LE LENDEMAIN DU 14 JUILLET
le grand nom des Jussieu, et Lavoisier enfin, marchant d'un pas assuré dans la voie qu'il a ouverte, fait imprimer avec le privilège de l'Académie l'immortel ouvrage qui , élevant la chimie au rang des sciences exactes , la rend , suivant l'expression de Lagrange, presque aussi facile que l'algèbre.
La date seule des procès-verbaux entraîne par-, fois la pensée bien loin des paisibles discussions qu'ils résument.
Le mercredi 15 juillet 1789 , l'Académie tient séance comme de coutume et semble ignorer le grand événement de la veille. En présence de vingttrois membres , un peu distraits peut-être , Darcet communique un mémoire de chimie; Tillet et Broussonet rendent compte d'une machine pour enlever la carie du blé; un auteur étranger propose un moyen de conserver l'eau douce à la mer ; Charles, enfin , lit un travail sur la graduation des aréomètres. Trois jours après, le 18 juillet, Laplace étudie l'obliquité de l'écliptique.
C'est le II juillet 1789 que le retentissement des événements du dehors interrompit pour la première fois, et un instant seulement , les travaux de la petite salle du Louvre. On lit au procès-verbal : « Il est décidé de témoigner à M. Bailly, de la part de l'Académie , sa satisfaction de la manière dont il a rempli les fonctions de président de l'Assemblée nationale. » Reprenant immédiatement son ordre
du jour, r Académie entend ensuite une lecture de Coulomb sur le frottement des pivots, et un mémoire sur la culture de l'indigo.
Le mercredi 22 juillet, à l'heure même où Bailly, devenu maire de Paris, faisait à l'Hôtel de Ville d'inutiles et timides efforts pour soustraire Foulon et Berthier à la fureur de leurs assassins, l'Académie, réunie au Louvre, invitait tous ses membres à se rendre à sa maison de Chaillot pour lui porter de nouvelles félicitations.
Bailly, dès la séance suivante, vient remercier ses confrères de l'intérêt qu'ils ont pris à tout ce qui lui est arrivé d'heureux. Que ces paroles soient de Gondorcet, qui les a écrites au procès-verbal, ou de Bailly, à qui il les prête, elles révèlent tout un caractère.
Les événements se précipitent; entraînée par le souffle du dehors, l'Académie, sans se roidir contre l'esprit de changement, n'en semble ni pénétrée ni éblouie. C'est le i8 novembre 1789 seulement, plus de trois mois après la nuit du h août, que, donnant satisfaction aux idées du jour, un membre honoraire, l'excellent et vertueux duc de La Rochefoucauld, propose d'abolir toute distinction entre les académiciens. Qui ne croirait qu'accueillie avec applaudissement, une telle motion, à une telle date, sera volée par acclamation? Loin de là : soumise à la règle qui prescrit une seconde lecture, l'Acadé-