‹ L'abolition de l'esclavage (volume 5)Chapitre 23 sur 72 · Dam Josiah Logkart · texte numérisé non relu

Dam Josiah Logkart

« Mon maître disait qu'il me fouetterait jusqu'à ce que je fusse rayé comme un zèbre.^. »

Nous pourrions ajouter d'autres récits, mais c'est toujours le même tableau : le fouet, la séparation, Tignorance, le mépris, les menaces, voilà ce qu'on ose appeler le bonheur des esclaves.

Tous ces traits sont-ils des exagérations ou des exceptions? Admettons, si l'on veut, que ce sont les esclaves les plus maltraités qui s'enfuient; mais, ne l'oublions

' Cette atroce plaisanterie des anciens se retrouve, après dix-neuf siècles de christianisme» comme un ignoble écho du monde païen.

Caprigenum hominem non placet mihi neque pantherinum. (Wallon, n, 240, Epid. I, 1, 15.)

Le poète latin comparait les esclaves h la race des chèvres ou des panthères, à cause des traces de coups de fouet dont leur peau était bigarrée.

pas, ces mauvais Iraitements auxquels plusieurs milliers d'esclaves ont été réellement soumis, plusieurs millions y sont exposés tous les jours.

« Damoclès^ est assis à la table d'un roi, couverte de vaisselle d'or et d'argent, chargée de plats exquis. « Quel heiu^ux gaillard est ce « Damoclès, s'écrie M. du Sud, il est à ime belle noce ! »

— i Oui, répond M. du Nord, mais dites-moi, ne voyez-vous pas cette époe qui reluit au-dessus de sa tête, et n'est suspendue que par un cheveu) »

— € Peu importe l'épée? vous mêlez ensemble le triste et le gai. C est on tort, laissez-nous à noire aise considérer présentement le diner. Quelle fête ! Â en juger par la vaisselle d'or et d'argent, par les bouquets de roses, par le fumet mêlé du bouilli et du roii, et par l'appétit vigoureux de Damoclès lui-même, chacun doit saluer en lui uu homme bien heureux ! »

— € S'il est heureux, c'est qu'il ignore sa condition, ou que, sachant que le jour de l'épreuve est proche, il a adopté la maxime philosophique citée par le prophète : « Buvons et mangeons, car demain nous c mourrons. »

— Si heureux que soit Damoclès, il a ce glaive au-dessus de la tête. . .... Qui accepterait un bon diner avec cet accompagnement?

— « Vous avez tort, le dîner est bon, laissez-nous en jouh*. Damoclès se porte bien : c'est une pitié que le Celte affamé, sale, fripon, querellem', ne puisse pas avoir chaque jour un aussi bon dîner à la table du roi Denys; un peu plus tanl, nous examinerons un peu la question du glaive, mais pour le moment, convenez-en, ce Damoclès est un heureux gaillard Ir»

Terminons par cette allusion plaisante, amère et trop exacte, hélas! cette longue discussion sur le prétendu bonheur de Tesclave, le plus heureux des hommes chez le meilleur des maîtres. Qui donc consentirait un seul

• The refuge. Introduction, p. 56.

ÉTATS-UiNIS D'AMÉRIQUE. Ml

jour à êlre Tesclave même de son plus tendre ami?

« II est absurde, dit Bentbam, de raisonner sur le bonheur des hommes autrement que par leurs propres sensations, et de déclarer heureux un homme qui se trouve malheureux

« Que l'esclavage soit agréable aux maîtres, c'est un fait qui n'est pas douteux, puisqu'il suffirait de leur volonté pour le faire cesser à l'inslant. Qu'il soit désagréable aux esclaves, c'est un fait qui n'est pas moins certain, puisqu'on ne les retient partout dans cet état que par la contrainte. Personne qui se trouvant libre voulût devenir esclave; personne qui se trouvant esclave ne voulût devenir libre*. »

Cela décide la question.

* Tome I, XII, 3* part., chap. i .

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