‹ L'abolition de l'esclavage (volume 5)Chapitre 34 sur 72 · COLONIES DE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

COLONIES DE LA HOLLANDE

1* Indes néerlandaises.

Les Hollandais, petits par le territoire, grands par rhistoire et par le caractère, sont un des peuples de l'Europe qui font le plus d'honneur à Tespèce humaine. Ils ont arraché leur sol aux flots de l'Océan , ils l'ont affranchi de la domination étrangère. Habiles dans la navigation, longtemps nommés les rou//ers de la iwar, audacieux, prêts à aller dans tous les temps s'enrichir ou se battre au bout du monde, ils ont su, peu à peu, sans vei'ser autant de sang que les Espagnols en Amérique^ ou que les Anglais dans Tlnde, étendre et asseoir leur empire sur les îles vastes, fertiles et peuplées de la Malaisie',

* Histoire des établissements hollandais en Asie, par le capitaine Dubouzet, Rev.coL, 1843, p. 157. Le dernier traité qui a garanti aux Hollandais leurs possessions a été conclu avec l'Angleterre le 17 mars 1824.

Là, sous Taulorilé du gouverneur général, véritable roi,appuyésur une petite armée en partie composée d'indigènes et à peine entouré de quelques milliers d'Euro- |)éens, vingt millions d'habitants * forment un empire plus vaste et plus peuplé que le Brésil , et obéissent en paix à Tascendant d'un petit peuple qui compte à peine ti ois millions d'hommes. Comme Fa dit M. le baron Dupin, le système colonisateur des Hollandais se résume en deux mots; tolérance religieuse y intolérance commerciale. Ils n'excluent aucun travail, ils ne laissent à d'autres aucun profit. Un système ingénieux , perfectionné par les gouverneurs célèbres Van der Capellen (1816), de Bus (1826), Van den Bosch (1830) surtout, auquel la Hol-

» Java et Madura 9,584,150

Sumatra 3,450,000

Bimca 50,000

Hiouw 70,000

Bornéo 1,200,000

Cêlèbes . 5,000,000

Moluqucs 718,500

Timor 800,000

BjlietLombak 1.205,000

Sur ce nombre, il y a 2 ou 300,000 Chinois. Ce sont les chiffres de 1841^ (lieu, col., 1852, p. 55.)

D'après le dénombrement de 1855, présenté par M. le baron Dupin*, la population serait seulement de 15,506,31 2 habitants, dont 10,916,158 pour Java et Madura. Cette différence lient à ce que le savant rapporteur ne compte pas les vastes régions de Sumatra et de Bornéo, demeurées ou redevenues indépendantes. Célèbes est plus grand que Java, Sumatra est plus étendue que les ilcs Britanniques. Bornéo égale en surface Tempire d'Autriche. On sait qu'un Anglais, qui a pris le nom de Rajah Brooke, a fondé à Bornéo un Etat indépendant que TAngleteiTe n'a pas encore accepté.

• Rapport à la commission de r Exposition universelle, 1859, p. Î80.

lande doit d'avoir vu le commerce de Java et sa population doubler en trente ans, frappe tous les habilanls d'un impôt de travail au profit du gouvernement, qui a succédé en 1795 à l'ancienne Compagnie des Indes. Les chefs et princes indigènes en sont, dans chaque dessables percepteurs, et le tmvail, au lieu d*être regardé comme le fait des Hollandais, semble à la population être celui des anciens souverains, propriétaires du sol, aux termes du Coran. Toutes les denrées sont achetées par le gouvernement à un tarif convenu, puis il les vend aux agents d'une société de commerce (Ha ndel-Maatschappy), fondée en 1819, renouvelée en 1849, qui, à son tour, les transporte dans les ports hollandais par des bâtiJnents construits en Hollande et montés par les Hollandais, les vend sur les marchés hollandais et reporte aux Indes des produits hollandais.

Assurément, cette série de privilèges et de monopoles r( ncontre des objections et engendre des inconvénients; fort attaqué, le système paraît toucher à sa fin ^ Mais, après tout, il a produit d'immenses effets. Des terres qui seraient restées sans culture ont été cultivées. La production a suivi un progrès incroyable; du principal produit, le café, on exportait 8,000,000 kilog. en 1790, et en 1840, 70,240,000 kilog. Le bénéfice de tous a augmenté. La civilisation européenne a fondé des villes magnifiques .

^ Éat de la queslion coloniale en Hollande, par le professeur Ackersdyck, Utrecht, 1861.

Par une loi du S août 1850, le monopole de navigation a été diminué. Une ordonnance du 51 mai 18.^8 a ouvert seize ports au commerce général. (Hev. col., 1859, p. 313, art de M. Jonquières.)

La Hollande donne le spectacle de colonies qui enrichissent la métropole ^ Enfin elle a trouvé le secret, rencontrant des hommes indolents sur un sol fécond, de les soumettre au travail sans les soumettre à Tesclavage. Les indigènes sont les débiteurs du gouvernement, ils ne sont les serviteurs de personne.

