L'Académie de Médecine rimée passé et présent
Dans Tantique chapelle où des moines fameux Psalmodiaient jadis leurs chants mystérieux,
Et qui conserve encor, dans ses murs séculaires,
Le souvenir avec le nom de ces Sairds-Péres,
Se donnent rendez-vous, en corps, tous les mardis, Les plus grands médecins de France et de Paris.
Cette illustre Assemblée a nom V Académie :
Toujours prête à lutter contre l’épidémie.
Elle règle le sort des remèdes secrets
Sans jamais approuver ces engins trop discrets.
(1) Nous avons trouvé dans la boîte du journal La Tribune médicale ce morceau de poésie académique (académique s’entend de l’Académie de la rue des Saints-Pères qui n’est pas précisément l’Académie du bord du quai). Nous n’hésitons pas à le publier, bien qu’il nous ait été impossible de découvrir le nom de l’auteur, qui doit être certainement un vieil habitué des séances hebdomadaires de la docte assemblée, car si la rime laisse parfois à désirer, dans son poème, il y a saisi et peint sur le vif certains portraits de nos académiciens plus ou moins en vue, et sous ce rapport la lecture en serait déjà intéressante, si elle ne l’était déjà rien que par l’originalité de l’entreprise.
Quoi qu’il en soit, on voudra bien nous permettre de laisser à l’auteur anonyme la responsabilité de certains traits qui, outre la curiosité, pourraient piquer ceux auxquels ils s’adressent. N. de la R.
Elle veille, avec soin, sur les eaux minérales; Dispense l’hygiène aux campagnes rurales, Distribuant ses prix et médailles d’honneur Aux travaux de mérite et de haute valeur.
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On y discute aussi les questions pratiques Et parfois on entend, sous ces voûtes antiques, Retentir les accents d’une éloquente voix,
Qui tient en grand honneur la science et ses lois.
Écoutez ! C’est Malgaigne et sa voix nasillarde Qui résonne à l’instar d’une vieille guimbarde Traitant Jules Guérin de si verte façon Que l’acharné lutteur piqué par l’aiguillon Jette tous les défis à son rude adversaire,
Le menaçant du poing, dans sa grande colère !
C’est l’époque héroïque, où régnent les sétons Aux ettets merveilleux, vantés sur tous les tons Par Bouvier, que surmonte un chapeau légendaire, Et par Bouley, grand-maître en l’art vétérinaire ; Bouley, l’esprit charmant, noble et généreux cœur, En qui Pasteur trouva son vaillant défenseur.
Parmi les grands jouteurs de la docte tribune,
Il faut citer Depaul, dont la bonne fortune Fut d’avoir en Ricord un objectif fameux,
Aimable champion, digne des anciens preux ;
Ricord, l’esprit fait homme et l’éternel sourire,
Le redresseur de torts de l’amour en délire !
Le codificateur hardi du mal gaulois Qu’il voulut trop plier à d’inflexibles lois !
Il reconnut Fournier comme son digne élève,
Un heureux successeur, dont le talent relève Des qualités du Maître, et du brillant esprit Dont la pointe assaisonne avec tant de profit La spécialité discrète et pudibonde Dont la sévère loi sbmpose à tout le monde.
Une illustre pléiade, émergeant de Touraine,
Se distinguait alors dans la savante arène :
Le Maître Bretonneau, le premier triomphant De cet horrible mal qui strangule l’enfant,
Et s’appelle le croup, ou bien la diphtérie,
Et dont le docteur Roux, le savant de génie,
A trouvé le remède, un sérum merveilleux,
Qui combat et dissout l’agent infectieux ;
Trousseau, le professeur à la belle prestance,
Médecin consommé dont la haute éloquence,
A nulle autre pareille, atteignit au grand art.
Au fauteuil d’immortel il arriva fort tard.
Certains soupçons planaient sur sa thérapeutique L’accusant de verser jusque dans sa pratique Dans la doctrine borgne, où la dilution Signifierait plutôt dissimulation !
Un autre Tourangeau de haute destinée Dans ce trio fameux avait sa renommée :
On devine Velpeau, dont les sourcils épais Cachaient des yeux profonds, perçants, et noirs de jais Droit comme un Iota, plus roide que justice,
Sa parole scandée était sans artifice.
Mais terrible et mordante ainsi qu’un fin rasoir.
