à Tripoli. De Tripoli, elles arrivent à Mourzouk ou à Ghadamès, etile Mourzouk au Bornou, sur les bords du lac Tsad, il faut encore quarante jours de marche pénible ; il faut cinquante jours de Mogador à Tombouctou, et si les caravanes ont pour les aider des animaux doués, comme tes noirs, de douloureuse facilité de toujonrs souffrir, elles s'avancent sous des rayons meurlriers, à travers le vent el le sable, aspirant à rencontrer de loin en'loin un peu d'eau dans le fond d'un puits quelquefois tari, et menacées à chaque pas de la rencontre d'animaux dangereux, ou des hommes plus dangereux que la nature. Ghadamès est, du moins, rapprochée de la Méditerranée, mais Gonstantine ou Tuggurt, sont bien loin au nord, séparées du Soudan par les Maures et les Touaregs, non moins que par le désert.
Veut-on pénétrer parles côtes orientales et occidentales?
Il n'est presque pas un point de ces côtes oiï, attirés d'abord par un beau ciel, de riants ombrages ou de sévères aspects, les Européens ne rencontrent la fièvre, la dyssenterie, l'épuisemenl, la mort.
Pourquoi s'exposer à tant de fatigues î pour échanger non plus comme autrefois des esclaves, mais un peu de gomme ou d'ivoire, de mauvais coton, des arachides, de
l'ÎDcligo, des plumes d'autruches, de la poudre d'or, contre des étoffes, des fusils, des Terroteries et des cadenas.
Est-ce la peine de donner pour ces résultats douteux ' ou mesquins U vie d'un Européen, plus précieuse que la vie de cent nègres?
A ces paroles décourageantes, j'oppose les instincts d« la Toi et les leçons de l'expérience.
Que Dieu ait fait sans dessein des populations si nombreuses sur une terre si belle, je ne puis le croire sans l'outrager. Nous sommes habitués à un idéal élevé de civilisation, nous avons entendu les admirables définitions de U. Guizot sur le double mouvement individuel et social qui constitue le progrès des nations, el, placés si haut, portant nos idées encore bien au-dessus de nos usages, nous laissons tomber sur les habitants du Darfour ou du Congo un regard de pilié dédaigneuse. Hais, dans l'humble réalité des faits, est-ce que tous les plus petits de la famille humaine ne se ressemblent pas beaucoup? Un paysan de la Sologne, un bûcheron des Alpes, le Lapon dans ses glaces, le mineur de la Sibérie, le Baskir de l'Oural , le coolie des montagnes de l'Inde, le batelier chinois, l'Indien du Mexique, le chercheur de diamants du Brésil, en quoi donc diffère leur condition de celle du Malokolo visité par Livingstone, ou du Toukouleur du Sénégal ! Avezvous quelquefois pensé à la condition de l'immense majorité des humains? Sur les vingt-qualre heures da jonr , . la moitié se passe pour tous les hommes à se reposer, à se nourrir, à se vêtir, c'est-à-dire à s'empêcher de mou-
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rit'. Sur uQ million J'hommes, neuf cent mille au moins s'occupent de préparer la nourriture ou le vêtement, ou la demeure d'eux-mêmes et des auires, et le lourd travail que le besoin de ne pas mourir impose ainsi sur presque tous les hommes tes lient courbés de UjoËinefeçotteeus le poids d'une même destinée. La condition des habitants du continent africain n'est ni plus haute ni plus basse, et leur origine fut la même ; les antiquités de l'Ethiopie valent bien les antiquités péruviennes, et au commencement, toutes les races semblent parties du même degré. Il est vrai, presque tous les peuples se sont élev^, ne fût-ce que pour un moment, au-dessus de leur misère native ; quelques-uns étaient plus intelligents, ils ont aidé les autres, ils se sont perfectionnés eux-mêmes ; sur le sol de l'Afrique, au contraire, on rencontre une population, on ne rencontre pas des sociétés.
Or, l'avantage incomparable dn paysan de la Sologne sur ses pareils en misère à travers le genre humain, c'est qu'il appartient à une société régulière. Dans le plus misérable village de l'Europe, je trouve (encore n'est-ce point partout , n'est-ce point depuis longtemps) une église, une. école, une route, un marché ou- 'des mardiands. Aqui l'habitant doit-il toatcelaT À'ia civilisalion; et de qui procède ta civilisation î ' de trois causes fondamentales, la raison, l'éducation, la révélation.