Il s'en faut que le sort de ces hommes soit enviable : le Hollandais regarde l'indigène comme d'une race inférieure; il le laisse dans les liens d'un mahométisme grossier, il ne lui donne pas, comme l'Espagnol à l'Indien dos Philippines, sa foi, ses mœurs, des franchises municipales. I^e Javanais est accablé d'impôts , travail •extraordinaire, travail ordinaire, corvée {odM ou hcerendienst), culture des champs, impôt foncier, patentes, «droit de consommation, de pesage, d'exportation du café «et du poivre, droit de transbordement, droit d'ancrage, •droit d'entrepôt, droit d'enregistrement, droit sur le bois, sur l'or, sur les successions, sur les chevaux et voitures, sur les venles, sur les procédures, etc. Le gouvernement a le monopole du sel, le monopole des ventes publiques, le monopole de l'étain de Banca, le monopole des nids d'oiseâfn mangeables, le monopole du commerce da Japon, le monopole des terrains, le monopole de la poudre. Contribuable, iaillable, corvéable, le Javanais ou

* M. Dubouzet évalue le bénéfice net, en 1838, <le Filé de Java, à ^5 millions de florins, (liev, coL, 1843, p. 163.) Y. aussi la méncie Bévue, 1852, p. 56, et 1859, p. 309. En 1839, Java, par Fenvoi de 22 millions de florins, a sauve la mère patrie de la banqueroute. En 1840, Java produisait trois fois autant de sucre que les Indes. En 1856, le mouvement des importations et exportations touchait 300 millions, et le tonnage 400,000 tonnes dont 300,000 sous pavillon hollandais.

l'habitant des Célèbes n'est pas un être heureux; il se révolte souvent; pourtant il n*est pas un esclave, son labeur n'est pas sans salaire, et le soir, après son travail, il ne se dit jamais : je serai vendu demain.

Il peut même, s'il fôt trop opprimé, quitter son village, et la dureté du chef est ainsi tempérée par la crainte du déplacement, droit que n'avait pas le serf russe ^

Cependant, si les Hollandais n'ont pas réduit en esclavage les indigènes de leurs possessions des Indes, elles ont, Jusqu'aux dernières années, renfermé d'autres esclaves.

L'esclavage était dans les mœurs de la population de l'archipel indien* avant l'établissement des Européen^; «a conversion violente au mahométisme n'y avait rien changé; cette population possédait soit des esclaves domestiques, lesquels n'étaient pas vendus, soit des étrangers^ prisonniers de guerre ou pris sur iner, et qui étaient un objet de commerce, soit enfin des débiteurs ou pan- Aelingen, qui se mettaient eux-mêmes en gage pour l'acquittement de leurs dettes. Toutefois, peu à peu le travail libre avait pris le dessus, les habitants élant assez nombreux pour que la contrainte fût inutile, et l'on croit qijt'il n'y avait plus d'esclaves à Java quand les Européens s'y. établirent. Ceux-ci eurent des esclaves par luxe el par h^itude plutAt que par nécessité. A l'exception de quel-

^ " l^upin, loc. cit. y p. 336.

* Les détails qui vont suivre sont en partie empruntés à des articles extrêfiiènieht curieux du moniteur des Indes Orièii}ales de la Haye, reproduits da^ \9.Revtie caloniale, 1847, XI. p. 178, et Xllï, p. 9t.

* Lorsque TAnglais William Marsden visita Sumatra ( Voyage^ t. Il, ch. xin, p. 54, 1792), il y trouva cependant l'esclavage, mais assez doux, elle roi dWchem gardé par des femmes esclaves années.

'Ib^ L'ESCLAVAGE.

qucs noirs de la Nouvelle-Guinée, ces esclaves étaieol de la même race que Timmcnse majorité de la population indigène ; affranchis, ils se mêlaient sans peine avec elle; esclaves, ils n*étaientguère moins dépendants qu'elle; ils n'avaient pas à souffrir de cette inégalité marquéesurla peau qui pèse sur le noir, même après son émancipation. En outre, les fondateurs des colonies néerlandaises paraissent avoir été animés de sentiments religieux et humains ; car des documents anciens qui portent le reflet évident de règles de l'Église catholique plus anciennes encore, interdisent à des chréliens de vendre des esclaves chrétiens à des païens, à des musulmans ou à des juifs; la foi agit ainsi là où le sentiment d'une commune origine ost effacé ; les maîtres chrétiens sont invités en outre à traiter les esclaves non haptisés comme leurs pixh près enfants pour les convertir an christianisme^ et les maîtres non chrétiens sont obligés à laisser instruire dans la foi leurs esclaves, et même, s'ils se convertissent, à les céder à des maîtres chrétiens au taux fixé parles autorités, sorte d'expropriation pour cause de religion prononcée à une époque où l'expropriation pour utilité publique n'était pas encore inscrite dans la loi. De nombreuses mesures (1754, 1777, 1780) protègent les esclaves chrétiens, ordonnent de les instruire, de les bien traiter, défendent de les vendre ; ainsi, considérés comme membres de la famille, les esclaves chrétiens se sont peu à peu élevés jusqu'à la liberté sous la garde de la religion, et depuis longues années on ne connaît plus un seul esclave

» 4 mai 1622.

chrétien dans les Indes hollandaises, ce qui prouve à la fois que tous les chrétiens sont devenus libres et qu'on s'est gardé de convertir les autres, de peur que la converision ne les émancipât.

Depuis une époque également fort éloignée (1688) la traite avait été interdite; un recensement des esclaves avait .été prescrit, les ventes ne devaient pi us être opérées (1669) que par-devant les officiers publics; les prisonniers faits dans les guerres ne devaient pas être réduits en servitude (1784).

Mais, de même que les bonnes intentions des premiers colons en faveur des esclaves chrétiens .B\aieni abouti à tenir les esclaves en dehors de la foi, par celte loi fatale qui condamne la servitude à empirer, tant qu'elle dure, bien loin de s'améliorer, la traite des esclaves, soit noirs, soit surtout orientaux, punie de mort en 1710, n'était plus frappée que d'une amende en 1722, et il fallait, en 1 782, prendre des mesures contre r excessive importation (Tesclavcs. La race nègre, conformément à une autre loi qui frappe la servitude de stérilité, s'est bientôt éteinte ou fondue dans la race indigène ; on ne la retrouve plus. Les esclaves orientaux ont diminué de nombre. Le gouvernement ne s'en servait plus que pour recruter l'armée en 1808 ; pas un seul n'est mentionné dans l'inventaire des établissements, lors de leur remise aux Anglais eu 181 1 ; ceux-ci y abolissent la traite et y favorisent la formation d'une société, Java beuevolent institution ^ d'abord uniquement vouée à la répression de ce trafic, mais ensuite à l'adoucissement du sort des esclaves, et enfin, sous un nouveau nom , Jacaansch menschlievend ge- .

