‹ L'abolition de la misère par l'élévation des salairesChapitre 19 sur 25 · COBDEN · texte numérisé non relu

COBDEN

u En supposant que le produit est 100, il revient aux Etats- Unis 72,75 au Travail, 25 bu Capital, 2,25 au Gouvernement; en Angleterre, 56 au Travail, 21 au Ca|)ital, 23 au Gouvernement; on France, M au Travail, 36 au Capital, 17 aa Gouvernement. »

MOLiNA RI, £/udes éconoffitfues.

La société qui longtemps, trop longtemps, eut pour fondemens la Guerre, la Conquête, l'Esclavage, la Superstition, s'écroule de toutes parts, pour faire place à une société nouvelle ayant pour bases la Paix, le Travail, la Liberté, le Crédit.

Aveugle qui ne le voit pas! insensé qui le nie! Imprudens et présomptueux tous les faux prêtres qui s'imaginent qu'ils seront assez forts pour relever les faux dieux d'une fausse civilisation!

Erreur.

Intolérance.

Immobilité.

Privilège.

Ignorance.

Mystère.

Rivalité des peuples.

Infaillibilité du Pouvoir.

Asservissement de l'Individu.

Luxe dans l'Oisiveté.

Misère dans lè Travail.

Aumône.

A ces faux dieux ont succédé, succèdent ou succéderont :

Vérité.

Tolérance.

Progrès.

Supériorité.

Savoir.

Publicité.

Union des Peuples.

Responsabilité du Pouvoir.

Souveraineté de l'Individu.

Misère dans l'Oisiveté.

Bien-être dans le Travail.

Assurance.

L'âge de fer, l'âge des gouverneniens finit; l'âge d'or, l'âge des peuples commence. L'un est à l'autre ce que l'aube est à la nuit Ce n'est, plus l'obscurité de la nuit, ce nest pas encore la clarté du jour; mais elle se fait.

Grâce aux conquêtes de la science, ces victoires pacifiques des siècles nouveaux, le génie de l'unité, voit étendre son empire en même temps que l'esprit de rivalité voit restreindre le sien.

Rapetissée par la main de llHomme sous le nom de Société, l'œuvre de Dieu reprend sa grandeur native et son vrai nom : Humanité. . C'est elle qu'il faut invoquer, c'est d'elle qu'il faut s'inspirer, c'est à elle qu'il faut remonter si l'on ne veut pas relrourner de l'état social à l'état sauvage par l'instruction, qui apprend à se compter à tous ceux qui, las de souffrir de la faim et du froid, déclarent qu'ils sont prêts à mourir en combattant s'il ne doit pas y avoir pour tous ceux qui travaillent du pain et du feu.

Le soleil ne refuse sa clarté à aucun être vivant; le travail, cet astre du monde nouveau, ne doit refuser le nécessaire à aucun être laborieux.

L'Assemblée^constituante a repoussé de la Constitution le droit au travail pour y inscrire le droit à l'assistance; je persiste à penser (I) que le vote de l'Assemblée constituante a été un acte irréfléchi et une grave inconséquence, et vous n'avez pas peu contribué à la lui faire commettre; mais ce n'est pas le droit au travail que je viens ici proclamer, c'est le droit du travail.

De ma part, croyez-le, ce simple changement d'une seule lettre, d'un A remplacé par un d, n'est pas une distinction subtile.

(1) Le Droit au Travail, par Emile de Giraudin, 1849, chez Michel Lévy, â, ru« Viviertne.

Contre le droit au travail, qu'opposait-on, qu'opposiez-vous? On disait et vous disiez :

« Des ouvriers viendront vous demander du travail ; vous tous, prévoyant l'objection, Vous avez dit : — « L'Etat ne peut pas faire de la bijouterie, de la « soierie, des meubles, des objets de luxe. » C'est évident, on ne peut pas imposer à l'Etat de se faire fabricant de toutes choses.

