‹ L'Académie de France à RomeChapitre 18 sur 119 · Lettre du 23 novembre · texte numérisé non relu

Lettre du 23 novembre

2. V. Jal, Dict. Les notes de Mariette sont, du reste, inexactes pour plusieurs dates de la vie d'Errard : elles le font partir de Rome en 1672 et revenir en 1677.

vieil artiste n'ait éprouvé le besoin de se rajeunir.

A partir des débuts de La Teulière, les lettres abondent, et le lecteur pourra se reporter, pour le détail des faits, aux fragments transcrits plus loin; je me contenterai d'indiquer les principaux changements survenus dans l'Académie.

Des querelles avec le peintre Bedaut, avec le sculpteur Théodon et même avec le cardinal d'Estrées rendirent pénible l'administration du nouveau directeur. Cependant, tant que vécut Louvois, il se maintint, suppléant par l'activité aux connaissances qui lui manquaient, donnant le conseil à défaut de l'exemple, entretenant avec Paris une correspondance assidue, et même prolixe. Mais, sous le marquis de Villacerf, il lui prit fantaisie d'écrire des vers sur les victoires du roi et de faire graver une médaille en son honneur, qu'il distribua dans Rome1. On lui sut mauvais gré de cette inspiration, qui n'avait peut-être que le défaut de ne pas émaner du surintendant luimême, et sa faveur baissa. Les Romains, de leur côté, lui reprochèrent de leur avoir enlevé, au pro-

I. Lettres des 1.1 juin 1691. 29 juillet et 10 novembre 1696.

v24 l'académie DE FRANCE A ROME.

fit de la France, deux de leurs plus belles statues : un personnage romain en Mercure, et un Jason1. En même temps, ils voyaient avec un secret plaisir que le roi, dont les finances étaient épuisées par la guerre, lui faisait restreindre les dépenses de l1 Académie, et que, sur les ordres formels de Villacerf, il « laissait tout languir. » Enfin, Hardouin Mansard lui donna le coup de grâce en 1699, et lui envoya une destitution polie. Le pauvre La Teulière, très-afîecté, n'eut pas le courage de revenir dans son pays : il mourut subitement à Home, trois ans plus tard.

René-Antoine Houasse, garde du cabinet des tableaux du roi, fut envoyé pour lui succéder, et se montra peu satisfait de ce qu'il trouva en arrivant. Il n'y avait plus clans l'Académie que quatre pensionnaires : son premier soin fut d'en faire admettre de nouveaux. Sous un chef plus compétent et surtout plus habitué à leurs manières, les jeunes artistes reprirent avec confiance leurs travaux in-

1. Lettre de D. Michel Germain à D. Claude Bretagne, dans les Archives de Varl français, V, 84. On ne savait jusqu'à présent sur La Teulière que ce qui est contenu dans la courte note rédigée sur son compte, en ce même endroit, par M. de Monta iirl on.

terrompus. Les cours de mathématiques et de perspective, qui avaient été supprimés, furent rétablis. Mais on eut plus de peine à faire rouvrir aux élèves les galeries du Vatican et des palais particuliers, fermées à tous depuis peu. sous prétexte que deux ou trois y avaient commis des dégâts et altéré les tableaux. Il fallait qu'un homme prudent, obséquieux^ vint reconquérir à l'Académie l'estime et L'amitié des Italien- : col homme fut Charles-François Poerson '. ancien maître de dessin du duc d'Orléans* et professeur à l'Académie de peinture, nommé en 1704 à la place do Houasse, qui, rappelé à Paris sur sa demande, y reprit ses anciennes fonctions, vacantes par le décès de Gabriel Blanchard.

Dans les premières années de sa gestion, Poerson eut les mains complètement liées. Los revers de la France continuaient d?avoir leur contre-coup à Rome : il n'y avait plus d'argenl pour l'Académie, et le directeur dut plus d'une fois en avancer

1. C'est ainsi qu'il écrivait son nom: mais on le trouve quelquefois sous la forme Person. ce qui fait supposer qu'il se prononçait ainsi.

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