Le fils de Boucher, né en 1736, était architecte
2. Ordre fut donné à Natoire de rayer immédiatement Poussin du nombre des pensionnaires. Il rentra cependant à l'Académie quelque temps après.
29i L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME.
17 avril 1765.
Le s1' Restou m'a dit ces jours passés que vous vouliez bien luy accorder la permission de vous adresser la caisse d'un tableau qu'il envoyé à son père; j'en proffite en même tems pour vous envoyer les trois copies que les pensionnaires ont fait à Saint-Silvestre d'après le Dominicain, et celle du s1' Tarraval, faille aux Augustins d'après Raphaël. Je crois que vous serez content de son tableau : il luy eoutle bien du tems, et je l'ay veu bien souvent dans des situations qui ne me donnoient pas l'espérance qu'il en put tirer un aussi bon party. Je soubaitte que ce qu'il fera par la suitte ne soit pas inférieur à ce morceau -là '.
i.'i niai 1765.
Je suis bien charmé que le sr Flagonard se soit fait honneur dans sa réception à l'Académie, et encore plus que vous ayez la bonté de me le confirmer-. C'est flatteur pour luy et pour moy, attendu l'intérest que je dois
1 . Restout fut obligé de quitter Rome presque aussitôt, rappelé par une maladie grave de son père. (27 mai 1765.)
2. Marigny écrivait à Natoire, le 27 mars : « M. Fragonard vient d'être reçu à l'Académie avec une unanimité et un applaudissement dont il y avoit peu d'exemple ; on espère qu'il contribuera à consoler de la perle de M. Deshaies, i
prendre à tous ceux qui s'élèvent sous ma direction, et un bel exemple d'émulation pour les autres qui viendront après luy.
24 juillet 4765.
Voilà enfin M. Robert déterminé à s'en retourner en France : il part cette nuit avec le courrier. Son premier soin en arrivant sera, Monsieur, de vous rendre ses respects et vous remercier de vos bontés. Comme c'est un sujet dont les talens vous sont déjà connus, je suis persuadé que vous voudrez bien les luy continuer. Je suis témoin de son grand travail et des soins qu'il a pris pour acquérir du méritte par la quantité d'études qu'il a fait ; je souhaitte fort qu'il en tire le fruit présentement, et qu'il ait l'aprobation des connoisseurs. M. l'ambassadeur de Malte, depuis qu'il est sorty de l'Académie, l'a accueilli chez luy avec des bontés infinies; ce qui n'a pas peu contribué à l'arretter de plus dans cette capitale. Cet événement est bien flatteur pour luy, et ses connoissances le voyent partir avec peine.
21 août 176o.
J'ay trouvé moyen de faire jouir les srs de Létan e( Lagrenée ' des bontés que vous voulez bien avoir pour
1. Jean-Jacques de Lagrenée, frère cadet de celui qui fut directeur de l'Académie, cl peintre comme lui.
296 l'académie de frange a home.
eux en leur accordant un logement dans l'Académie... Ils vous sont sensiblement obligés l'un et l'autre. Les talens du s1 Lagrenée me paroissent promettre infiniment : il a du feu et beaucoup d'imagination; avec ce beau naturel, il peut aller loin. Je vis hier la copie du s1' Sané au palais Barbarin, d'après le tableau du Poussin, représentant la Mort de Germanicus. Il s'en est fort bien tiré, et j'espère, Monsieur, que vous en serez content. J'ay procuré de faire copier au s1' Lefèvre d un beau tableau du Guide qu'il a désiré, qui est dans le palais Pamphile, en face du nôtre ; ce tableau représente une Vierge qui contemple l'enfant Jésus dormant, et qui esl digue de ce grand maître.
30 octobre 1765.
Comme je u'ay d'autre ressource que le peu dont je suis en avance avec l'Académie (et qui est à peu près ce que j'avois lorsqu'il vous a plu de me nommer à cette place), pour les dépenses que je suis forcé de faire et qui me regardent, je n'ay d'autre moyen que celuy de prendre sur ce qui m'est du, et je tâche d'être modéré en tout le plus possible. Mon talent, qui est mon plaisir, ne me donne pas de quoy être plus à mon aise.
Les sls Létant et Lagrenée font ce qu'ils peuvent pour mériter les bontés que vous avez pour eux. Ce dernier compose et dessine avec tout l'esprit possible ; s'il arrive
]. Pensionnaire depuis le 11 novembre 1764.
à peindre de même, ce sera un habille homme. Le iils de AI. Boucher s'occupe beaucoup ; il est d'un caractère fort doux, et il est sensible à vos bontés: il tachera de les mériter et de se rendre digne de son père1.
1er octobre 1766.
Le sr Pair, architecte, est party le 20 de septembre ; et, quelques jours après, le s1' Martin2, auquel vous aviez accordé un logement, est party aussy : il va à Montpellier, sa patrie, pour rétablir sa santé en respirant l'air natal... Le s1' Lebrun, sculpteur, qui n'est plus pensionnaire environ depuis deux ans, réussit beaucoup dans ses ouvrages. La statue de Judith, qu'il a entrepris pour l'église de Saint-Charles, luy fera honneur. Il vient de faire en dernier lieu le portrait en marbre du cardinal Ferroni, dont on est très content; ce jeune artiste a beaucoup de talent pour les portraits.
1. Le fils de Bouclier partit en octobre 1767, et fut remplacé par un des fils de Carie Yanloo (sans doute Jules-César-Denis), qui était venu chercher à Rome l'oubli d'un chagrin d'amour, et qui occupait une chambre à l'Académie depuis 1765. Ce jeune homme, au dire de Cochin, était le seul enfant de Carie qui montrât quelque disposition et qui pût soutenir le nom de son illustre famille. (10 octobre 1765, 6 octobre 1767).
2. Sans doute un fils de J.-B. Martin, peintre de batailles. (V. Jal, p. 844.)
19 novembre 1766.
.J'ai veu hier les ouvrages du s1' Guiard, sculpteur, qui consistent en une copie en marbre du Gladiateur, de la grandeur de l'original 1, avec le groupe de Psyché et l'Amour, dont l'original est au Capitole, destiné pour M. Bouret. Ses copies luy feront honneur. Elles seronl bientôt prêtes à embarquer: cet artiste compte d'abord après s'en retourner en France. J'espère qu'il y tiendra une place distinguée, pourveu qu'il ait le bonheur de mériter la continuation de vos bontés.
26 novembre 1766.
Oir jugea le 21 du courant les prix des élèves qui ont concouru cette année (à l'Académie de Saint-Luc). Le s1" Lagrenée s'est fait honneur par son ouvrage ; il a approché du premier prix à deux voix près. Il semblait que naturellement le second devoit lui être adjugé; cependant on ne luy a donné que le troisième. Le parti qui était en sa faveur, dont j'étois à la tête, a obtenu qu'il seroit retiré une seconde fois ; mais une voix de moins l'a encore exclu du second, ce qui donne à penser qu'il y avoit un parti décidé contre luy. Il a mieux aimé ne pas accepter