LA THÉORIE DE L'ESCLAVAGE
On trouvera bon qu'avant de résumer et de conclure, je m'arrête pour poser cette question : Si Jésus-Christ n'a pas aboli Tesclavage, qui donc l'a détruit? qui donc le supprimera?
Est-ce la philosophie? est-ce la raison humaine?
Je demande à la philosophie, je demande à la raison humaine de m'expliquer, s'il en est ainsi, qu'est-ce que l'esclavage? quelle est la nature, quelle est l'origine de ce tléau?
Qu'on interroge la conscience : elle répond que la liberté est le plus précieux des biens, le plus clair, le plus sacré des droits \
* Je n'ai pas besoin de raisonner pour savoir que ma liberté est inviolable. Elle est mon droit, comme la vie elle-même. Personne ne peut m'ôter la vie sans crime, et personne ne peut mutiler mon être, le vicier, le dégrader sans crime. Je tiens du même Dieu Texistence et les facultés qui me la rendent possible. Il ne se peut pas que les lois divines et humaines condamnent l'assassin et absolvent le libcrticide Non-seulement ma liberté
est à moi, comme ma vie, et personne n'en peut disposer à ma place, mais je ne suis pas maître d'en disposer moi-même. Ce n'est pas assez de dire que
Mais qu'on interroge riiistoire : elle enseigne que la moitié du genre humain a vécu dans l'esclavage, y gémit encore, y retombe sans cesse, et que les tyrans et les victimes sont éternels.
Comment comprendre, comment expliquer cette lamentable contradiction ? comment résoudre cette énigme?
Yoici un fait monstrueux, et il est le plus antique dont les hommes aient conservé la mémoire. Dès que deux hommes, dès que deux peuples ont été en face l'un de l'autre, le plus fort a asservi le plus faible, et, dès qu'il y a eu une loi, elle a donné raison au plus fort.
Le plus antique des faits est aussi le plus universel. L'esclavage est une institution des Romains et des Grecs, des Germains, des Scythes, des Éthiopiens, des Perses, des Indiens, des Barbares, plus raffiné chez les uns, plus brutal chez les autres, partout impitoyable, incontesté. Tous l'exercent ou le subissent, quelquefois on l'ébranlé, jamais on ne le détruit, et les esclaves révoltés ou les affranchis détiennent à leur tour des esclaves.
Voici un fait immémorial, opiniâtre, naissant et renaissant partout, indestructible, universel, à la fois naturel et contre nature. L'homme, pour se dispenser du travail, condamne au travail un autre homme; s'il résiste, il le bat; s'il devient inulile, il le vend; s'il est fécond, il dispose de sa descendance ; en un mot, sur cet être, son semblable, qui a la même forme, le même langage, la
la liberté est un droit ; la liberté est un devoir Il ne dépend pas de moi
de rejeter la responsabilité que Dieu m'a imposée il ne m'est pas permis
de déserter le poste où m'a placé le Créateur.
(Jules Simon, la Liberté, t. ï, p. 25, 26.)
4i8 LE CHRISTIANISME
même âme et le môme visage, il exerce en tout point
l'empire de F Arabe sur son cheval.
Ce prétendu droit, les philosopliies ne le condamnent pas, elles le démontrent; les lois ne le réprouvent pas, elles Torganisent.
Encore une fois, comment le comprendre et comment Texpliquer? Qui osera répondre froidement : Puisque ce fait est universel et immémorial, donc il est légitime.
On lui répliquerait par cette boutade de Voltaire : « Il y a trente ou quarante siècles, plus ou moins, que les fouines sont en possession de manger nos poulets, mais on nous accorde la permission de les détruire quand nous les rencontrons. »
L'universalité de l'esclavage ne prouve pas plus contre l'égalité des hommes que l'universalité du polythéisme ne prouve contre l'unité de Dieu.
Cherchons, cherchons encore le secret de cette énigme...
Trouve-t-on la théorie d'Aristote sur l'inégalité naturelle des âmes digne d'une réfutation? Veut-on se perdre avec les Hindous dans les nuages de la doctrine de la préexistence?