Et frappant juste et droit, comme un coup de boutoir
En fidèle gardien des us académiques Dubois (d’Amiens) veillait au seuil des noirs portiques : S’avançant à pas lents, et sur son dos voûté Portant, comme un poids lourd, sa perpétuité ; Lunettes d^or au front, sa voix emmiellée,
Disait la vie illustre et trop tôt envolée,
Des grands morts disparus, en style solennel, Attachant leur mémoire au fronton immortel !
Il eut pour successeurs, dans cette œuvre sacrée,
A ce pieux devoir noblement consacrée,
D’abord Jules Béclard, l’éloquent professeur.
De physiologie ardent propagateur,
Remarquable dans l’art du beau panégyrique. Présenté savamment en style académique !
Et Jules Bergeron, secrétaire actuel.
Restant plus que tout autre un vrai perpétuel.
Ce talent délicat, à la plume élégante,
N’a jamais pu souffrir l’allure incohérente Des travaux en retard de ses commissions ;
11 a su mettre en règle avec leurs missions Rapports et rapporteurs ; la séance annuelle Ne manque plus ainsi sa date solennelle !
Honneur aux vénérés, fidèles Présidents Qui n’ont jamais failli, qui sont toujours présents Larrey, Guérin (Alphonse) ainsi que les Sappeys, Inébranlables rocs et que rien n’a sapés !
J’en passe et des meilleurs... Mais il est un grand maître Que parmi les fameux je ne saurais omettre :
C’est Bouillaud qui sonda jusqu’en leur profondeur Les plus mystérieux secrets de notre cœur ; Bouillaud, le juguleur de toute maladie Par la saignée, ouvrant la porte à l’anémie; Bouillaud, l’inépuisable et brillant orateur Qui ne fut pas toujours d’une agréable humeur i
Cependant l’heure sonne, et l’on entre en séance Après avoir signé la feuille de présence.
Qui suffit à certains, dans leur ambition.
De toucher simplement leur modeste jeton.
Pour ceux-là la séance est toute dans la salle Des Pas-Perdus, où Pon fume, jase, et s’installe Pour dire et commenter l’événement du jour Et recevoir l’œillade et le mielleux bonjour D’inquiets candidats, faisant assaut d’hommages Dont la sincérité se mesure aux suffrages !
Mais le Bureau s’avance, et le docteur Empis, Président actuel, non médecin Tant-Pis,
Héritier d’un nom dans les lettres illustre Et portant dignement lui-même ce beau lustre,
Monte au fauteuil d’honneur, accompagné d’Hervieux, Jeune encor, et vaillant, malgré son air trop vieux :
Le héros triomphant par le vaccin de bête Dont il a su vraiment assurer la conquête,
De cet horrible mal dont le nom fait trembler : L’infecte variole, habile à dépeupler!
Cadet de Gassicourt, l’aimable Secrétaire Qui sait joindre à son art le talent littéraire Le plus exquis, couronne, au fauteuil, le tableau Dont Jules Bergeron est l’éternel flambeau.
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Alors on voit assis, dans le docte hémicycle,
Le savant Gariel, grand amateur de cycle,
Qui, quelquefois, sommeille en songeant à son cours, Bercé par les accents d’un ennuyeux discours.
Le duo se complète en son parfait ensemble Avec Constantin Paul, ronflant comme un vieux tremble Secoué par le vent, mais qui peut sommeiller Même sans être Homère, et sans mol oreiller Après avoir du cœur sondé tous les arcanes Et par le suc nerveux relevé les organes.
Là, toujours en calotte, on voit aussi Rochard,
Le Saint-Jean-Bouche-d’Or pour la science et l’art, L’historien disert, fécond Hygiéniste,
Esprit universel, éminent journaliste.
Lagneau, Tanthropologue et statisticien D’un solide savoir, et quoique très ancien.
Non encor décoré ; mais sa philosophie Console le savant de cette anomalie !
A peine descendu du solennel fauteuil Qui sert au Président de siège avec orgueil, Laboulbène médite une leçon d’Histoire,
D’un de nos grands aïeux, soit Harvey, soit Galien.
En entomologie, il pourrait aussi bien Discourir, car il s’est, dès longtemps, fait connaître En cette docte branche et la professe en maître 1
Besnier, de Saint-Louis le maître incontesté Unissant au savoir une égale bonté!