Je conviens que l'Européen l'emporte snr toutes les races par la raison, et j'en conclus aussitôt qu'il est destiné par Dieu à être le précepteur des autres. Je vois de£ climats qui ne peuvent êlre balutés ni par les blahc seuls, carilsn'y travaillent pas jni par les noirs senls;
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car. ils n'y progressent pas, el j'aperçois une race métijBse, sortie du mélange de leur sang, qui, plus vigoureuse que l'une, plusintelligenle que l'autre, aurait pu peupler et civiliser les terres tropicales. J'en conclus que le rapprochement et le mélange de ces races était dans lea vues de la Providence. Je vois enfin que"Dieu'a bondé le flambeau de la^foi chrétienne à la race qu'il avait chargée de civiliser les autres, et j'en conclus encore que la propagation de l'Évangile est la mission de l'Furope, médiatrice de la civilisation entre le Créateur et ses- créatures ici-bas. Ce que les classes supéricuFes sont aux classes inférieures dans une Bociété réglée, l'Europe l'est au genre humain dans le monde.
Or, lequel desesdevoirsl'Ëuropea-t-elle jamais rempli envers rArrique?Quel bien lui a-t-elle porté? Quel «lal ne lui a-t-elle pas fait? Quel intérêt l'Europe prendelle à l'Afrique?
A part les annales des contrées qui font face à l'Europe, que savons-nous de l'histoire de l'Afrique? Rien. Hérodote en a dit un mot. C'est rài^Hrott sièctes après lui que nous en avons appris un peu davantage ; dans cet immense intervalle, quelques relations â moitié fabuleuses, quelques correspondances de navigateurs portugais, quelques tentatives abandonnées de missions ou de comptoirs, ne nous ont apporté que des détails inexacts 011 incomplets , qui se résument toujours ainsi : misère, pillage, esclavage, férocité, fétichisme, abrutissement.
Que savons-nous de sa géographie? Jusqu'à ces derniers temps, les cartes d'Afrique étaient remplies par ces deux mots: Vmtedéieil, contrées inconmiei,cthe3iUCionf
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^i» L'ESCLAVAGE,
d'honnêtes gens demeurent persuadés aTecSalluste', que cette partie du monde est une région mauditeoû la terre est un sable stérile, le soleil un brasier dévastateur, où le règne animal est représenté par des tigres et des serpents, et l'espèce humaine par une variété féroce ou stupide de l'espèce des singes.
Qu'avons-nous fait pour cette population? Nous en avons fait un article de commerce. Pendant plusieurs siècles, nous avons tiré ces masses noires de leurs retraites inconnues pour les consacrer à fournir à nos déjeuners du café et du sucre, comme on tire le ch^irhon des entrailles de la mine pour l'entasser, le vendre et le consommer.
Qu'avons-nous fait pour porter dans ces ténèbres le (lambeau de Jésus-Christ? Voici la réponse d'un savantet religieux écrivain * :
« L'Afrique semble ne rappeler à lu religion que des souveuirs funf'bres : Cinq siûcles d'eiforts pour que la croix s'y plante sur un petit nombre de points, la rapidité avec laquelle des chrétientés llori.«saiilesont disparu par des cabstroplies inouïes, lesruines amoncelées partout depuis les Tliébaides de rÊgjple jusqu'à la dernière des cinq cents iglises de l'Afrique chrétienne, tant de fléaux que la barbarie fait peser sur ces peuples, et que la civilisation n'a fait qu'augni^ter Ue toutes les misères de l'esclavage. On dirait, à cet aspect général, qu'une prédestination de mullieui' plane mystérieusement sur ce vaslc continent. . .
< Après quelques mots sur les étabUssemeots des Gétules, des KumûteE, des Perses, des Mèdeaet Jes Phéniciens, en Afrique, Salluste ajoute : ■ Super Numidiam Gxtulos accepimus partim in (uguriis, alios incultius ^agos, agiUre ; post eos jElhiopos esse, deîn loca exvsta iolis ardj>ribus. {Jugurlha,
xvra, 19.)
' Vie du P. Libermann, par Dom Pitra, 1855, p. 452, cbap. vu.
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« Sur la câte occidentale, pendant plus de quinze siides, m ne voit arriver nucun de ces apôtres qui oat suivi toutes les routes des anâens naviguteurs, aucun de ces Riissionnaires iilandaîs qui ont ibuillé les îles et les mers, et abordé sur tous les rivages. Il parait que de bonne heure les Normands y ouvrent des comptoirs sans qne U boane douvdle j soit annoncée, avant l'arrivée des Portugais, à la fin du quiiiàhae siècle... Les Franciscains et les Dominicains se partagent ce cbfflnp nouveau avec une grande émulation de iHe; on vmt des é^ses nnnlireases, un évécbê du Congo, une dynastie de rois chrétiens; puis tout disparaît dans une guerre civile, sous une invasion de tribus lëroces. En 1547, quatre Ji-siiiles tentent, sans siicc^, de relever c«tle Eglise. A diverses reprises, la Compagnie de Jésus, les Ga[Hicins français et les Franciscains espiignols Tout de nouvaui elToi-ts. La iholalion se consomme par le fanatisme des Hollandais, à lin du diisepiifme siècle, et par les conquêtes des Anglais, an siècle der-
Gommeat le diristianisme aurait-il pu s'établir?
