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PESARO ET FANO

Jésus-Christ donnant les clefs à Saint Pierre, du Guide. — M. d'Esté a enlevé, le 29 octobre, un petit tableau sur cuivre représentant ce sujet, et que l'on croit être celui de Pesaro.

Saint Jean, du Guerchin. — Au Musée de Strasbourg.

La Circoncision, du Baroccio. — A l'église Notre-Dame de Paris.

Saint Pierre et Saint André, du Baroccio. — Au Musée de Bruxelles.

L'Annonciation de la Vierge, du Baroccio. — Au Musée de Nancy.

Sainte Micheline, du Baroccio. — Enlevée le 29 octobre. La Vierge et V enfant Jésus, de Paul Véronèse. — Au Musée de Dijon.

Saint Thomas, Saint Jérôme et la Vierge, du Guide. — Au Mu3éo de Bruxelles l..

Le Christ mort et la Vierge, de Gentile Bellini. — Enlevé le 29 octobre.

Le Père Eternel, du Guide. — Au Musée de Dijon.

En parcourant cet état, certifié par M. Lavallée conforme aux procès-verbaux dressés au Musée Royal, nous avons vu combien fut grande la générosité de Pie VII, qui, dans ses instructions secrètes, avait chargé Canova de laisser à la France quelques objets d'art, et de ne pas retirer les tableaux déjà placés dans les églises et dans le Palais du Roi, quels qu'eussent été le mérite de ces œuvres et celui de leur auteur. Ainsi, sur les cent quinze tableaux classiques enlevés à Cento, Bologne, Foligno, Città di Castello, Todi, Lorette, Pérouse, Pesaro et Fano, trente-neuf restèrent en France, dans le palais du Roi, dans les églises

Ce tableau fut recouvré par Alexandre d'Esté.

de Paris et dans les Musées des départements. Quant à ceux que M. Lavallée déclara n'être pas parvenus au Musée Royal, il n'a pas été possible d'en retrouver la trace.

En dehors des tableaux enlevés officiellement, on constata la disparition d'autres peintures, dont on n'a pu également retrouver la trace. Il en manqua soixante, au Vatican, dont quelques uns fort précieux, comme les Epousailles de la Vierge, du Titien; la Vierge et V enfant Jésus, de Romanelli; Saint Jean Baptiste dans le Désert, peinture sur nacre, de la première manière de Raphaël : un Saint François d'Assise, du Baroccio; Le Bienheureux Marcelin, la Vierge et un ange, du Guerchin ; une Sainte Famille, Saint Thomas d'Aquin et Saint Philippe de Neri, de l'Albano; Sainte Rosalie, Sainte Catherine, la mort de Saint Joseph, les Epousailles de la Vierge, quatre tableaux de l'Albano; La Conception, de Guido, et Saint- Jean Baptiste, du Guerchin. — Quant aux objets d'art qui avaient été soustraits aux familles princières Albani et Braschi, ils restèrent à l'étranger, à l'exception d'un Antinous, demi-figure en basrelief, qui revint à Rome. Ceux de la famille Braschi, récupérés par Canova, furent vendus, à Paris, par le prince Charles Albani, et par suite disséminés en France, en Bavière et en Allemagne. Enfin, Canova obtint aussi la restitution des codes, manuscrits, ^médailles d'or, d'argent et de bronze, etc., qui avaient été enlevés à la Bibliothèque du Vatican, à l'Institut de Bologne et aux archives de Ferrare, de Pesaro et de Fano. La plupart de ces documents précieux furent retrouvés à la Bibliothèque Royale par l'abbé Marini, qui avait été chargé de cette mission.

Il n'entre pas dans notre sujet de décrire l'enthousiasme du peuple romain en voyant rentrer à Rome tous ces trésors. Nous tenons cependant à rappeler que tableaux et statues parvinrent à leur nouvelle destination dans le meilleur état, à l'exception du groupe de Laocoon, dont la figure principale eut à souffrir d'un accident arrivé sur le Mont-Cenis, le 23 novembre 1815. Le char qui portait le chef-d'œuvre d'Agésandor, de Rhodes, s'étant renversé, à cause des neiges abondantes qui rendaient la route impraticable, il s'en-

suivit une cassure de quelques centimètres de largeur au bas ventre, et une lésion transversale, de bas en haut, qui laboura la poitrine jusqu'à la partie inférieure du bras gauche. Il est donc inexact que ces objets d'art aient eu à souffrir de la malveillance des Français, comme on s'est plu à le répéter depuis. S'il y eut quelque ombre de ressentiment, à l'heure même de la restitution, celui-ci ne se traduisit que par une espèce de grève des hommes de peine et des emballeurs, favorisée par le Duc de Richelieu.

La mission de Canova eut donc un succès éclatant, dont les circonstances exceptionnelles qui le favorisèrent en atténuèrent, toutefois, considérablement le mérite. Pie VII et son premier ministre, le cardinal Consalvi, voulurent en témoigner leur gratitude à l'heureux négociateur: Canova fut fait marquis d'Ischia, avec jouissance d'une pension annuelle de trois mille écus, dont il s'empressa de doter l'Académie de Saint-Luc.

A la période d'agitations et de troubles que Rome eut à traverser succédèrent, enfin, le calme et la paix. Rome vit la sève de la vie intellectuelle remonter avec une vigueur nouvelle et les arts s'épanouir avec plus d'éclat que jamais, toujours sous la tutelle vigilante de l'Académie de Saint-Luc.

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