Près de lui Brouardel, sous sa grosse moustache, Esquissant un sourire espiègle, prend à tâche D’être aimable avec tous, et, leur serrant la main,
11 promet tout ce qui s’oublie au lendemain !
Modèle des doyens, grand médecin légiste,
Oracle du Palais en toxicologiste,
Il est présent partout, et son activité Personnifie en lui le don d’ubiquité.
Souriant, satisfait, grand maître en hygiène,
Proust — non pas Antonin — a su forger la chaîne Qui retient loin de nous le mortel choléra Auquel la quarantaine impose son ; Holà !
Le professeur Hayem, chercheur infatigable,
Composa sur \q: sang un livre mémorable,;
Et scrutant l’estomac jusqu’en sa profondeur,
De ses sucs digestifs découvrit la teneur.
Straus a de Vulpian su conquérir la chaire D’expérimentateur, mais changeant sa manière Il cultive surtout les champs microbiens Que Pasteur a créés pour le plus grand des biens!
Sur les bancs d’à côté, je vois un vide immense Qui ne sera comblé de longtemps, en science,
Ni dans l’Académie; il suffit d’un seul mot
Pour le faire comprendre, et ce mot est : « Charcot » .
Debove lui succède au banc académique Et s’il ne jette pas le même éclat magique,
11 éclaire, du moins, d’un jour parfois nouveau Du monde des nerveux le mobile tableau.
Mais à ]a Faculté la perle d’éloquence En qui revit Trousseau, jusque dans sa prestance, C’est le beau Dieulafoy, que Toulouse a doté De ses dons précieux de virtuosité.
Le jeune Landouzy qui monta dans la chaire De la thérapeutique est, en cette matière,
Peu spécialisé, mais il sait y pourvoir
Grâce aux riches moyens de son brillant savoir.
Se réclamant aussi du Grand Maître Trousseau,
Là Dumontp allier, voisin de Lancereau,
Porte inscrit sur son front satisfait mais austère : (( De ]3. Biologie éternel secrétaire. »
Sur les gradins d’en haut, modeste et réservé, Mélancoliquement s’asseoit le bon Duguet :
Tout aussi bien qu’un autre, avec science égale,
Il eût pu revêtir la robe magistrale ;
Mais au foyer d’intrigue un peu trop étranger,
A ce suprême honneur il ne put arriver !
A ses côtés s’assied Hallopeau, grand cycliste,
De Saint-Louis aussi savant spécialiste.
Clinicien habile et modeste savant
Est près de lui Bucquoy, recueilli, méditant.
Saluez : c’est Jaccoud, l’éloquence brillante, Correcte, irréprochable, où jamais chancelante La phrase ne s’égare et le mot ne fléchit :
Ainsi coule, à pleins bords, sans sortir de son lit Le ruisseau, qui jamais ne change de murmure.
Albert Robin, toujours en aimable posture,
A dans Turologie acquis le talisman Qui, du diagnostic comme du traitement,
Lui livre le secret. — Mais Luys le distance,
Car il a découvert l’action à distance De la thérapeutique, ainsi que le fameux Casque aimanté qui fait revivre un migraineux.
Nouveau venu, Ferrand, clinicien modèle,
A la religion de ses pères fidèle,
A vaincu, triomphant avec la liberté,
L’inique parti-pris qui l’avait écarté Et de la Croix d’honneur et de l’Académie, Gomme s’il eût commis quelque noire infamie.
Voici des accoucheurs la fidèle cohorte Nuit et jour en avant afin que rien n’avorte De ce qui fût semé dans le grand champ humain
Tarnier, notre grand maître, au sourire malin. Ayant su transformer le champ de l’obstétrique. En y faisant régner surtout l’antiseptique.
Du lait stérilisé Budin propagateur,
Pinard, le beau Pinard, habile éducateur.
Auquel Charpentier voue une haine éternelle Pour l’avoir supplanté dans la chaire nouvelle. Tant de fiel entre-t-il dans l’âme d’accoucheur?
Tel n’est pas Guéniot qui, pieux sauveteur,
Au baptême utérin accommode les âmes Lorsque la vie au corps a refusé ses flammes.
Enfin, dernier venu, et de son œuvre enfant, Porak, de Ribemont se gaudit triomphant.
Sur Taile des gradins de la docte assemblée Se voit le peloton des médecins d’armée :
Hippolyte Larrey, leur doyen respecté,
Dont la noble figure au duvet argenté Porte si dignement le vaillant héritage De son illustre père, un héros d’un autre âge.