« Qu'est-ce que fera l'Etat? »

C'était prendre la question par le côté étroit et vulgaire ; aussi l'argument a-t-il obtenu un plein succès. Il en eût été autrement, je le crois, si, dans le premier projet de Constitution déposé le 20 juin 1848, le rédacteur, M. Armand Marrast, se fût borné à cette seule ligne : tt Le droit au travail est celui qu'a tout homme de vivre en travaillant. » Et s'il n'eût pas ajouté ce second paragraplie, pour le moins superflu : « La société doit, par les moyens productifs et généraux dont elle dispose, et qui seront organisés ultérieurement, fournir du travail aux hommes valides qui ne peuvent s'en procurer autrement. »

C'est ce second paragraphe qui a fait rejeter le premier.

Contre le premier paragraphe, il n'y avait pas d'objection possible, ni plausible.

Contre le second paragraphe, au contraire, il était facile de prévoir qu'on ne manquerait pas d'apporter à la tribune toutes les objections déjà rebattues par la presse.

Il suffisait de proclamer le droit qu'a tout homme de vivre en travaillant, pour que le travail ne fitdéfau^ià aucun travailleur, sans que la société eût besoin d'intervenir, si ce n'est pour enlever toutes les barrières mises par elle inconsidérément au développement de la consommation et à la facilité des échanges.

Le droit qu'a tout homme de vivre en travaillant, c'est le droit au travail, indirectement assuré par le droit du travail.

— Mais, allez-vous me dire, qu'appelez-vous droit du travail?

— Je vous réponds : J'appelle droit du travail un salaire dont le taux\

a pour effet d'élever à la hauteur d'une règle universelle et inflexible /

ces ineffaçables paroles de votre rapport :

« L'homme à cet âge (âge mûr) DOIT se suffire non seulement à lui-même, mais suffire aux besoins de sa femme, de ses en/ans, de ses père et mère; aux besoins de sa femme, pour qu'elle le soigne à son tour dans les moraens de chagrin et de maladie; à ceux de ses enfans, pour qu'ils lui rendent ces soins plus tard au jour de sa vieillesse; à ceux de ses parens enfin, pour acquitter la dette qu'il contracta envers eux aux temps de son enfance. »

Jusqu'ici nous sommes d'accord; mais où nous cessons de l'être, c'est quand vous ajoutez :

«Un homme valide, laborieux, doué d'une intelligence ordinaire, qui ne se| livre pas à tous les vices, PEUT avec son travail, dans nos sociétés civilisées,! suffire à ces diverses ohtigutions, à moins de circonstances heureusement acci- j dentelles, comme une maladie, un chômage, une grêle, une inondation. » '

Là, je vous arrête, et je dis que vous prenez l'exception pour la

rèale. •

Votre règle, sans exception, voilà tout mon système. Il n'y en a pas de plus simple, il n'y en a pas de plus ferme, il n'y en a pas de plus juste, et je montrerai qu'il n'y en a pas de plus fécond jen heureuses conséquences.

Je ne vais donc pas plus loin que vous; c'est vous, au contraire, qui allez plus loin que moi quand vous reprenez ainsi :

« Que la société s'efforce, dans les cas accidentels, de secourir l'homme valide; c'est un noble soin à imposer à sa prévoyance, à demander à sa vertu, et dont Faccomplissement sera la mesure de Tesiime qu'elle mérite. »

Non-seulement je n'impose à la prévoyance et à la vertu de la Société aucun soin, mais même je l'en dispense; je ne lui demande aucun secours, je n'en veux aucun d'elle.

La prévoyance individuelle combinée avec l'assurance universelle me suffit pleinement.

Dès que je m'assure, je n'ai plus besoin qu'on me secoure; même ce serait une faute de me secourir si j'avais eu le tort de ne pas m 'assurer.

Plus d'indigence.

Plus d'aumône.

Plus de sociétés de charité maternelle.

Plus de tours.

Plus de crèches.

Plus de salles d'asile.