Préfère-t-on croire à la différence des races et espèret-on découvrir dans la couleur de la peau ou dans l'inclinaison de l'angle facial le titre de la possession d'un frère sur son frère?
Faut-il écouter les faux économistes qui louent l'organisation du travail forcé, les faux jurisconsultes qui déduisent la servitude d'un contrat où manquent à la fois
l'objet licite et le consentement, les faux philanthropes et les faux chrétiens qui font de l'esclavage un heureux système de moralisation et un catéchuménat commode, les faux libéraux qui fondent sur Tasservissement d'un grand nombre la vie politique d'une minorité dirigeante? A tous ces systèmes vains ou cruels, fondées sur la nature, ou sur l'utilité, le cœur humain et l'histoire infligent un éclatant démenti.
Le Créateur est innocent des inégalités que la science invente. A tous les hommes il lui a plu de donner une âme, à toutes les âmes la liberté.
Non, non, le travail, la morale, la religion, la politique n'acceptent pas les odieux services de la servitude qui les déshonore sans les seconder.
Fussent-elles vraies d'ailleurs, ces explications auraient à leur tour besoin d'être expliquées. Si le travail, la morale, la religion, la politique tiraient un vrai profit de la servitude, comment comprendre ce monstrueux amalgame, comment justifier Dieu d'avoir ainsi rendu le mal inhérent et nécessaire au bien ? Ce serait une seconde énigme à résoudre.
On répète assez volontiers que la servitude est au nombre des imperfections qui marquent les premiers pas de l'humanité sur la terre, qu'elle disparaît peu à peu par l'influence du progrès et par le cours du temps.
Si rhumanité doit passer par l'esclavage comme elle passe par l'enfance, c'est une loi commune à tous les hommes sans exception ; qui donc a le droit d^tre maître?
S'il est un mal destiné à disparaître peu à peu et suivant les lois d'un progrès continu , l'esclavage a sans doute H. 29
4d0 LE CHBISTIAKISHE
été fJos cruel et plus QDÎferselanpreiiiiers joursde Tbumanité; après qudquessècles, on leTcrnis'aflaiUir, pois enfln disparaître. Or, il n'en esl pas ainsi. Au eomm^neement, il se oonfcmd awic la domesticité an sein de la vie patriarcale. A mesure que la société s'édaire et s'organise, l'esclafage s'organise aussi ; plus il dure, plus il pèse, el les tribus païennes de TAfrique, ou les traitants païens du nouTcau monde ont invoité des cruautés et fof^é des chaînes que les anciens ne connaissaient pas. Les modernes ont possédé plus d'esdaves que les anciens, ils ont inventé la traite^ Vélhte^ la dâimse d'affranchir, raffinements odieux inconnus de l'antiquité. Ainsi, bien loin de décroître, le mal grandit, comme le mouvement d'un corps qui tombe s'accélère sous la loi invisible de la pesanteur.
L'esclavage n'est donc pas un état inférieur qui disparait par le seul cours du temps. Quelle est enfin sa nature, quelle est son origine?
Veut-on, comme presque tous les écrivains, revenir à la vieille théorie qui fait dériver Tesclavage de la guerre, c'esl-à-dire du droit du plus fort?
Celte thèse nous révolte. A notre époque, au sein de guerres formidables, les puissances chrétiennes s'empressent de rendre sans échange et sans rançon les prisonniers après les avoir humainement traités \ Celte thèse est pourtant la plus vulgaire et la plus plausible ; car la colère est quelquefois Temporlement de la justice, et la vengeance est le châtiment criminel d'un autre crime; on ne saurait leur pardonner; on les comprend toutefois.
* Moniteur {[m 28 mai 1859.
Historiquomenl, la guerre a, en effet, été souvent Torigine de resclavage; mais il est venu de raille autres causes, de la misère, des dettes, de Taliénation volontaire, enfin el surtout de rhérédité. Comment d'ailleurs juslifier Tun par Tautre?
Au lieu de tuer son ennemi, dit-on, le vainqueur le conserve; il fait œuvre de force et de bonté, il échange un roit contre un autre. Touchante bienfaisance!