Léon Colin, qui veille avec un soin jaloux Sur la bonne santé de nos braves pioupious ;
Marty, savant chimiste et grand dépositaire De la pharmaceutique utile au militaire.
Vallin, de Thygiène ardent propagateur.
Kelsch, épidémiologiste de valeur.
Sondant les profondeurs du sang et des organes, Laveran sut trouver les terribles arcanes De la malaria, suivant de Viliemin La lumineuse trace en cet obscur chemin .
Enfin, représentant la jeune chirurgie,
Chauvel, expert aussi dans rophtalmologie.
Qui vois-je s’agiter ainsi dans son fauteuil,
Sans cesse en mouvement de la tête et de l’œil ? C4’est Dujardin-Beaumetz, dont la vive mimique Trahit l’activité la plus académique.
Beaumetz qui, rejeté du cadre officiel,
Sut dans l’enseignement s’élever jusqu’au ciel.
Près de lui, Lancereaux, rêvant alcoolisme, Apporte avec bonheur à l’affreux absinthisme Un remède héroïque, en supprimant d’un trait L’apéritif fameux, à l’invincible attrait.
Le Roy de Méricourt sourit d’un air sceptique, Car ce vieux loup de mer qui passa le tropique, N’admet pas qu’on se passe aussi facilement Pas plus du « perroquet » que d’excellent piment. Le Roy de Méricourt est aussi très fidèle Toujours présent au banc où son devoir l’appelle.
Adossé gravement contre l’un des piliers. Bouchard, presque toujours arrivé des derniers, Est debout, sans fauteuil, et sa noble figure Se reflète à l’instar d’une antique peinture :
De principes nouveaux grand initiateur,
Dans la pathogénie il fut un créateur.
Voici, comme un bouquet, tous les naturalistes : Planchon, un nom d’élite au sein des botanistes ; Digne fils de son père, Alphonse Milne-Edwards, Et de grand avenir le tout jeune Blanchard.
Planant avec gaîté sur la noble triade,
Chatin, l’octogénaire, illustre la pléiade ;
(La truffe est son enfant), ainsi que Joannés En entomologie ouvrier du Progrès.
Lacaze-Duthiers qui complète le groupe A transporté sur mer la science en chaloupe;
De Roscoff, de Bagnuls le savant créateur Est une Providence au jeune travailleur.
Avec la pharmacie où Bourgoin se prélasse,
La chimie envahit une très large place :
On y voit Berthelot, dont l’esprit génial Incarne la chimie et cherche son égal !
Schutzenberger aussi s’est bien fait, en chimie. Une place d’élite et digne d’un génie ;
Jungfieisch s’est élevé par la précocité De son jeune talent, fécond d’activité.
Gautier, en s’escrimant dans les leucomaïnes,
A su découvrir là d’inépuisables mines.
Moissan par le fluor a conquis l’avenir Précoce et glorieux, et l’on verra sortir Bientôt le diamant de son creuset magique, Miraculeux produit de son four électrique.
Alfred Riche est vraiment un nom prédestiné, Car il Test de science autant que de bonté.
Saluons Caventou, le trésorier modèle De notre Académie, et gardien fidèle D’un très illustre nom : C’est avec Pelletier Qu’il trouva la quinine, utile au monde entier.
Gustave Bouchardat, en chimiste prospère, Grâce au talent fécond que lui légua son père.
De l’arbre, Prunier, dont il porte le nom A su tirer, aussi, un beau fruit de renom.
Tout fraîchement élu, malgré la concurrence De Gabriel Douchet dont la haute espérance Fut trompée, Hanriot tranquille se repose Après avoir trouvé Tendormeur chloralose.
En tenant par la main la Physiologie,
S’avance gravement dame l’Anatomie.
Pontife vénéré de la dissection,
Sappey marche devant la docte section.
De Mathias Duval la tête hippocratique
Emerge de son banc comme un vrai marbre antique ;
Et Laborde tirant la langue avec ardeur,
Sous le nez effaré du rebelle accoucheur.
Ressuscite les morts, et ramène à la vie Même le nouveau-né qui n’en a nulle envie.
Là, Tillaux, sur le tard devenu professeur Oubliant Tinjustice, est tout à son bonheur !