254 i;esclavage.

nooUchapy à Tâbolition totale de Tesclavage. C'est sur rinitiative de celte société que fut rendu le règlement de décembre 1 818 qui déclara libres les esclaves qui n'auraient pas été enregistrés dans un délai déterminé, et que fut préparé un projet de loi, en date du 24 décembre 1825, qui affranchissait les enfants à naître des esclaves et plaçait ces derniers sous la protection de la justice. Par malheur, la difficulté de régler la question d*indemnité ajourna Tapprobation royale. On parait avoir préféré s'en remettre au temps, qui diminue rapidement le nombre des esclaves, et aux bonnes dispositions des maîtres^ qui, en effet, regardent leurs esclaves comme des do- ' mestiques : ils en font ordinairement des cochers, des cuisiniers, des nourrices, des femmes de chambre, et ils leur accordent souvent le bienfait de l'émancipation auxquels ceux-ci tiennent tant, malgré la douceur relative de leur sort, qu'on les voit demander à leurs maîtres au moins la grâce d'être enterrés œmme des hommes libres.

En treize années, de 1830 à 1843, le nombre des esclaves au-dessus de huit anSj d'après le revenu de Timpôl (Woo/^éî/c/ rfer 6'/a'i;67î) a diminué de pn s de moitié, s'avoir :

En 1850 20.680

En 1843 9.907

A Patavia seulement, il y avait ^ :

En 1780 17,000 esclaves

En 1824 12,419

En 1841 5,040

Ajoulonsque l'usage de se mettre en gage, pandeling^^

« M. Dupin, p. 500.

a été supprimé par un règlement de 1818 à Java, de 1838 à Sumatra.

On supposait qu'il n'y avait plus en 1846 qu'environ 8,000 esclaves, et le gouverneur, M. Rochussen, défendit à cette époque d'en employer aux travaux de l'État. Depuis, le nombre a sans doute encore diminué.

En résumé, l'esclavage, dans les Indes néerlandaises^ est une domesticité abusive, mais décroissante, une affaire de luxe; il n'a rien de commun avec le travail des champs, rien d'utile à la production. Son histoire est néanmoins la preuve que, même inutile, la servitude est sans fin; même mitigée, elle est sans progrès; elle est semblable à ces herbes opiniâtres qu'on coupe inutilement, et qu'il faut arracher jusque dans la dernière racine si l'on ne veut pas qu'elles repoussent.

Par une loi du 2 septembre 1854 (art. 115), le gouvernement a pris ce parti généreux. L'esclavage est aboli à partir du 1" janvier 1860, dans les Indes néerlandaises.

Si la Hollande n'a pas d'esclaves dans ses grandes colonies, elle en a dans ses petites, elle en a dans ses possessions d'Amérique et d'Afrique, dans la colonie de Surinam ou la Guyane, dans les petites îles de Curaçao, Saba, Saint-Eustache , Aruba, Saint-Martin, qui font partie des Antilles, enfin dans ses comptoirs de la côle orientale d'Afrique, Saint-Georges-d'Elmina, Axim-Boutry, etc.

2r ^mjmme.

Placée enire la Guyane française et la Guyane anglaise, plus yaste que chacune d'elles, colonisée peut-être parles Français (1634), puis par les Anglais (1650), ensuite par les juifs chassés d'Espagne et de Portugal, enfin par les Hollandais (1667), qui l'ont perdue et recouvrée trois fois (1712, 1801, 1804] \ la Guyane hollandaise renfermait, sur un espace de 2,800 milles, au commencement de 1859, 52,922 habitants, savoir : 15,959 habitants libres; 36,965 — esclaves;

236 — émancipés, sans parler des Indiens, dont la maladie, Tivrognerie, la misère, diminuent peu 5 peu le nombre, et d'environ 8,000 nègres marrons ou Bosch, qui paraissent aussi en décroissance.

En 1854, le nombre des esclaves était de 58,545, dont 528 au gouvernement*;

En 1845, le nombre des esclaves était de 43,285*, et celui des libres de 9,712 ;

« M. de Jonquières, Iku. coL, 1859, p. 323. * M. Vidal de Lingeiidcs, Rev. col., 1846, p. 5.

^Sucre 18,438

Café 5,405

Cacao 837

Coton 4,742

Domosliques et artisans. . . 5,531, etc.

(Staats comwissie, 1"* partie, p. 95.)

En 1835, il était de 5^,629^ et celui des libres de 8,462.

Ainsi, en vingt-cinq ans, pendant que la population libre doublait, la population esclave diminuait de plus d'un quart. Or cctle diminution nVsl pas due aux aftranchissemenls, car la statistique de 1859 nous indique un nombre humiliant pour Thumanité, 236 émancipes'. Elle n'est pas due à Textinclion de la traite, car cette extinction est antérieure aux dates que nous avons choisies depuis le traité du 4 mai 1818, la Hollande a renoncé à ce trafic, et, au moins depuis 1 827, elle a été fidèle à ses engagements. D'après le témoignage des documents officiels, aucun fait de traite sous pavillon hollandais n'a été signalé depuis lors, et les commmiom mixtes^ formées à Paramariboetà Sierra-Leone, pouren connaître, ontcessé de fonctionner. La diminution de la population esclave, enfin, n'est pas due au climat, car les blancs en souffrent plus que les noirs, et cependant ils augmentent.