Plus de colonies pénitentiaires.

Plus de sociétés de patronage.

Plus de dépôts de mendicité.

Plus de bureaux de bienfaisance.

Plus d'hospices.

Aucune de ces institutions n'est nécessaire; toutes ont prouvé qu'elles étaient inefficaces.

La Fraternité est un sentiment, sentiment exceptionnel et rare; il en fautfaire une science, une science commune et vulgaire. Dans le régime des assurances est la science de la Fraternité, comme dans le bloc de marbre est la statue, comme dans le lingot est la monnaie. — On n'a qu'à chercher, on trouvera !

Je ne demande, pour assurer l'homme contre tous les risques de la misère, qu'une seule chose, rien qu'une seule; je demande que le taux du salaire, proportionné à la valeur du travail, ne puisse jamais s'abaisser au-dessous d'une limite qui, pour tous, soit une garantie, et pour aucun un préjudice; d'une limite qui partout soit naturelle et/ nulle part arbitraire.

Ce qui est strictement nécessaire au travailleur, en tous pays , pour l'entier développement de ses forces, la conservation de sa santé, la maturité de son intelligence et le repos de sa vieillesse : voilà ce que

je nomme la limite extrême et naturelle, le prix du salaire; naturelle, parce qu'elle se trace d'elle-même comme le fleuve se creuse son lit; extrême, paroe qu'on ne saurait l'enfreindre sans précipiter la société dans tous les embarras et dans tous les périls contre lesquels lutte le navire qui, faute d'un tirant d'eau suffisant, échoue sur le sable. Cette comparaison est juste. En effet, voyez une rivière, l'été; voyez la Loire, quand les eaux sont basses : la navigation, qui était facile, le devient moins; puis, enfin, elle finit pir devenir impossible et s'interrompre. Il en est ainsi lorscpie les salaires sont bas, la consommation languit et s'arrête. L'étiage du salaire est à la consommation ci que l'étiage d'un fleuve est à la navigation. C'est une force absente.

La navigation, aj)pelani l'art à son aide, a imaginé, pour remédier aux basses eaux, les barrnges, les canaux et les écluses; pourquoi la consommation, appelant à son aide un art pareil, n'aurait-elle pas également, pour remédier aux salaires trop bas, ses écluses, ses canaux, ses barrages?

Je sais l'objection : la Société, l'État n'a pas le droit de s'innniscer dans la fixation des salaires, afm d'empêcher qu'ils ne s'abaissent audessous d'une limite prévue.

Je pourrais vous répondre : — Est-ce qu'en tous temps et en tous pays l'autorité n'est pas intervenue, plus ou moins, dans la réglementation des conditions du travail? Parcourez toute la législation française , depuis les capitulaires de Charlemagne jusqu'aux édits de Louis Xvi rédigés par Turgot, vous y trouverez une quantité prodigieuse d'ordonnances royales, d'arrêts du parlement, de décisions du Châtelet ayant pour objet, tantôt de mettre le prix des subsistances en harmonie avec le taux des salaires^ tantôt d'empêcher l'accaparement des denrées et le monopole des produits, tantôt de maintenir la bonne' foi dans les transactions commerciales et dans la confection des produits fabriqués. Relisez surtout les statuts d'Etienne Boileau, rédigés en 1268, lorsqu'il réunit en divers corps d'états les travailleurs de toute profession, d'Etienne Boileau, qui avait fait graver sur son épée de prévôt cette belle devise, que Louis Xllui avait donnée : Tout par justice. Mais [)oint n'est besoin de remonter si haut dans le passé. En 1802, le premier sir Robert Feel, le père de l'homme d'État dont l'Angleterre porte le deuil, propose k la chambre des communes le célèbre bill de 1802, ayant pour titre: An Act for the préservation of the health and morals of apprenlices and others... Loi pour conserver le moral et la santé des jeunes travailleurs. '

A l'acte de 4802, provoqué par sir Robéï-t Peel, digne père de son digne fils, succèdent : l'acte de 1819, obtenu pas Wilberforce; l'acte de 1825, soutenu par Hobhouse; le bill de 1833, emporté par lord Ashley. Yoilà pour l'Angleterre; je passe à la France.'