Voici Chauveau, Marey, deux noms inséparables. Grands initiateurs des effets admirables Do procédé graphique avec inscription De l’organe traçant la langue en action.
Honneur, trois fois honneur! — François-Franck, leur De la méthode a fait l’ingénieuse cible [disciple, Où chaque coup apporte et la gloire et le gain.
Avec l’heureux concours du professeur Potain.
(Le professeur Potain, ah! quelle étrange tête 1 Avec son regard torve et le nez en raquette !
Mais quelle bonhomie et quel air bon enfant Sous le rustique aspect de l’illustre savant!)
Marc Sée et Polaillon complètent cette liste,
L’un avec le renom de grand anatomiste,
Et, grâces à Vinée^ un terrible poison,
La physiologie a conquis le second.
Esprit ingénieux, même inventeur magique, D’Arsonval a choisi sa place à la physique ;
Car l’électricité et ses courants discrets Lui livrent à Tenvi leurs intimes secrets.
Mais il est plus encor : devant l’Académie Il traite également la physiologie,
En disciple fervent du grand Claude Bernard Et collaborateur du maître Brown-Séquard,
Pour la confection de la liqueur suprême Qui doit régénérer la vie et son système.
Nouvellement élu dans cette section Paul Regnard a su mettre en heureuse action De nombreux appareils : l’un aidant à descendre Dans les fonds de la mer, sans danger, le scaphandre ; L’autre offrant au mineur qui tombe au fond d’un trou Le moyen de survivre au terrible grisou,
Des six représentants de l’art vétérinaire,
Dont nous avons montré le grand dépositaire En Bouley qui n’est plus, — • Colin le bilieux,
Boudant contre lui-même, a quitté ces milieux Pour aller vivre au fond d’une retraite obscure,
D’où, parfois, il envoie une amère lecture.
Trasbot, clinicien de très haute valeur De l’école d’Alfort, le maître directeur.
Succédant à Nocard, dont la grande science
S’exerce en tous sujets, avec la conscience Impeccable : il trouva le puissant réactif Forçant le tubercule à se montrer actif.
Là Mégnin, Tenfonceur des portes du cénacle, En parasiticisme est le suprême oracle ;
En vrais praticiens, et Weber et Leblanc Tiennent place d’élite au fond du même banc.
Voici la chirurgie hardie et triomphante, Taillant à plein couteau dans la chair palpitante Sans crainte et sans souci de complication : L’antisepsie a fait la révolution Qui permet ce succès inouï, fantastique :
Péan ouvre la marche avec l’hémostatique,
Pince miraculeuse. Elle dit, se fermant :
« Tu n’iras pas plus loin », aux caprices du sang !
Terrier ne connaît plus d'obstacle opératoire,
Et grâce à l’asepsie il aura dans l’histoire Un nom impérissable. A son côté, Lucas,
Du célèbre Lister sut emboîter le pas Et, de notre Pasteur apôtre infatigable.
Fit de la chirurgie une science impeccable.
Calme et tranquille ainsi qu’un vrai roi fainéant Qui de nos vanités a compris le néant,
En son fauteuil, Duplay doucement se prélasse
Berger, moustache en Fair, en capitan Fracasse, Opère habilement, et tout en maugréant Est pétri de bonté pour son cher patient.
Le Dentu méritait sa chaire de clinique
Que lui vaut son savoir, et son talent classique ;
Et si Charles Périer ne fut pas professeur C’est que sa modestie a trahi sa valeur !
Le professeur Panas est, en oculistique^
Un maître incontesté, mais si, dans la pratique, 11 n’a pas le succès de Desmarre ou Siebel,
Il a du moins l’honneur d’être un officiel!
En la même science est aussi passé maître Javal qui découvrit le grand ophtalmomètre; Mais il ne peut, hélas ! donner à son client Les yeux qu’il perd lui -même en dépit du talent
Enfin, les couronnant, et dans toute leur gloire. Les anciens, dont le nom orne déjà Fhistoire :
C’est Alphonse Guérin, grand initiateur Du pansement ouaté, qui précéda Pasteur,
Ce Breton bretonnant, à l’âme grande et fiére, Qui de l’antisepsie entr’ ouvrit la lumière.
Le professeur Guyon, dont la dextérité.
Avec ou sans calcul, redonne la santé Au pauvre vésical, au prostatique en peine.