* La traite enlevait par 100,000, chaque année, préciséiMiit les tribus évangélisées par les niissiounaii'es. Quatorze millions d'âmes n'ont pu disparaître de ces côtes sans exaspérer toutes les tribus intérieures, sans fomenter parmi dles d'abominables guerres, sans atUicber au nom chrétien un odieux ineffaçable. Il n'est pas nécessaire d'ajouter i ce fléau le spectacle scandaleux des moeurs européennes, la c«pidlté et l'ambition des nations chrétiennes... *
Voiiii ce qu'écrivait à la Propagande, en 1819, unévêque à la suite d'une visite à la mission d'Aogola :
I lllam aspexi, marorem concepi, lacrymas effudi, quia omnia, si fat est dicere, sine dtice, sine /«ce, sine cruce inveni. Omnia demnt : desunt sacerdotes, ob defectum illos ÎTislrueTtdi, et qui existunt sunt tmnino ignari; desunt e^ctestx, quia onmes vel
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530 i;esclavage.
diriitse sunt, vel qiiasi dinitx apparent. BeUgU) est pêne extincta'. »
Pendant que le christianisme s'éleint, rislamismes'est âlttimé: L'^rrique avait des races blanches ; elles ont reçu de l'Europe l'islamisme qui ]es stérilise; rAfriqge ay^it. des races noires ; elles ont reçu de l'Europe la traite qui les voue à la guerre et à l'abrulissement. Far un odieux échange entre les habitants des deux continents, ils nous donnent des maladies, nous leur portons des vices, et l'Afrique n'a pas cessé de recevoir de l'Europe l'horreur de tout ce qui pouvait la civiliser, la religion, le travail, le commerce, le contact avec la race blanche.
Ah ! si nous ne pouvions lui Taire du bien, du moins pourquoi lui avoir fait tant de mal !
Hais est-il vrai que le bien soit impossible?
Grâce^au ciel, l'aurore dejoursmâlleurs semblés' être levée. Partout, en elTet, où quelque tentative sérietise a été essayée, elle a réussi.
[.rf>rsqu'on regarde la carte, qu'il faut toujours avoir sous les yeux dans toutes ces questions, car c'est Dieu qui a dessiné la carie du monde, on ne peut s'empêcher de prévfflr que, si un nouveau partage de la terre entre les enfants du Christ se prépare, comme l'antique partage des fils de Noé, l'Asie paraîtdésignée à l'inQuence de la Russie, l'Amérique et l'Australieà l'activité envahissante delà race anglo-saxonne, l'Afrique au génie civilisateur des races latines ayante leur tête la France.
' Je l'ai vue, j'ai gémi, j'ai pleuré, trouvant tout !i peu près sans loi, sans foi, sans croix. Tout manque : les prêtres, parce qu'on ne peut les instruire, et que ceui qui eiistcgt sont tout à fait ignorants ; les églisiï, détruites ou ruine. La religion est presque éteinlc.
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I/AFRIQIE. 531
Ce grand mouvement esl commencé.
Des expéditions hardies de nos officiers ont prouvé que les communications pouvaient être établies entre l'Alger ridelle Soudan'. En 1845, on niait que tes communications fussent pratiques ou désirables. En 1 S51 , une autre commission officielle craignait que les incursions des populations mahométanes n'y missent un obstacle insurmontable'. En 1860, le ministre des colonies demande â l'Empereur d'abaisser une troisième barrière qui n'est ni TArabe, ni le désert, qui est la douane, et la frontière du sud de l'Algérie est- ouverte à l'importation en franchise de droits aux produits naturels et fabriqués du Sahara et du Soudan. Le rapport qui précède le décret du 25 juin 1860 est ainsi conçu* :
Sire,
Avnnt la conquête de l'Algérie par la France, les caïuvaites qui apportaient les produits du Sahara et du Soudan sur les marchés du <iord de l'Arrique se dirigeaient, selon leurs besoins ou leut^ sympalliies, Tors Alger, Tunis ou le Maroc.
Sans doute, lorsque nous avions à combattre les Arabes pour étendre et faire accepter notre domination, lorsque le pays ne pouvait
< Le Sahara, par le général Haunias. — Le Sahara et le Smidan, documents arabes, traduits par H. l'abbé Barges, Revue de l'Orient, février el juin 1855. — Voyage du commandanl Bontiemain à R'damès, i«>6-i8bl . — Eûrploraiiûrts de M. de CoUmh. ]SE>8. 19Q0. — Route de Tuggurt à Tombouctou, par M. Cherbotmeau, 1860. — . Du commerce dé CAlgérie avec l'Àfi-igue centrale, par H. Carette, 18i5. — Rapport A la Chambre de commerce ff Alger sur le mime sujet. 1860, etc.