Est-ce que la guerre donne le droit de tuer? Oui, pendant la mêlée; après que le combat a cessé, peut-on couper la tête à Tennemi désarmé? Non, ce sérail une infamie! Où donc puisez-vous le droit d'asservir, puisque vous n'avez plus le droit de tuçr ? ce droit nail avec la nécessité de vous défendre, il expire avec elle.
Et les enfants de Tennemi, sa femme, sa race à perpétuité, vous aviez donc le droit de les immoler, car ils deviennent votre possession et votre chose ! Fragile et honteux argument, crime justifié par un autre crime, explication perpétuée à la faveur d'un jeu de inots. Serus vient, dit-on, de servatiis ; et pourquoi pas de servir e^ ou bien du nom des Serbes, esclaves des Grecs, comme esclave vient des Slaves?
Si Tesclavage naît souvent de la guerre, plus souvent encore la guerre naît de Tesclavage. On la fait pour prendre des captifs, et on les prend pour les vendre.
Admettons, cependant, cette explication; elle n'explique rien, car elle est elle-même inexplicable. Pourquoi donc, dans quel but, sous l'empire de quel penchant, le guerrier réduit-il son captif, son semblable, en servitude?
Afin qu'il travaille pour lui. L'homme a donc horreur
452 LE CIllUSTIANISME
du travail? le (ravail est donc une peine? une peine, de quoi? Thomme est donc non-seulement tenté, mais vaincu par cette inclination à rejeter le travail? Qu'est-ce que cette créature vaincue par le mal et châtiée? Dieu a-t-il fait l'homme ainsi, malheureux et mauvais?
A tous ces redoutables mystères je ne connais qu'une seule réponse. Demander quelle est l'origine de Tesclavage, c'est poser la plus redoutable question qui existe : quelle est l'origine du mal? Voici la réponse :
Oui, le frère ne connaît pas son frère, le même sang coule et lutte dans leurs veines, un (rouble évident se trahit entre les membres de la race humaine, parce que le berceau même de la famille a été le théâtre d'un désordre secret, profond, incontestable, qui se transmet de génération en génération, et s'étend de peuple à peuple. Nul n'échappiî à ce désordre, il explique, il produit à la fois le crime et la souffrance, le crime de ceux qu'on appelle maîtres et la souffrance de ceux qu'on nomme esclaves ^ Instruments d'une justice supérieure, preuves
1 Le premier des Quatre chapitres inédits sur la Russie, du comte Joseph de Maistre, publiés en 1859 par son fils, est consacré à la liberté, et voici la question analogue à celle que j'examine, qui est posée par ce grand esprit :
« Comment est-il arrivé ({u avant le christianisme Fesclavage ait toujours clé considéré comme une pièce nécessaire du gouvernement et de Tétat politique des nations, dans les républiques comme dans les monarchies, sans que jamais il soit venu dans la tète d'aucun législateur de Tattaquer par des lois fondamentales ou de circonstance? »
Si M. de Maistre se bornait à répondre : « L'histoire prouve à lévidefice que le genre humainy en général, n'est susceptible de liberté civile qu'à Mesure qu'il est pénétré et conduit par le christianisme (p. 10), » je me garderais bien de contester.
Mais il résout le problème par cette formule tranchante : « Llwmme, en
vivantes d'une antique déchéance, les uns et les autrps composent une société violente, fatale, inhumaine, où Tabsence de la liberté semble la vengeance de Tabus qui en a été fait. En autres termes, Tordre a été originellement
généraly sHl est réduit à lui-même, est trop méchant pour être tibre, »
Puis il ajoute :
« Si la liberté civile appartient à tout le monde, il n'y aura plus moyen de gouverner les hommes en corps de nation. Voilà pourquoi Télat naturel de la plus grande partie des hommes a toujours été T esclavage, jusqu'à rétablissement du christianisme, et comme le bon sens universel sen^ tait la nécessité de cet ordre de choses, jamais il n'a été combattu par les lois ni par le raisonnement. » (P. 4-5.)
n en conclut que « la Russie s'étant soustraite au mouvement général de la civilisation et d'affranchissement qui venait de Rome, V esclavage est en Russie parce qu'il y est nécessaire et que V empereur ne peut régner sans Vesclavage, » (P. 15, 14.)