En 1841 , le 22 mars, une loi est volée qui limite le nombre des heures du travail des enfans dans les manufactures, loi dont l'inapplication donna lieu, en 1847, à la présentation d'une loi nouvelle. Au nom de la libertôr repoussez-vows la loi qui limite les heures du travail des enfans dans les manufactures? Non; car je lis dans votre rapport :

« La vigilance de l'autorité s'est déjà étendue sur l'enfant exposé à une exploitation trop précoce, et des lois souvent remaniées, ayant encore besoin de l'être, ont été rendues pour déterminer le régime des enfans dans les manufactures... 11 faulÉfeiie exécuter la loi qui défend d'abuser des forces des enfans dans les manufactures. »

Il est donc inutile que j'insiste plus longuement sur une objection qui tombe d'elle-même, et que je rappelle les décrets des 2 mars et 4 arriH848.

Le Code pénal punit l'homme qui tue. blesse ou frappe son semblable. De (juel droit le travail, quand il est meurtrier, quand il est homicide, jouirait-il d'une impunité et d'une inviolabilité dont l'homme ne jouit pas?

J'écarte de ce travail toute autorité dQnt le témoignage serait suspect, toute autorité qui pourrait passer {)Our « trop hlmainej » c'est dans un rapport de M. Charles Dupin à la chambre des pairs, en 1847, que je puise les citations suivantes :

K La liberté! mais le vendeur ne l'a pas, en Angleterre. Dans un pays qui passe, en moins d'un demi-siècle, de huit millions à seize millions d'habitans, malgré des émigrations immenses; dans un, pays où la classe agricole ne peut pas même occuper tous ses enfans, rédiwto qu'elle est au moindre nombre de mains, par la grande propriété, sur un territoire exigu, tandis que le surplus affamé de toutes les classes offre ses bras à l'industrie, qui les remplace de plus en plus, avec une efficacité toujours crois:-antc, par ses mécaniques et ses moteurs; dans un tel pays l'offre du travail es> toujours incomparablement supérieure à la demande. Là, c'est l'acheteur qui dicte les conditions, dures ou non : c'est le vendeur qui les subit, et qui n'a pas la liberté du refus.

« L'ombre de cette liberté, si le vetideur ne l'a pas pour lui-même, le vendu, fils, fille, épouse de l'ouvrier, l'a bien moins encore, sous la puissance qu'il est du père, du tuteur ou du mari : c'est du mineur, c'est de la femme qu'on dispose ainsi, sans les consulter, lorsqu'il s'agit de leur tort... Ou voit maintenant à quel point, pour aider l'intérêt industriel, on proi"anail ce nom sacré de liberté, qui fait tressaillir tous les cœurs, et qui s'empare même des consciences.

« Au milieu de ces débets parlementaires, des milliers d'ouvriers, pères de famille, adressaient à la chambre dt s communes d'humbles et. pressantes pétitions : fis suiipliaient qu'on les protégeât, dans bi personne de leurs enfans, contre un travail immodéré, dont ils ne pouvaient pas exiger la réduction à de juste* limites. Leurs prières et leurs larmes déposaient contre îa prétendue liberté, dont on proclamait pour eux un exercice impossible et dérisoire.

