‹ L'Academie des sciences et les ecademiciens de 1666 a 1793Chapitre 116 sur 136 · BUFFON · texte numérisé non relu

BUFFON

faites en grand sur la manière de durcir les bois en les écorçant sur piefl, ne semblaient pas indiquer bien nettement sa voie, lorsque sui' la proposition de Dufay mourant il fut nommé à l'âge de trente-deux ans directeur et intendant du Jardin du Roi. Obligé par devoir de favoriser les études d'histoire naturelle et d'y présider en quelque sorte, il tourna désormais vers elles l'activité de son esprit en y appliquant avec un zèle constant tous ses soins, ses travaux, son crédit et ses forces. L'observation minutieuse des faits n'était ni dans ses goûts ni dans ses aptitudes. Son génie, acceptant les détails de toute main, avait besoin d'un plus grand vol. Buffon, pour peindre la nature entière, prétendait d'un premier coup d'œil saisir tout d'abord les principes et tracer à grands traits un tableau d'ensemble : c'est par là que commence et que finit son grand ouvrage. Dans deux de ses livres les plus admirés, la Théorie de la terre et les Epoques de la nature, BulTon excité et soutenu par la grandeur de son sujet, semble débrouiller le chaos : aucune difficulté ne l'étonné, et l'on voit son éloquence, toujours majestueuse mais parfois trop ornée, devancer tour à tour la science de son temps, la dédaigner, ou y contredire. Quoiqu'il eiàt succédé à Couplet comme trésorier de l'Académie, Buflbn, presque toujours absent de Paris, assistait rarement aux séances. Peu soucieux des travaux de ses confrères, il communiquait

rarement les siens à l'Académie et recherchait peu l'influence qu'il y exerçait cependant. L'Académie française, dans sa correspondance, l'occupe plus souvent et semble l'intéresser plus vivement que l'Académie des sciences. L'écrivain chez Bullbn a en effet éclipsé le savant; dans ses écrits sur la science, qui valent surtout par l'exacte convenance et l'harmonieuse précision du style, on ne trouve qu'un bien petit nombre d'observations nouvelles ou d'expériences décisives sur des points jusque-là douteux. Et s'il est permis de rappeler une plaisanterie contre celui dont le long ouvrage n'en contient pas une seule, lorsque l'affectueuse estime de Louis XVI fit élever au Jardin des Plantes une statue à Buffon encore vivant, l'irrévérencieux passant qui, lisant sur le socle : Naturam amplectitur omnem, s'écria, dit-on : « Qui trop embrasse mal étrcint, » ne manqua ni de justice ni d'à-propos.

Les noms de Daubenton et de Buffon sont inséparables dans l'histoire de la science. Compagnon de son enfance et collaborateur très-utile de son grand ouvrage, Daubenton, satisfait de la pai"t qui lui était faite et dévoué sans arrière-pensée à l'œuvre commune, y apportait par des études sérieuses et originales un élément précieux de force, de solidité et de durée; un jour cependant Buffon , dans un intérêt de libraiî-ie, fit disparaître d'une édition nouvelle les chapitres écrits par son ami, dont la science

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