Ainsi, ou la religion catholique, ou l'esclavage.
Il est vrai que M. de Maistre, reproduisant sa formule sous une autre forme moins contestable : Jaraais un grand peuple ne peut être gouverné par le gouvernement seul (p. 23, 24), ajoute : « Comment la Turquie est-elle gouvernée? par FAlcoran; conunent la Chine est-elle gouvernée? par les maximes, les lois, la religion de Confucius. » Il reconnaît donc que le catholicisme n'est pas le seul supplément des lois civiles.
En outre il écrit plus loin :
« Si Taflranchissement doit avoir lieu en Russie, il s'opérera par ce qu'on appelle la nature. Des circonstances tout à fait imprévues le feront désirer de part et d'autre. Tout s'exécutera sans bruit et sans malheur. » (P. 28.)
Enfin la dernière partie du chapitre de M. de Maistre se termine par des considérations sur la nécessité de rendre les hautes classes plus fortes et plus parfaites avant d'affranchir les basses classes, et c'est la noblesse et non la religion qui est présentée comme le contre-poids de la liberté.
Ces contradictions, ces lacunes, ce défaut d'harmonie, entre le début et la conclusion, me laissent croire que le chapitre posthume est l'un de ces premiers jets trop rapides, habituels à ce grand homme ; il n'avait pas destiné à la publicité des pages incomplètes, qui, je ne sais pourquoi, sont mises au jour au moment même où l'affrauclnssement des serfs s'opère par ce qu'on appelle la nature.
S'il fallait prc:idrc les premières for.uules da chapitre à lu lettre.
troublé dès la naissance de rhomanité sur la terre; l'esclavage est une des preuves et une des suites de ce fa^t qui domine Thistoiredu genre humain. Sans cette explication, il est inexplicable.
Qui rétablira Tordre profondément, originellement troublé? Celui-là seul qui Ta établi, Dieu.
Un désordre primitif, un réparateur nécessaire.
Je défie qu'on explique et qu'on guàrisse autrement les maladies inconcevables et antiques de l'humanité sur la
je D'hésiterais pas à les combattre, au nom des deux seules voix que la supériorité du talent ne saurait étouffer, l'histoire et la conscience.
Oui, la vérité historique élève deux réclamations :
1** Les philosophes et les législateurs ne sont pas demeurés muets; ils ont ouvertement approuvé l'esdavage; leur opinion ou leur silence ne sont pas Veffet du bon sens universel, mais au contraire le résultat et la preure des ténèbres et de Terreur uniyerselles, qui subjugaient les âmes avant le christianisme.
2* ï/esclavage n'a été attaqué, détruit que depuis et par le christianisme, cela est certain, mais en dehors de Tunité catholique aussi bien que dans son sein ; Notre-Seigneur est mort pour les Russes comme pour le reste des hommes, et les philosophes et les législateurs, à Londres, h Pélersbourg et même à Tunis, ont été éclairés par les reflets de sa lumière.
La conscience s'unit à Thistoire pour protester contre cette thèse absolue : Les hommes étant trop méchants pour être libres, donc une partie des hommes doit être esclave. Pourquoi donc une partie? Le méchant c'est le maitre et non pas resclave. Dans les pays sans religion, est-ce que tous les hommes sont esclaves? dans les pays sans esclaves, est-ce que tous les hommes sont religieux? Si la religion est un frein qui remplace l'autre, qui donc, mailre ou esclave, voudi-a Taccepter? Quoi ! la foi ou la chaîne, voilà deux cquivalients ! Ces conséquences odieuses sont assurément bien éloignées de la pensée de l'illustre écrivain, mais puisqu'elles s'en déduisent, c'est que cette pensée est trop ahsolue ; nul n'atteint plus souvent que lui au sublime, mais ce sommet est pjès d'un précipice, le paradoxe.