Attablé sur son œuvre, et sans y perdre haleine, Verneuil livre aux excès du jeune bistouri Un combat incessant, acharné, sans merci, Cherchant à relier, dans leur pathogénèse,
La maladie externe à toute diathèse.
Enfin Léon Labbé, chirurgien très honnête,
Dont le nom illustré par l’homme à la fourchette Qu’il sauva d’un repas glouton et dangereux Se repose au Sénat, au sein des bienheureux.
Parcourant, en tous sens, les gradins rétrécis Où d’autres immortels sont gravement assis,
Ou se tiennent debout, car, triste anomalie.
Tous ses membres n’ont pas place à l’Académie,
Nous J trouvons Hérard, ancien président,
Qui fit avec Cornil un travail excellent Sur la tuberculose, et dont la tête austère Reflète le portrait du plus parfait notaire .
Cornil lui-même est là, pas très loin de Ranvier Qui, pour l’histologie, a pris rang le premier ;
L’autre le suit de près, et dans la politique A su se faire un nom, sans nuire à sa pratique D’éminent professeur. — Complétant le trio, Malassez, à son tour, manie avec brio L’instrument grossissant. — Dans le champ infantile, Grancher cherche à semer une moisson utile,
Mais fragile lui-même en sa maigre santé 11 ne peut guère user de son activité.
En chirurgie, ancré dans le même parage,
Le petit Lannelongue a dans le mariage
Su trouver l’adjuvant qui donne au professeur La plus douce science et le parfait bonheur.
Habile chirurgien et vive intelligence^
Il mérita, vraiment, cette suprême chance. ‘
Mesnet, cheveux au vent, pratique l’hypnotisme En savant convaincu, et son dilettantisme A pu de la justice éclairer les arrêts.
Motet en ce sujet est un des plus discrets;
Mais quand de la folie il dresse une expertise,
Il excelle dans Fart d’en faire l’analyse.
En la même matière, un maître incontesté
C’est Magnan, qu’à grand tort la docte Faculté
Refusa de s’adjoindre, avec le vain prétexte
Qui, d’ailleurs, ne se trouve inscrit dans aucune texte,
Qu’il n’est pas agrégé, comme si le talent
Par ce seul titre avait ce qu’il a d’excellent 1
De la protection, apôtre infatigable,
A la fragile enfance, à son sort misérable,
Théophile Roussel a voué tout son cœur De savant médecin et de législateur.
A ce long défilé du docte aréopage
Il manque un complément, une brillante page,
Celle des Associés et des Correspondants,
Ou savants étrangers, ou membres résidents;
Mais il faut se borner, et trop longue est la liste De ceux dont il faudrait au loin suivre la piste.
11 en est un. Français et d’esprit et de cœur,
Qui s’impose à ma rime : il s’appelle Pasteur ;
Son nom plane partout au faîte de la gloire,
Et brille au premier rang dans l’immortelle Histoire De la science humaine, où son doigt génial Put tracer un sillon qui n’a pas son égal Grâce à lui, les virus, ces engins homicides Qui surprennent la vie en microbes perfides, Succombent, à leur tour, vaincus et débordés De leur propre poison mourants, suicidés.
Transfuge de l’armée, excellent journaliste,
Léon Lereboullet vient clore cette liste Avec Magitot, qui garderait une dent
A ma muse oublieuse, à Pair indifférent,
Si je n’accordais pas ce souvenir d’estime A son réel talent. — Mais ce serait un crime D’omettre encore un nom, qui modeste, sans bruit. Accomplit son labeur dans un obscur réduit Dit la Bibliothèque, où poudreux, tout humides, S’entassent jusqu’au toit, comme des pyramides, Des volumes sans nombre ; un zélé sauveteur S’efforce d’arracher à ce mal destructeur Ces trésors de science, et ce sauveur habile Est le docteur Bureau, savant bibliophile.
Dont le mérite vrai, mais sans prétention, >
Attend depuis longtemps une distinction Que tel autre quémande, et cyniquement brigue, Avec les procédés de la plus basse intrigue !
Des jours meilleurs vont luire à l’horizon prochain Au temple d’Esculape, et l’on espère enfin Voir le sombre réduit, peu fait pour la science,
Se changer en palais, qu’en toute conscience L’État eût dû construire au corps consultatif Sans lequel rien ne peut paraître décisif.
Pour la santé publique et pour sa sauvegarde.
Nous prions que son Dieu l’ait en sa digne garde !