«Les pauvres pétitionnaires ne réclamaient pas seulement en faveur de leurs enfans. L'industrie moderne, qui donne à ses mécaniques le plus grand degré possible de vitesse, afin de multiplier en proportion .sou travail et ses bénéfices^ cette industrie exigeait des ouvriers la plus grande force réunie à la plus grande agilité. Dès -que l'âge où l'hoanne atteint la plénitude de la maturité se trouvait dépassé, dès que ses mouvemens commençaient à s'appesantir, on le jugeait en décadence; on le trouvait vieillissant à quarante ans, ( t vieillard à quarantecinq! (En 1839, d'après des rapports concernant les fabriques de Manchester et de Stoekport, sur 22,094 ouvriers des filatures, il y en avait seulement 143 ayant

atteint leur quarante-cinquiètne année. Ce n'est pas tout à l'ait sept individus sur mille...) Aussitôt que les commandes.allanguies commençaient à diminuer le travail des manufactures , on congédiait l'ouvrier entre ces deux âges, l^orsque Vactivité du commerce renaissait, et que l'homme expulsé se présentait pour reprendre le travail, on le repoussait comme un manouvrier usé et fini.'. Tel était le second motif qui portait les ouvriers à demander que la loi fixât une certaine longueur do Journée qui, favorable aux deux extrémités de la vie, contînt plus doucement à l'enfance et plus longtemps à l'âge mûr.

« A l'instant même, l'intérêt personnel attaque les réclamons gulAisaient entendre ces doléances et ces vœux. Les pétitionnaires, affirme-ton^ plein Parlement, c'est la lie, le rebut des classes qui devraient être laborieuses. On affecte de les regarder comme des fainéans, en révolte contre l'emploi de leurs bras, contre la sueur de leur front! On les représente comme aveuglés par le fol espoir qu'en obtenant, pour les jeunes travailleurs, de moins longues et moins pénibles journées, les leurs seraient en même temps raccourcies, sans pour cela rien perdre de leurs salaires. Ces médecins, ces ecclésiastiques, ces notables de tout état, dont le témoignage et les réclamations se joignent à celles des pères de famille intéressés, on b^s peint aussitôt comme des personnes vani- . teuses, légères, complaisantes, irréfléchies, de peu de poids, et dont les suffrages doivent être comptés pour rien.

« Voilà ce qu'on répétait avec une assurance imperturbable jusqu'au moment où le très-honorable Robert Peel, défendant le bill présenté par son pèi*e, faisait, avec une éloquence austère, justice de ces dénégations, dans la Chambre des Communes; et jusqu'au moment où, dans la Chambre des Lords, un célèbre évèque de Chester, dont le vaste diocèse comprend les neuf dixièmes des manufactures soumises à la loi qu'on amendait; jusqu'au moment, dis-je, où ce prélat faisait entendre des paroles qu'on ne pût pas, comme celle des ouvriers, infirmer, en déversant sur elles le dédain et l'ironie. « Mon devoir d'ecclésiastique « et de prélat, disait-il, était de visiter moi-même les nombreuses manufactures « de mon diocèse, oii tant d'êtres faibles, suivant le.i uns, ne souffraient rien, <.i mais suivant, d'autres souffraient beaucoup dans leur santé , dans leur amoral, par l'effet d'un travail qui, prolongé sans mesure, les abrutit et les « accable. J'ai rempli ce devoir; j'ai vu partout de mes yeux : je déclare que « l'excès du labeur est tel qu'il ne compromet pas seulement les forces et les • facultés des jeunes créatures épuisées ainsi, mais leur vie même! »

Si la société a le droit de poursuivre et de punir le meurtrier, elle a le même droit de poursuivre et de punir le travail homicide, le travail qui abrège la vie de l'homme, qui estropie l'enfant, (jui déforme la femme, qui fait dégénérer l'espèce, et déchoir les nations. Dans ce cas, ce n'est point la liberté, c'est le crime qu'elle frappe, c'est l'attentat à l'humanité qu'elle venge. %

Ne voulez-vous pas que la loi intervienne pour fixer une limite audessous de laquelle le taux du salaire ne puisse et ne doive jamais descendre? — Soit, je le veux bien. Quand il s'agira de pousser, même jusqu'à l'excès du scrupule, le respect de la liberté, ce n'est pas moi que vous trouverez moins absolu que vous.