Elle est due toute entière à l'esclavage; c'est une loi que, dans tous les pays à esclaves, les décès l'emportent sur les naissances. A Surinam, de 1839 à 1843, il est né 5,947 esclaves, il en est mort 10,406'. Un fait spécial établit encore que ce phénomène affligeant n'est pas dû au climat. Dans les deux districts Horissants de Nickerie, où les esclaves paraissent être mieux traités qu'ailleurs, parce que les maîtres habitent leur plantage au lieu de la confier à un administrateur, les naissances surpassent

» M. Vidal de Lingendts, article cité.

* De 1845 à 1853, 2,158, s'il faut en croire le Rapport de 1855, p. 97, S\

* M. Vidal de Lingcndos, p. 25, annexe n" «5.

le$ d(cè%, « fait remarquable dans une seule et même colonie où le climat ne présente aucune différence'. »

Ce fait de la diminution de la population noire par Texcès constant des décès sur les naissances n^est pas contesté. Il est établi aussi bien en 1824* qu'en 1843% qu'en 1848, qu'en 1860, aussi bien par les documents officiels que par les documents étrangers.

Est-ce donc que les esclaves sont maltraités?

On répond, comme partout, que les lois ont pris toutes 'es précautions exigées par l'humanité. Mais ces lois uie sont pas douces, et, de plus, elles ne sont pas exécutées.

Ëlks ne sont pas douces.

Le Code noir de Surinam est une ordonnance du gouverneur messire Wolphert Jacob Beeldsnyder Matraas, en date du 31 août 1784 . Elle énumère et punit tous le& délits commis par les régisseurs el économes de manière à donner la plus triste idée de ces déplorables mandataires des Hollandais ou des Anglais; maîtres lointains qui boivent et mangent tranquillement à distance le revenu du travail imposé à des esclaves qui nesavent pas même leur

* l)e geijoorte overtrelt daar de sterfle. Dit is niorkwaîirdig in eeiie eu dezeildc Kolonie, waar hetkliinaat gecue vcrscheidenlieid aanbicdt. Opmerkinyen omirent de Slaven in de Kolonie Surinamc te emanciperen. La Haye, i848.

- .Noies de M. Zéni, ingénieur de Ja marine, sur les colonies de Surinam ei (If Déniérjiry, mais 18'24.

^ Dydrngen tôt de kennis der colonie Suriname, par M. Lans, 1842, çiié dans le Contemporain , journal hollandiîs, 16 février 1845, el à la siite d'une ISvle sur la fondation dune nouvelle colonie dans la Guyane fr.mçoiu\ Didol, 1844, p. 189.

^ Le texte a élé publié par M. Vi lai de Linp^e ides, à la Hiite de jon reniiinpialilc rapport, lie vue coloniale ^ 1846, p. 28.

LA HOLLANDK. 250

nom. Elle tempère la rigueur des chatimenls infligés aux esclaves par les prescriptions suivantes :

AuT. 13. — Aucun régisseur, économe ou iiiieudiul, préj;osi's aux provisions, .lucuu blanc, quel qu'il soit, ne ; oun a se pornietlre des menaces gu des reproclies accompagnés de paioles décourageantes.

Bonne disposition; mais où est la sanction? Le texte continue ainsi : Ils inlligeront... quoi? ils? c'est-à-dire tout régisseur, économe, intondant, tout blanc, qvel qu^il soitj aura le droit d'infliger des punitions? lesquelles?

.... Ils infligeront, en cas de besoin, des punitions sans danger aux esclaves, sans qu'il leur soit peimis de faire usage du bâton dans les châtiments, ni de leur faire subir le supplice appelé spanch-book, ou la punition des baguettes. Il leur sera permis seulement de se servir d'un fouet, conformément à la coutume du gouvernement; mais il est bien entendu (pie les punitions infligées par un régisseur ou autie agent salarié blanc à un nègre ou à une négresse seront appliquées par un commandeui nègre et ne pourront dépasser le nombre de vingtcinq à cinquante cou|.s.

Puis l'article continue :

. ..Selon que les circonstances V exigeront^ les cou}:s pourront être portés jusqu'à quatre-vingts coups ordinaires, applicables sur le bas du corps, et sans que l'individu soit lié, si ce n'est contre un poteau ou un pieu, debout, et sans qu'il soit permis de trousser les vêtements de l'esclave*, ou de le hisser au-dessus du sol.

Nous voulons que toutes les autres punitions plus sévères soient

* L'esclave a-t-il des vêlements? L'art. 17, al. 2, se borne à ces mots : ... Il est recommandé de donner aux esclaves des vêtements convenables, pour couvrir leurs parties sexuelles, et de leur fournir des draps d(* lit...

infligées par les administrateurs 011 les propriétaires eux-mêmes, ou sur un ordre écrit d'eux. Il est dél'endu également à tout blanc de menacer un esclave avec une arme à feu, une épée ou un sabre, et plus encoie dVii faite usage, sinon dans le cas absolu de légitime défense, sous peine de 500 florins, au profit de qui de droit...

Est-ce au profit de Tesclave? Nullement. Aux termes de l'art. 1", moitié de l'amende revient au fiscal^. ou magistrat, moitié aux pauvres.

... Si les maîtres sont coupables de mauvais traitements habituels et excessifs envers un esclave, à quoi sont-ils condamnés? A le vendre, voilà tout.

Si l'esclave a été mutilé ou estropié, le fiscal entamera la procédure j de telle manière qu'il lejageraconveimble.

