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LA. PRODUCTION ET LE COMMERCE. — LE SAL AIRE ET LA PROPRIETE

Les colonies ont ete ruinees par Temancipation.

II semble qu'il n'y ait qu'a passer condamnation sur ce point, et que les partisans declares de l'abolition soient d'accord avec ses adversaires.

« La tranquillite publique ne laisse rien a desirer dans les colonies, ecrivait le rapporteur de la loi des sucres, M. Beugnot, en 18511, mais les conditions de la production sont completement ehangees. » Le rapporteur de la loi des sucres, en 1860,M. Aiicel, constate de meme, dix ans apr&s, « le trouble si profond que la suppression du travail esclave, proclamee violemment, etait venu ajouter a une situation deja malheureuse2. »

Faut-il s'en tenir a ces affirmations, passees en quelque sorte a Tetat de lieu commun, et se contenter de

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COLONIES FKAXgAJSES. m

repeter, en maniere de consolation, que, quelles qu'aienf ele les pertes eprouvees par des hommes enrichis par l'esclavage, la liberie est un bien qui est digne d'un tel prix , une reparation qui meritait une telle penitence?

Non. 11 convient de penetrer dans les details et de conslater scrupuleusement quelle estTetendue exacte et quelles sont les causes diverses de la perte dont se plaignent les colonies franchises. Tres-reelle et tres-serieuse,, elle n'a ete pourtant, ni si grave, ni si absolue, ni si longue qu'on le dit communement. Avant tout, elle a d'aulres causes plus anciennes, plus profondes, que 1 abolition de l'esclavage.

Mais comment s'en assurer?

Si je lis les journaux des colonies, si je consulte les ecrits des colons, si je consuite ies memoires, les petitions, les prqjets, je n7entends queplainles el quegemissements. En outre, je me perds dans des details infinis, dans des calculs contestables, dans des opinions contradictoires. A quel but celte voie difficile peut-elle me conduire? A faire un tableau de la situation actuelle des colonies, situation agricole, financiere, commerciale. Ce tableau ne sera jamais ni complet ni ressemblant; on peut faire ressemblant le portrait d'un homme, jamais celui d'une soeiete tout entiere. Mais en outre ce tableau n'importe pas au but special que je me propose, qui est exclusivement de demontrer que Temancipation des esclaves n'a pas mine les colonies. Or, pour cela, il suffil de prouver d'abord qu'elles ne sont pas ruinees; en second lieu, que les maux dont elles soulfrent ont d'autres causes que Temancipat'on.

160 ABOLITION DE I/HSCLAVAGK.

A quels documents s'en rapporter?

Se posant les m&mes questions pour les colonies anglaises, M. de Broglie disait cxccllemment1 :

c< Dans un evenement de cette immensite, ce qui est vrai ici ne Test pas la : ce qui est vrai a telle epoque ne Test plus a telle autre; il y a place pour des fails de toutes les sortes^ toutes les opinions y peuvent puiser par milliers des exemples en leur faveur, selon la pente des idees de l'observateur; ce qui frappe celui-ci est meconnu par celui-la, et reciproquement. L'impartialitc est dans l'inteiition de tous, la preoccupation est dans Tesprit de chacun... II est un moyen plus court et plus sur, c'est de se placer sur un terrain entierement neutre, ou les bases des calculs soient en quelqua sorte desinteressees, les chiffres n'ayantete ni prepares, ni groupes dans aucun but determine.

« En Angleterre comme en France, la metropole est le marche definitif des colonies; c'est a ce marche qu'aboutissent presque tous les produits du travail colonial ; c'est sur ce marche que les colons viennent s'approvisionner de tous les objets de lew consommation. Avant d'entrer ou de sortir, les denrees traversent la douane et sont inscrites jour par jour sur ses registrcs dans un but de pure comptabilile fiscale. Les chiffres releves sur ces registres, ce sont des temoins indifferents a toutes les consequences qu'on en peut tirer, des temoins impartiaux, et auxquels personne ne peut faire la le^on avant de les interroger. »

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COLONIES FRANCISES. 101

Nous suivrons cette methode et nous ferons comparaitre ces temoins.

Cet interrogatoire est long, aride, inevitablement confus. Car ces temoins ne Vaccordent guere entre eux. Les chiffres des tableaux de la douane, ceux des tableaux de popidation, de culture, de commerce et de navigation des colonies, ceux des releves trimestriels et des resumes comparatifsj ceux de la statistique de Ja France ou i'autres ouvrages speciaux, ne sont pas exactement les memes. II en resulte un veritable embarras qu'il ne depend pas de nous de surmonter, quTori peut diminuer du moins en puisant toujours a la meme source. Ce sera de preference la serie des documents contenus dans la collection de la Revue coloniale.

Cornmengons par une vue d 'ensemble pour descendre ensuite aux details. Nous comparerons d'abord le mouvement total des importations et des exportations reunies, avant et apres 1848, pour chaque colonie, puis les exportations prises a part.

Apres les valours nous examinerons les quantites, specialement les quantites du sucre fabrique et exporte par chaque colonie. G'est la le veritable thermometre du progres ou de la decadence de ia production.

Nous terminerons par quelques renseignements sur les salaires, le prix des terres, le prix de revient.

I. En premier lieu, quel a etc le mouvement general du mouvement colonial avant et depuis 1848?

Si Ton se borne a comparer le mouvement total des

importations et des exportations des colonies en 1847

au meme mouvement en 1848, l'ecart parait enorme : i. II

402 ABOLITION DE L'KSCUVAGK.

mi 1848.

Martinique. . . 41,165,012 IV. 23,360,287 IV

Guadeloupe. . . 41,759,715 20,854,020 Guyane. . . . 4,501,747 5,596,720

Reunion. . . . 28,267,698 19,676,882

Total. . . 115,694,170 fr. 67,293,809 IV.

Diiuinution. 48,400,561 fr.

C'estune diminution de pres de moitie, soit 41 pour 100, plus forte encore si Ton calcule seulement la production du sucre, tombee d'une moycnne de 80 a 90 millions de kilogrammes (1858-1847) a 65 millions en 1848, 57 en 1849, 40 en 1850, soit 50 pour 100. Mais plusieurs remarques sont necessaires : 1° L'annee 1847 etait une annee exceptionnelle, superieure de plus de 5 millions a l'annee precedenle. Comparee a 1846, la baisse du mouvement de 1848 est celle-ci :

j Martinique 57,789.555 fr.

J Guadeloupe 34,627,652

*Mi Guyane 4,619,861

[ Reunion 53,472 ,595

Total. . . 110,509,219

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