Mais alors, que la liberté soit pleine et entière : liberté de réunion et d'association, liberté de la presse et liberté d'enseignement. De vos codes, effacez l'article 1781 (code civil), qui consacre une inégalité monstrueuse; les articles 414 et 415 (code pénal), qui slinterposent entre le maître et l'ouvrier.

Que la liberté soit sans exceptions, sans limites, et l'humanité, je le garantis, n'aura plus besoin que la loi la protège.

Toujours, en Angleterre, l'action de la liberté a devancé l'action de la loi.

C'est ce que M. Charles Dupin constate en ces termes, dans son rapport sur les projets qui concernent le travail, au Conseil général de l'agriculture, des manufactures et du commerce {Moniteur du 27 avril 1850) :■

« On a vu, nous ne disons pas en France, des cités entières, des cités immenses, Manchester, par exemple, frappées dans la santé, dans la longévité de leur population, enchaînées par les machines à la durée toujours croissante du travail.

a Jlors la voix impérieuse de llmmanité s'est élevée .'... »

La grande voix de l'humanité, vous le savez bien , c'est la liberté ! C'est pourquoi tant d'etîorts wit été faits, en tous temps, pour l'étouffer, toujours sous le prétexte de la moder.

Mensonge !

La liberté ! — Je ne vous demande rien de plus, notez-le bien; je ne vous demande pas de loi qui hmite le nombre des heures de la journée de travail; je ne vous demande pas de loi qui protège la femme et l'enfant : je ne vous demande pas de loi qui interdise le marchandage; je ne vous demande pas de loi qui subventionne les associations ouvrières; je ne vous demande pas de loi qui impose l'égalité du salaire. Pour que le salaire, généralement trop bas, puisse s'élever universellement à son juste niveau, il me suffit que tous les travailleurs soient libresX d'abord de se réunir, et plus tard, après s'être éclairés par la discussion j et par l'expérience, de se constituer en corporations. Je crois peu au succès financier des associations, mais je crois beaucoup à la puissance tutélaire des corporations.

Ne vous hâtez pas de dire que ce que je demande est une utopie, car, sachez-le, je ne propose rien qui déjà n'existe et ne soit éprouvé.

Connaissez-vous le règlement de la Société typographique de Paris, et son tarif des prix de main-d'œuvre, discuté et adopté le 15 septembre 1843, parles délégués, patrons et ouvriers, modifié et adopté à l'unanimité le 2 septembre 1849?

Si vous ne l'avez pas. lu, lisez-le.

Ce règlement et ce tarif prévoient et admettent tpus les modes, toutes les conditions de travail, sans y apporter aucun obstacle.

La composition est divisée en huit catégories, comprenant toute la série des caractères susceptibles d'être payés au mille.

Tous cas d'augmentation, langues étrangères, accessoires, mises en pages, fonctions, corrections, changemens, sont prévus et réglés.

Quand le travail ne s'exécute pas au mille et aux pièces, il a lieu à la journée; alors il s'appelle conscience.

Le iiiiile d'« (lettre moyenne] se paie, en caractères de la première catégorie, 53 centimes. Le travail en conscience se paie 60 centimes l'heure.

Dans le cas où il est proposé aux sociétaires im travail à des prix ou à des conditions contraires aux dispositions du tarif et du pii'sent règlement (art. 174), ils doivent le refuser.

S'ils sont « débauchés » (renvoyés) ou seulement menacés de l'être, ils en préviennent immédiatement le comité. (Art. 415.)

Tout sociétaire autorisé à « mettre bas » reçoit wne subvention de deux francs par jour de chômage non férié. (Art. 133.)

Toutes les questions relatives au tarif et à la main-d'œuvre ne peuvent être portées que devant le comité et la conférence mixte. (Article 130.)

Les dispositions de ce règlement sont au nombre de 184rtoutes sont empreintes du même esprit de prévoyance et d'équité qui a tiicté le préambule et l'arlicJe 1", conçus en ces termes :

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