Ani. 15. — En ce qui touche les nègres voisins qui viendraient sur les plantations.... ceux que Ion surprendrait volant des comestibKs ou autres objets, on devra les interpeller, et s'ils ne veulent pas s'arrêter, il s^ra permis, quand on ne pourra les rejoindre ou les saisir, de tirer sur eux avec du gros plomb ^ mais seulement sur le bas du corps.... Si l'esclave est tué par malheur, ceux qui auront tiré ou donné Tordre de tirer, seront obligés de justifier leur conduite, le tout, sous peine, eu cas de contravention prouvée^ d*être actionné par le fiscal, suivant que les faits delà cause V exigeront, sans préjudice do l'action de la partie civile.

Sans doute, l'ordonnance recommande de prendre soin des esclaves malades (art. 17, al. 1*'), de regarder comme un objet principal la nourriture des esclaves, que Von doit considérer comme Vâme de la plantation (art. 47, al. 2*), et, dans ce but, de leur fournir du sel, des pipes, du tabac, et au moins une fois l'an un peu de poisson ou

quelque chose de la sorte, et une fois par quinzaine au moins un panier de fruits ou bien quatre régimes de bananes, enrendaht responsables les esclaves si les champs destinés à leur nourriture ne sont pas cultivés; ou les maîtres, si les esclaves établissent que ceux-ci ne leur accordent pas le dimanche pour les cultiver... On aura soin d'ailleurs de mieux nourrir les blancs employés (art. 18), afin d^ inspirer aux esclaves un respect salutaire pour les serviteurs de moindre rang.

Au moins celte ordonnance a-t-elle été exécutée?

Elle avait été faite, le préambule l'indique, pour renouveler des dispositions antérieures, toujours inobsiTvées, une proclamation de 1 759 du même gouverneur, un acte de 1 749, un autre acte de mai 1 725, un premier acte du 9 mai 1686;.... des plaintes retentissent comme par le passée dit Tordonnance de 1784, et même ces plaintes augmentent tous les jours.

En 1799, le gouverneur Fridérici est déjà obligé de rappeler, par une proclamation du 14 janvier, et de renforcer Tordonnance, la conduite des régisseurs étant absolument contraire à ses prescriptions.

En 1817, le gouverneur Cornelys Rynhard Vaillant publie une nouvelle ordonnance, considérant que les prescriptions des anciennes sont négligées de plus en plus, qu'on les considère même comme non existantes^ . . . notamment quant à l'obligation de fournir aux esclaves des terrains n vivre, a afin de prévenir (art. 12, 3''), avec la bienveillance de Dieu, tout besoin de nourriture pour l'avenir, besoin qtii s' est fait grandement sentir par l'oubli de précautions salutaires durant cette année. »

Nouvelle ordonnance, le 1" janvier 1826, pour prescrire Tenregistrenienl des esclaves, sîiivie d*ime loi dn 23 mars 1852 sur les affranchissements et d'ordonnances locales h•ès-nombreuses^

En 1842, le gouvernement hollandais prépare un règlement qui déclare Tesclave une personne, apteà posséder des meubles, à se marier, à se racheter, à s'instruire.

En 1831 , le 6 mai, un nouveau règlement est publié; un aulre en 1856^

En 1 860, on en est encore au même point.

Comment, en effet, toutes ces lois seraient-elles exéculives? Où est la surveillance? où est la sanction? où est surlout la pitié? dans quels cœurs vit-elle encore? Quoi ! voici un brave gouverneur, l'auteur de l'ordonnance de 1159 et de celle de 1784, plein d'expérience, puisqu'il est en fonctions depuis vingt-cinq ans, plein d'intelligence et d'équité, car il écrit en tête de la seconde ordonnance : « Le devoir nous prescrit de mettre l'étal d'esclavage en harmonie avec les principes de l'humnnité et.de rendre cet état aussi supportable que possible, et on a le droit d'attendre de pareils sentiments des maîtres d'esclaves, d'autant que leur propre intérêt le leur commande... » Or, animé de si bonnes intentions, ce messire Beeldsnyder Matraas permet de fouetter vingt-cinq coups, même quatre-vingts, même davantage, et de tirer à gros plomb l'esclave qui a volé une banane! S'occupe-t-il du jardin

y Rapport sur la colonie de Surinam, par le comte de Castelnau, capitaine de vaisseau, 1847, Rev. col., 12, p. 389-591.

* La colonie de Surinam, par M. Favart, Rev. col., novembre 1859, p 154.

■et de la case de Tesclave? non; de son rachat? non; du mariage? non ; de linstruction? non; de la religion? non.

Et vous espérez que la voix de rimmanité parlera plus haut à la conscience de ces régisseurs, de ces intendants, que Tordonnance de 1817 nous représente (art. 10) comme souvent renvoyés />m(r incapacité notoire^ ou pour l'indécence^ la négligence ou rimmoralité de leur conduite?

Attendez-vous davantage de la pitié ou de l'intérêt des maîtres? Vous avez raison, et le fait que nous avons cité, la diminution de la mortalité dans les districts de Niekerie, lient à ce que les propriétaires habitent leurs plantages, plus habituellement que dans les districts de Commewyne, de Maitapica, de Para, Cottica, ou dans les forêts deThorarica et de Saramaca. Le proverbe : rien ne vaut Pœil du maître existe en hollandais comme dansles autres langues : c< het oog van den meester mnakt het paard net\ »

Mais où sont la plupart des maîtres? A Londres ou à Amsterdam.

1 Lisez dans Tadmirable étude de M. \itet sur Técole de peinture hollandaise \ étude qui est elle-même une des tTjeilleures pages de Técole de littérature française, lisez dans celte appréciation d'un iioût si juste, si fin, et si

• A la suite de la Note de MM. Zéni, etc , on trouve le compte do deux habitations, p. i08. L'une rapporte 400 florins par tête d'esclave, raufro 380 fl.; la preinicrc est dirigée par les propriétaires, la seconde par des gérants.

! * Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1861. p. 790.

i'U LESCLAVAGK.

pur, la description ou plutôt la gravure écrite de ileux des grandes toiles du musée d'AmsIerd.ini. Dans l'un, le Banquet (le Van dcr Heist (1648), « voilà ces hardis commerçants qui tiendront tête à Louis XIV; vous les voyez ces loups de mer, vous leur parlez; ils sont là, en habit de gala, rudes et simples comme dans leurs comptoirs, comme sur leurs navires. Que de bon sens, que d'énergie, quelle gravité, et au fond quel orgueil sous cette gaieté rubiconde! »Dans Taulre, \esiiyndirsde Rembrandt (1661), cinq marchands d'Amsterdam en séance autour d'un lapis rouge, chapeau de feutre à larges bords sur la tête, vêlements de drap noir, grand collet de chemise uni el rabattu. Ces loups de mer, ces marchands qui boivent ou discutent dans le coin d'un cabaret ou dans une salle du Slaalkof en Hollande, voilà les fondateurs de la Guyane, voilà les maîtres de ces esclaves qu'on hisse de terre pour les fouetter, de ces femmes qu'on trousse pour les faire passer par les baguettes pendant la durée d'un siècle (1G67-1 784), puisqu'une ordonnance est nécessaire pour réprimer explicitement ces abus.

Franchissez soixante-dix annres. A La Haye, que de progrès! que de prodigesaccomplisparces bourgeois toujours énergiques, sensés, rudes et simples, habiles administrateurs de leurs cités el de leurs fortunes! A Surinam, au contraire, même régime des esclaves en 1854 qu'en 1784, qu'en \ 739, qu'en 1686, et l'affreuse gravure d'un livre exlrêmement curieux, sorte d^Oncle Tonis cabin de l'Amérique hollandaise, nous monlre une femme enlièrement nue, pendue par les bras à deux poteaux, les pieds fixés par un lien qui part de terre, et recevant sur son

corps tendu les coups d'un martinet à neuf branches tenu par un vigoureux nègre, sous les yeux d'une créole éléganle el souriante*.

Je crois et je me hâte de dire que les violences excessives sont rares, mais la situation est plus forte que ia législation. On voudrait garder les enfants à leurs mères, mais la gêne force à les séparer*. On voudrait bien nourrir et bien vêtir les esclaves, mais Tavarice, la négligence ou la pauvreté mènent à les laisser souffrir, et l'ordonnance de 1817 l'atteste'. On voudrait bien ne pas imiter les grossiers procédés des Américains, mais, quand les esclaves prennent la fuite, il faut bien aller à la chasse et employer des patrouilles d'autres nègres , de nègres boscli, que Ton paye pour dépister et appréhender les fugitifs*. On voudrait bien évangéliser ces esclaves, et les Frères moraves s'en occupent. Mais ces Moraves euxmêmes ont des esclaves; leur parole sans culte agit peu, el leur exemple agit davantage, aussi bien que celui des maîtres, peu dévots en général, dans cette vie qui est une continuelle tentation de dureté ou de mollesse. Aussi des observateurs peu suspects de sensibilité ou d'exagération s'expriment ainsi* : « A Surinam, on laisse les noirs entièrement libres sur l'article de la religion, plusieurs même exercent la religion de leur pays\ » On voudrait

* Slaven en Vrijen onder de NederlandscJie Wat, nilgcven door ïr W R. Van Hoëvell, i854, !•" volume, p. 97.

« Ibid., ch. II, Moeder en Kind.

^ Ibid., ch. Yi, IX.

* 2* voL, ch. Yii, Wegloopers en Boschpatrouilles.

* Noies de M. Zéni (1824), Soleau, Lagrange (1834), p. 45. 6 Van HœycU, ïï, ch. vi, p. 96, de Godsdienst.

266 i;i:SCLAYAGE.

enfin ne pas ballre les esclaves, el la loi, la pilic, Tintérêl le défendent ; mais, écrivent les mêmes témoins, a il y a des lois établies pour les punitions infligées suivant les fautes, mais on n'y tient guère la main; chacun agit â peu prh comme il vêtit, »

Il en est ainsi jusqu'au momenl où le gouvernement, voulant enfin agir d'une manière efficace, intervient, fixe les heures de travail, ou bien interdit le transport et par conséquent la vente d'une habitation à l'autre^ Dans ce cas, la tutelle du gouvernement linit par {iaraître intolérable aux propriétaires, en sorte que le régime d'une colonie à esclaves aboutit toujours à l'arbitraire des maîtres sur les esclaves, ou bien à l'arbitraire du pouvoir sur les maîtres.

Sous ce régime, la prospérité matérielle de la colonie esl-el le en décadence ?

Les fondaleurs de Surinam ont été dignes de leurs compatriotes; ils ont, par d'élonnants travaux, conquis cetle terre sur la marée et sur la pluie, ils ont fait sortir des eaux une vaste étendue de terrain qui s'étend du Maroni à la rivière deDemerari, et formée d'une vase bleue, recouverte d'une couche épaisse de fumier végétal, porte avec abondance la canne et le coton, le café et le cacao, et k peu près tous les produits que la main de l'homme lui confie. On prétend qu'à la fin du dernier

* M. de Caslelnau cite les résistnncps contre cette règle, imposée en 1846 par le gouverneur Van Raders, loc. cit., p. 375.

Gomme dans tous les pays à esclaves les lois sont aussi nomhreirscs (jue slénles. Le rapport de la Commission de 1855, l'" partie, p. 15, nie onze lois ou règlements de 18i8 à 1855.