Je dois ^ M. Jules Ilelarbre la connaissance de «s documents:
* Rapport de M. Benoist-d'Aiy, p. 5.
» BulUtin olficiel des colonies, n* 85, p. 4*0. décret n" 1035.
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pcéfieDter la sécurité indispensable au commerce, lorsque, eutin, nous avions devant nous des populations qui ne comprenaient ni nos desseins ni les avantages de notre civilisation, le courant commeidal qiit existait jadis entre le centre de l'Afrique et les contrées que nous occupions dut s'en détourner et s'éoouler vers la Tunisie, Tripoli ou le ropume de Fei.
Mais aujourd'hui que la paix est réUblJe, que les routes les plus sûres sont celles ijui traversent le territoire soumis à notre autorité, eufiii (|ue la renommée de nos armes et des bienfaits de notre puissance a pénétré au delà du désert, rien ne s'opposerait à ce que les caravanes chargéesdes productions du Soudan vinssent, comme autrefois, enrichir les marchés algériens et leur demander en échange tout 08 que notre industrie saurait leur oR'rir, h la législation douanière de 1845 n'y avait opposé uu obstacle infranchissable, en frappant d'une prohibition absolue tout ce qu'elles pourraient nous apportei'.
Ceit cette bari'ière. Sire, que je viens demander S Votre Majesié de vouloir bien détruire.
Le moment est arrivé de nouer des reliilions commerciales avec ces contrées, dont quelques-uns de nos intrépides voyageurs ont plus d'une Ibis cherché à pénétrer le mystère. Déjà les chefs des Touaregs sont venus jusqu'à Alger, où ils ont pu se faire une idée de notre civilisation; ils ont comptis de quelle [irotection, de quelle justice, le commerce était entouré; ils ont exprimé hautement leur admiration pour l'abondance et la v:irii'ti' des marchandises que nos magasins étalaient à leurs yeirx; enfin ces Touaregs, dont l'industrie consiste surtout à servir d'intermédiaires entre les négociants du nord de l'Afrique et les producteurs du Soudan, et à transporter les objets d'échange, se sont montrés tout disposés à ramener vers l'Algérie une partie de leurs caravanes.
Pour seconder un mouvement qui ne peut être que profitable à tous nous intérêts, la première chose à faire. Sire, c'est d'autoriser sur la frontière du sud de l'Algérie la libre introduction en franrii'se de toutes les productions du Soudan et du Sahara.
Mes collègues des départements des Snances et du commerce iHit penié avec moi ijue rien ne s'opposait à ce qu'il en fiU ainsi, et ilswit
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donné leur eiitii-re uilhûsion à un pi-ojet de décret qui, tout en mniiileiiant les dijposi(i(»is de la législation antérieure, quant à l'introducdoD. sous cerlaios droits, des produits arrivant par les frontières de l'est et de l'ouest, et destinés h l'encontrer lessimilaiiesen Algérie, lève toutes les prohibitions qui frappent les produits du centre de l'Afrique et les affranchit de toute taxe.
Inspiré par les vues libérales de l'Empereur, ce décret que j'ai l'honneur île soumettre à l'approbation de Voire Majesté, a pour but de procurer de nouveaux débonchés à notre industrie, d'étendre ses reliitions avec des contrées presque inconnues jusqu'à ce jour, et d'ouvi ir ainsi de vastes horizons à la bienfaisante influence de notre civilî-
« Malgré la supériorité non contestable des populations mahométànes sur celles qui sont encore soumises aux superstitions du fétichisme, ce n'est probablement pas par cette voie que la civilisation peut pénétrer dans l'intérieur de l'Arrique...
o La retiglon mahotnétane immobilise tout ce qu'elle louche ; elle est ennemie de tout progrès, de toute action des populations chrétiennes plus éclairées. . . Les relations sont plus faciles avec les cdtes. »
Dans le rapport qui contient ces paroles, rapport qui est un véritable chef-d'œuvre de précision, de savoir et d'humanité, le président de la commission du commerce et des comptoirs d'Afrique', M. Benoistd'Azy, a parfaitement établi que presque tous nos établissements un peu sérieux sur ces côtes avaient réussi ou pouvaient réussir.
Il attachait déjà une haute importance à la possession du Sénégal, possession plus précieuse que la Guyane, qui
' Sur toute la côte occidentale, nous avons autrefoia possédé SI fortt ou comptoirs. {Hotices, parH. Roj, p. 77.)