L'innocence, de Louis Durantini
203. Le Christ tombant sous la croix, de Ferdinand Cavalleri.
Dans l'une des deux salles de la section moderne se trouve un médailler de grande valeur, moins pour le nombre que pour l'importance des médailles qu'il contient. On y remarque, en effet, la riche collection des médailles qui représentent les principaux monuments de la Suède, et dont le roi Gustave III fit présent à l'Académie; l'épreuve de la médaille qui devait être frappée comme objet d'art commémoratif de la bataille de Waterloo, et que, par commission spéciale du gouvernement anglais, le célèbre Pistrucci grava d'après son dessin ; la collection des médailles d'or d'Aloysio Juvarra et celle que Charles-Albert de Savoie envoya à Rome, lorsqu'il fut élu, en 1836, membre honoraire de l'Académie de Saint-Luc.
Les salles du premier étage, où les membres de l'Académie tiennent leurs assemblées, contiennent aussi bon nombre d'objets d'art remarquables, et il n'est pas sans intérêt de signaler, entre autres, les beaux ouvrages plastiques dont les académiciens sculpteurs ont fait présent à l'Académie, conformément aux prescriptions statutaires. Ces sculptures se trouvent dans la première salle, et en voici les plus importantes : Ganymède, Hébê, les Trois Grâces, un Berger, d'Albert Thorwaldsen ; deux Discobules, un d'Emile Wolff (n° 4), l'autre de Thomas Kessels (n° 9) ; Flora, de Pierre Tenerani ; Y Enlèvement de Ganymède, d'Adam Tadolini ; Mêlêagre, de John Gibson ; un Pugilateur, de Rinaldo Rinaldi et, enfin, le buste du pape Clément XIII, Rezzonico, d'Antoine Canova.
Dans les deuxième et troisième salles sont exposés les ouvrages plastiques qui ont été couronnés dans les divers concours institués par l'Académie. Cette collection, toute en terre cuite, est fort intéressante, car on y remarque des ouvrages de toutes les époques de l'art italien, dont plusieurs d'entre eux sont signés d'un nom qui appartient désormais à l'histoire de l'art.
C'est dans l'une de ces salles que l'on conserve les moulages de fragments considérables des marbres d'Egine, présent du roi Louis de Bavière à Pie IX, qui, à son tour, en fit don à l'Académie de Saint-Luc. Ces marbres, qui décoraient un des frontons du temple de Jupiter Panhellénien, sont d'un très grand prix 1 ; mais les critiques ne sont point d'accord sur le sujet qu'ils représentent. Suivant les uns, ces sculptures rappelleraient un fait national relatif à un combat des Eginètes unis en confédération avec d'autres tribus hellènes, sous les auspices de Jupiter et de Minerve, contre une invasion de barbares; d'autres prétendent, avec beaucoup moins de fondement, qu'elles figureraient des épisodes se rattachant à la guerre de Troie ou à la bataille de Salamine. Lorsque ces marbres furent trouvés, dans les fouilles de 1811, ils portaient des traces de couleur aux paupières, aux lèvres, aux cheveux, dans les vêtements, et il semblerait même — c'est l'opinion de quelques critiques — que les casques et les cuirasses ont eu des ornements de bronze. Malmenés par le temps, on dut les restaurer, et ce soin délicat fut confié à Albert Thorwa'.dsen, qui s'attacha la collaboration du sculpteur Wagner; on sait com-
1 " Les marbres d'Egine paraissent appartenir aune période de tran-
" sition et se rattacher a deux époques : dans la première, toute hiéra-
" tique, les figures sont immobiles ; dans la seconde, sans perdre de leur
" grnvité, elles empruntent k la vie humaine, quand elles la représentent,
" un certain mouvement et une plus grande variété. C'est ce qui a fait
" dire a un critique (M. Viardot, Musées (V Allemagne) que les statues
tt d'Egine tiendraient encore au dogme par l'immobilité du visage, tandis
" qu'elles entreraient déjà dans l'art par le mouvement dos membres
" Les héros grecs et troyens seraient dieux par la tête et athlètes par le
" corps „. Eugène Plon, Thoricaldsen.
bien cette restauration a été supérieurement exécutée par l'illustre statuaire danois.
Dans la salle du Conseil académique, qui fait suite aux précédentes, on note comme bien remarquables : un buste de Michel- Ange Buonarotti — lequel, suivant l'opinion de quelques critiques, serait le premier plâtre formé sur son cadavre ; — une maquette, en terre cuite, de Gian Bologna ; le médailler Woigt, dont la famille de cet éminent graveur a fait don à l'Académie, et une série de portraits, par ordre chronologique, des artistes le plus célèbres qui ont fait partie de l'Académie de Saint-Luc depuis 1478 jusqu'à la fin du siècle dernier.
La bibliothèque de l'Académie, enfin, mérite également d'être signalée, autant pour l'importance de plusieurs ouvrages traitant de matières d'art, dont quelques-uns figurent dans les catalogues des éditions précieuses, que pour les cartons fort intéressants où sont conservés, avec les estampes principales de Morghen, Calamatta, Mercuri, Juvarra et autres illustres académiciens graveurs, les dessins qui ont été couronnés dans les divers concours de l'Académie, depuis les premiers temps de son institution jusqu'à nos jours.