LA HOLLANDE 2r>7

siècle, 80,000 esclaves, distribués sur 600 établissements, produisaient annuellement une valeur de 40,000,000 fr. de denrées V On n'y comptait plus, en 1845, que 102 sucreries, H6 caféieries, 41 côtonnerios, 2 plantations de €clcao, 1 d'indigo, 49 exploitations de bois, produisant au total 3,502,21 8 fr.^ Depuis que la Guyane française et la Ouyane anglaise ont traversé la crise de Témancipation, la Guyane hollandaise en a peu profité. L'exportation du sucre, qui était: en 1845 de 29,787,960 Hvres, et en 1849 de 31,121,202, n'est en 1857 que de 31 ,8fl6,993 Hvres, presque la mcme^ En 1824 comme en 1834, en 1845 comme en 1849, tous les observateurs déclarent que l'agriculture est arriérée, les procédés imparfaits, les machines nouvelles presque inconnues, et les comptes présentés par plusieurs d'entre eux montrent le revenu net sans grand progrès. Enfin, aujourd'hui comme alors, les colons se plaignent, et leurs doléances se résument dans cette phrase d'un écrit déjà cité : la situation de Surinam est mortellement malade, Siiriname's tœJsland is ihodehjk krauk\

L'histoire de tous les peuples qui ont des esclaves est doiic fatalement toujours la même; en fait, misera morale et matérielle; en droit, l'arbitraire; en résultat, la routine ou la décadence: mêmes conséquences, mêmes efforts, mêmes procédés, on peut ajouter : mêmes arguments.

' M. Favart, p. i58.

-^ * M. Vidal' de Lingendes.

■' Rapport de M. Dieudonné, Rev. col, 1850, p. 296. — M. Favart, Ibid., 1859, p. 166.

* Opmerkingerif p. 82.

tép< L'ESC LAVAGE.

M. V;in Hœvell ^ a pris la peine de relever tous les arguments alléjHiés par les partisans de TesclaTage en Hollande. Us sr; réduisent toujours à ceci :

\a^ noirs sont une race inférieure. — Ce n'est pas une r.iison [jour les ré luire à un état qui les dégrade encore plus (*i s* oppose à jamais à leur élévation.

Ils Siéraient tués ou opprimés en Afrique, s'ils n'étaient (las f^aves en Amérique. — Au lieu d*un crime chez les priîens, un autre crime cbez les chrétiens.

lis sont brutaux. — Et les maîtres? Et les intendants? Et les surveillants?

Ils sont paresseux. — Quel intérêt ont-ils à travailler? La paresse est leur seul bénéflee. Tout bomme est paresseux, el Tespoir de posséder et de transmettre le fruit de notre travail, est le seul aiguillon qui triompbe de notre paresse native

Ils sont plus beureux qu^ils ne seraient en Afrique, ou que ne sont beaucoup d'ouvriers libres en Hollande. — Améliorez le sort des Hollandais. Mais consultez les esclaves sur hmr bonheur! Et pourquoi parler de bonheur? la liberté est une question de justice.

Pas d'esclavage, pasde colonie. — En d'autres termes: si 40,000 hommes esclaves ne reçoivent pas de coups de fouet, 200 planteurs ne recevront pas de revenus. Y at-il égalité entre les deux maux, s'il fallait choisir?

On alIcNgue, comme un argument spécial à la Guyane hollandaise, l'exemple des nègres libres, marrons ou hosh, au nombre de plusieurs milliers, qui vivent dans

» T U. ch. Mil. p. 210. Verdedigers dcr Slaveniij.

l'oisiveté , résistent à révaugélisation , ne se civilisent pas, et préfèrent la vie sauvage à la vie régulière. Mais qu'ont-ils dans le souvenir? l'esclavage; qu'ont-ils devant les yeux? l'esclavage. Sous quelle forme le travail se présente-t-il à eux? sous l'image d'un noir baitu par un blanc. Sous quelle forme la liberté s'offre-t-elle 5 leur vue? sous l'image d'un blanc qui ne fait rien. Ce qu'ils voudraient, ce n'est pas être libres, c'est être maîtres, avoir des esclaves à leur tour et ressembler aux blancs, qui font travailler et ne travaillent pas. Quoi ! vous vous étonnez que les bisch fuient les villes et demeurent oisifs? Ils craignent votre compagnie et ils suivent votre exemple.

A ces noirs libres au sein de Tesclavagp, fuyant comme les Indiens et redoutant les blancs, sous l'empire d'une rancune secrète et d'une défiance instinctive,il faut opposer les populations affranchies de la Guyane anglaise et de la Guyane française. Nous l'avons jnontré*, dans ces deux colonies, un nombre considérable de travailleurs a déserté la grande culture, mais si l'on compare le travail de ceux qui s'y consacrent encore avec le travail des esclaves de Surinam, on trouve que si 100 esclaves fournissent 37 journées de travail, 100 individus libres en fournissent 54; le nombre des ouvriers a diminué, le produit du travail d'un ouvrier libre l'emporte d'environ dix-sept pour cent sur le produit du travail d'un esclave*.

»T. I, lletlW. II.

* Cotte comparaison a été faite, et appuyée sur des tableaux statistiques, par M. le lieutenant de vaisseau Dieudonné, août 1850. (Bev, col., 1850, p. 299, 300.)

îTif I. KSfLAVAGR.

Les fail> et les raisons commencenl à «npprocher de ce point, où la tlit'oric et la pratique étant de plus en plus daccoirl, une réforme peut être opérée s^s danger. En eiïel, Taliolilion de Tesclavage a été, depuis plusieui^ années, mise i\ Tordre du jour par le gouvernement hollandais.

Mais, avant d'indiquer où en est la question, disons quelques mois des autres colonies ù esclaves moins importa n tes.

T)* Antilles hoilandAlses.