Pourquoi l'esclavage domine- t-il avant le Christ? parce que Terreur, la souffrance et le vice sont universels. Pourquoi disparaît-il depuis le Christ' parce que lo Christ apporte la vérité, la rédemption, la vertu, et rend ains. Thomme h sa vraie nature ; or la naluredé rhouimi», c'est la iihcrlé.
terre. En ce problème, comme en beaucoup d'autres, la raison est insensiblement mais forcément conduite à une sorte de christianisme instinctif. Jusque-là, comme un homme qui chercheà tâtons dans les ténèbres, et se heurte à toutes les murailles, Tesprit n'aboutit qu*à des énigmes et à de décourageantes impossibilités. Dès qu'il a mis la main sur cette clef, la seule issue par ou pouvait pénétrer la lumière s'ouvm aussitôt, et tout se montre à sa place et sous son vrai jour.
Mais cet instinct, ces pressenlimenis, ces actes de foi involontaires de l'esprit, l'histoire, la véridique histoire, les contrôlé et les ratifie. La déchéance primitive? les annales de l'univers et le cri de la conscience sont les deux témoinsqui l'attestent: Le Rédempteur? voilà bientôt deux mille ans que l'humanité l'a reçu dans les bras qu'elle lui tendait depuis l'origine du monde. Ainsi, ce que ma raison me démontre, l'histoire me le montre : les fai^ servent de contre-épreuve aux idées. Est-il possible de s'élever à un plus haut degré de certitude ?
Singulier spectacle 1 Cette lumière éblouit. Quand l'homme reçoit la preuve de ce qu* il pressent, c'est alors qu'il hésite; quand il faut passer d'une intuition intérieure à une foi positive, il tremble, il recule. L'homme croit au Dieu cabhé ; Dieu se montre, l'homme prend la fuite. Notre conscience est d'accord avec un christianisme invisible; devant le Christ incamé, elle n'ose plus confesser tout haut ce qu'elle contemplait tout bas. Ce n'est plus saint Thomas s' écriant : « Si je rie vois pasj je ne croirai pas. » Nous, au contraire, nous semblons dire : c< Si je vois, je ne crois plus. » Démonstration nouvelle de
4M LE CHRISTIAMSME
cette étrange (aiblesse de la raison et de la volonté qui ne peut, sans le seconrs d'en haut, se relever du doute et s'élancer dans la foi !
Saisissons d'une main ferme les preuves si abondantes et si claires d'une solution qui est la meilleure; que dis-je? il n'y en a pas deux, il n'y en a qu'une.
« C'est une faute, dit saint Augustin, qui fit créer ee mot et non la nature. La première cause de l'esclavage est dans le péché.... »
Ce fait universel et immémorial vient d'un autre fait universel et immémorial, la déchéance de Thomme.
Oui, l'esclavage est un mal positif, un désordre né, comme tous les autres, de la déchéance commum'quée à tous les hommes par la faute de leur premier père. Il n'est qu'une des formes de cette servitude lamentable de l'âme dominée par le corps et du corps dominé par la nature révoltée, servitude dans les liens de laquelle les hommes, dans le séjour passager de la terre, se débattent pendant les siècles qui précèdent Jésus-Christ, et de laquelle ils s'affranchissent avec son aide depuis dixhuit cents ans, tour à tour ingrats ou fidèles, victorieux ou abattus, honteux ou pleins de gloire, sur le chemin de leur patrie véritable.
On a bien nommé le christianisme le joint des deux femllets de r histoire. Ouvrons et lisons.
Avant Jésus-Christ, dans toutes les contrées où on ne l'attend point, l'esclavage domine et grandit; là seulement où on l'attend, l'esclavage est restreint et décroissant. Depuis Jésus-Christ, sur la partie du globe où II est adoré, l'esclavage est mort ou mourant ; là seulement où
Il est ignoré, Tesclavage sévit et demeure. Le jour où naît le Christ se lève l'aurore de la liberté. La même heure dans Thistoire sonne leur apparition, la même teinte sur la carte du monde marque leurs progrès.