OEUVRES COMPLÈTES
DE
M. Alexandre DUVAL,
MEMBRE DE l'iXSTITLT ACADEMIE FRA>'rAlSE \
8 OU lO VOL. IN-8" DE 5oO PAGES CHACUJN , /mf/rimes ^ar MM. Firmiîv Didot yère et /ils.
Le premier sera orné du portrait de Tauteur, gravé par Alex. Takiulu-, d'après Eoilly père.
J^A comédie, qui s'éleva si rapidement en France, sous le règne de Louis XIV, au plus haut degré de splendeur par la puissance du génie de Molière , déchut aussi subitetïient après la mort de ce grand homme. La Métromanie et le Méchant furent presque les seuls ouvrages, sous le règne suivant, où l'on retrouva les traces de cette belle école, fondée par l'auteur du Tartuffe et du Misanthrope. Mais, bientôt après , la comédie fut étouffée par les diames de Lachaussée , et par les conceptions froides et mesquines de Marivaux, de Boissy,de Dorât, et de cette foule d'écrivains quintescenciés qui affadirent la scène française par des ouvrages sans force, sans couleur et sans caractère.
Collin d'iiarlevillc et Fabrc-d'Églantine fuient les premieis
qui tentèrent la i éiiénération de notre théâtre, et qui essayèrent de ramener le public au goût de la bonne comédie. Par malheur le premier manquait de force et le second d'élégance : l'uu ne pouvait pas s'élever à la hauteur d'un grand caractère ; l'autre ne savait pas revêtir la pensée de ces formes bi'illantes qui lui prêtent tant de charme.
Ce fut après l'Optimiste et le Philinte de Molière, que M. Alexandre Duval commença à écrire pour le théâtre. Doué d'un caractère énergique, d'une imagination vive, et, ce qui est plus rare encore , d'un esprit observateur et profond , la cari'ière dramatique lui offrait de grands moyens de développer ses talents. Porté vers la comédie par un attrait puissant , il étudia sur le théâtre même les secrets de son art, et ce fut à la comédie française que, comme Molière, il apprit ce mécanisme des effets de scène, qui ne se révèle pas à l'auteur comique dans le silence du cabinet.
Tous les ouvrages de M. Alexandre Dcval sont surtout remarquables par une grande connaissance du cœur humain , et par une entente profonde des ressorts dramatiques. Son talent se montre dans ses grands tableau.x comme dans ses moindres compositions; dans la peinture de mœurs conii(jue et vraie de la Jeûneuse de Henri V , conune dans le piquant badinage des Héritiers. On reconnaît son habileté dans la conception du Tyran Domestique, comme dans la jolie comédie des Projets de Mariage. Luttant sans cesse avec une nouvelle puissance de talent contre les entraves de toutes les polices qui se sont succédé en France depuis les censeurs royaux de 1788 jusques aux censeurs constitutionnels de 1822, M. Diîval a toujours dû un nouveau triomphe à ses ])ersécutions dramatiques. Il paya d'un exil le succès touchant qu'obtint, sous Buonaparte, son drame à' Edouard en Ecosse ; et, malgré les mutilations et les mesures préventives de la icnsure, toute la France s'est attendrie; sur le sort de la Fille d honneur , et a admiré l'énergie du pinceau cpii a peint de couleurs si fortes la dépravation des niœui s de cour.
Avec une anic élevée, un caractère inflexible, une |)robilé
sévère et un désintéressement peu commun de nos jours, possédant au plus haut degré l'amour de son art, et ne transigeant jamais avec les événements, M. Dlval a dû subir tous les désagréments de cette position et en recueillir aussi tous les avantages. Souvent en lutte avec la sévérité méticuleuse de l'autorité , il a trouvé en revanche un appui dans le public , qui lui a rarement refusé sa faveur. Pendant trente ans M. Duval a été de tous les auteurs celui qui a compté le plus de succès, et celui de tous à qui la Comédie française a le plus d'obligations. Il a enrichi le répertoire de notre premier théâtre d'un grand nombre d'ouvrages, et, depuis la comédie de caractère jusques aux légères esquisses de la comédie historique , il a réussi dans tous les genres. L'Opéra-Comique même compte au nombre de ses chefs-d'œuvre quelques-uns de ses ouvrages; et Maison à Fendre et le Prisonnier sont aussi de jolies comédies, qu'on retrouvera avec plaisir à côté des grandes compositions de l'auteur.
La collection que nous publions contiendra huit pièces inédites de M. Alexandre Duval: des l'aisons indépendantes de sa volonté les lui font soumetti^e au public , par la lecture , avant de les offrir au parterre par la représentation. Les obstacles qu'elles ont éprouvés à paraître sur la scène sont déjà une preuve de leur mérite : on sait qu'assez ordinairement le veto de la censure n'est pas mis au bas des productions médiocres; et ce ne sont guère que les ouvrages remarquables par un grand caractère d'énergie qu'elle frappe de sa réprobation. Au reste, ces morceaux inédits seront précieux pour les amateurs de l'art dramatique , puisque tout porte à croii^ que ce seront les dernières productions de l'auteur, dans une carrière qu'il a parcourue avec tant de succès, et à laquelle il ne renonce que dans la crainte de rencontrer , à chaque vice ou à chaque ridicule qu'il serait tenté de traduire sur la scène, quelqu'un de puissant qui ne veuille pas qu'on le joue.
Cha(iue pièce de notre recueil sera précédée d'une préface historique et critique de l'auteur: cet examen de ses ouvrages, qui en contiendia l'histoire, y ajoutera un grand intérêt; il
It'ia passer sous nos yeux tous les événements d'une des époques les plus curieuses de notre théâtre , sur laquelle nous n'avons que peu de détails; il offrira enfin des études précieuses à ceux qui voudront s'instruire des secrets de l'art dramatique, à l'école d'un maître qui a réuni le double et rare avantaije de joindre d'excellents préceptes à de beaux exemples.