Li Hollamle possède dans la mer des Antilles :

V Dam les lies sons te Vent :

Curamit^ île de 762 milles carrés de superficie, avec la vilhî de Willenîstadt pour capitale et les petiles îles de lîonîiire (450 milles) et d'Aruba (365 milles) pour dépeii- (lîmces. Ces îles sont catholiques.

r Dans les petites Antilles :

SaiKt'EHsiachey qui a 5,712 milles carrés, Sabaci une pnrlie de Saint-Martifi^ Tautre partie élant possédée par la France qui a, sur ce point du monde, comme aulivfois eu Kurope, la Hollande pour voisine, et lui a rendu ce teiritoire, après l'avoir repris en 1794 aux Anglais, par la main de Victor Hugues,

Curaçao renferme environ 16,850 habitants, doni 7,181) étaient esclaves^ le 1'" janvier 1854, savoir :

* Iwccde liapport der Staats commissie, 1856, '2* partie, p. 6.

lloinines. . . . 5,428 Femmes. . . . 3,761

LA HOLLANDE. 27t

69 appartiennent au gouvernement. H y a eu, de J 844^ à 1854, 870 affranchissements.

Bonaire a 2,559 habitants, dont 769 esclaves (561 hommes, 408 femmes), 056 appartenant au gouvei^ nement.

Arnba, plus petite et plus stérile, contient 3,201 Ames, dont 532 esclaves (151 hommes, et 181 femmes).

Sai^it-Eustache a 1,856 habitants, dont 1,071 esclaves (528 hommes, 545 femmes).

Saba, la plus petite des îleshollandaises; cjui est plutôt on pic qu'une île, renferme 1,709 habitants, dont 649 esclaves (503 hommes, 546 femmes).

A. Saint- Martin, les esclaves, au nombre de 1,000 à 1,200, sur 2,790 habitants, ont dû être affranchis à la sûitede l'émancipation française par lesco.ons, avec l'approbation du commandant, le 0 juin 1848^ mais les colons ne sont pas encore indemnisés.

Ces petites îles^ Sainl-Eustache surtout, que la Hollande possède depuis 1635, ont un commerce et une production encore assez actifs,

Les esclaves y sont mieux traités qu'à la Guyane. Il en est ainsi en général dans les îles, où Tesclave ne désire pas et où le maître ne craint pas la fuite autant que dans les vastes territoires. Les maîtres habitentdavanlage leurs propriétés, et s'il faut en croire un auteur déjà cité', la manière dont ils traitent leurs esclaves est cor-

• Les possessions coloniales de la Hollande en 1859, par M. de Jonquières ilev. col. y décembre 1859, p. 526.

. Cet auteur donne à Saint-Eustache 10,000 habitants. Les cbiffrcs ((u'il indique pour la surrace sont aussi en désaccord avec les chiffres officiels

* Opmerkingen, etc., p. 72.

diale et paternelle, aartsvaderlyk. Aussi la inoi;^lité parmi eux est moins grande qu'à Surinam, et même, s'il faut en croire M. Van Hœvel\ les naissances excèdent les décès.

naissances. décès

SurinaiD 2,82% 3,49 •/,

Curaçao 3,86 2.77

Bonaire 3.22 1,21

Aruba 4,83 1,25

Cependant, ces petites colonies ne sont pas ce qu'elles étaient autrefois, et elles ne vivent qu'à l'aide de subsides de la métropole. On assure que Curaçao, il y a vingt ans, possédait plus de 10,000 esclaves au lieu de 5,000. La grande culture n'y peutévidemmentlutter avec le sucre de l'Europe ou le coton de l'Amérique. Les petites cultures, le nopal ou la cochenille, sont leur avenir. U territoire étant peu étendu, la fuite des esclaves n'est pas à craindre, et si les maîtres se sont fait aimer, ils r oseront pas abandonnés. L'émancipation ne présente donc pas là de sérieuses difficultés.

4» Forts lioUantlais de la cOCe d'Afrique.

La Hollande, qui a fondé la colonie du cap de Bonne- Espérance, ne possède plus en Afrique, sur cette c^le occidentale, qui s'étend du cap des Trois-Pointes au cap Saint-Paul, sous le nom de Côte-d'Or, et sur un espace d'environ 90 lieues, que quelques forts comme Axiin,

Boutry, Saccondée,Ghania, maintenus au milieu d'autres forts en ruine, comme Akra, Baracoé, et une petite ville, Saint-Georges d'El-Mina, bâtie sous la volée d'un fort, au bord d'une petite rivière et divisée en un ramas de cases à nègres et un quartier européen, avec un jardin et une promenade\ La Hollande entrelient là une petile garnison, et y a longtemps recruté des soldats pour ses colonies des Indes; elle en tire en petite quantité, du maïs, du coton, des épices, et attend des ressources du lavage de Tor et de l'exploitation de vastes richesses minéralogiques. Mais elle n'a ni un territoire, ni une population qui dépendent d'elle d'une manière définie.

Cependant, \eRapport de la commission de \ 853 ^ élève à 136,000 le nombre des habitants, sur lesquels la Hollande prétend dominer, savoir :

Libres 34,000

Esclaves domestiques . . . 82,000 Autres esclaves 20,000

H n'y a pas d'enregistrement, mais des règles pour améliorer le traitement des esclaves ont été faites, et les marchés d'esclaves sont interdits.

La commission estime que la Hollande a sur ces hommes et sur leur territoire une vraie souveraineté, et non un simple contrat avec les habitants, néanmoins elle regarde comme fort difficile d'imposer la liberté au milieu de l'universel esclavage qui règne en Afrique.

' Descri/ition des côtes de l Afrique occidentale y par M. Bouct Willaume/. 1849, p. 207.

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