‹ L'Academie des sciences et les ecademiciens de 1666 a 1793Chapitre 130 sur 136 · TRAVAUX IMPORTANTS DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

TRAVAUX IMPORTANTS DE L'ACADÉMIE

Darcet et Beaumé ferment les yeux aux faits les plus évidents : témoin le rapport de Laplace et de Lavoisier sur la combustion de l'hydrogène et sa transformation en eau, qu'ils refusent de signer, après avoir vu pourtant toutes les expériences et assisté à leur plein succès.

DëLalande, Legentil , Lemonnier, Méchain et Delambre, sans discontinuer leurs études plus profondes, signalent régulièrement à l'Académie les phénomènes survenus dans le ciel , exactement observés et calculés.

Pingre publie les Annales célestes j, précieux recueil annoncé et impatiemment attendu par les astronomes depuis l'année 1756.

Laplace lit de temps à autre un mémoire de mécanique céleste, fragment anticipé de l'œuvre immortelle dont sa pensée a déjà conçu le plan, et qui n'est pas de celles qu'on puisse fondre d'un seul jet.

Lagrange, assez clairvoyant pour être toujours triste, et regrettant le paisible séjour de Berlin, n'apporte à ses nouveaux confrères qu'une attention constante à leurs travaux et sa collaboration à quelques rapports. Mais Legendre, plein d'activité, allie à ses recherches sur les fonctions elliptiques les opérations géodésiques qui doivent fixer avec précision la longitude de Londres par rapport à Paris, tandis que Prony, cherchant encore sa voie,

débute par quelques mémoires d'analyse et de mécanique, accueillis avec bienveillance par Lagrange et par Laplace, tous deux loin de prévoir pourtant la célébrité réservée à son nom.

Adanson, Vicq d'Azyr et Jussieu, en accordant de justes louanges à des voyageurs comme Richard et Gusson de Labillardière , signalent l'importance des collections péniblement recueillies au loin, et, réclamant parfois l'exécution de promesses oubliées, en prolongent malheureusement sans résultat la pénible illusion.

'( Notre pauvre voyageur, dit Guvier dans l'éloge de Richard, un rapport de l'Académie à la main qui constatait l'étendue et l'importance de ses travaux, frappa à toutes les portes; mais les ministres et jusqu'aux moindres commis, tout était changé; personne ne se souvenait qu'on lui avait fait des promesses ; il n'importait guère à des gens qui voyaient chaque jour leur tête menacée , qu'il fût venu un peu plus de girofles de Gayenne , ou qu'on eût propagé des fuchsias ou des eugénias : des découvertes purement scientifiques les touchaient encore bien moins. Ainsi, M. Richard se trouva avoir employé son temps, altéré sa santé et sacrifié sa petite fortune , sans que personne daignât seulement lui laisser entrevoir quelque espérance d'assurer son avenir. »

G'était alors l'histoire de bien d'autres.

PRÉPAHATION DU SYSTÈME MÉTRIQUR. 417

Citons encore, parmi les travaux de l'Académie à cette époque , un excellent rapport de Monge et de Borda sur un modèle de machine à vapeur à double eiret , construit par le mécanicien Périer, dont l'esprit ingénieux, après un coup d'œil furtivement jeté à Londres sur les appareils de Watt , avait pénétré le principe et le secret de l'invention nouvelle.

Accoutumée à tenir pour fait tout ce qu'elle décrète, l'Assemblée nationale s'étonne souvent que le grand ouvrage sur le système métrique ne s'exécute pas aussi rapidement que ses décisions précipitées de chaque jour. L'Académie, cependant, y travaille avec un grand zèle, et cinq commissions, nommées dans la séance du 23 avril 1791, poursuivent simultanément leurs travaux. Cassini, Méchain et Legendre sont chargés des mesures astronomiques ; Meusnier et Monge s'occupent de mesurer les bases avec une minutieuse précision; Borda et Coulomb déterminent la longueur du pendule qui bat les secondes; Lavoisier et Haûy étudient le poids de l'eau distillée; Tillet, Brisson et Vandermonde, enfin, dressent l'inextricable tableau des mesures anciennes. Pour qu'aucun obstacle nj retarde les voyages ou les expériences jugées nécessaires , l'Assemblée vote une première somme de 100,000 livres, et ordonne qu'elle soit immédiatement payée.

L'Académie des sciences avait été chargée de

décerner chaque année , au nom de la France , un prix de 1,200 livres à l'auteur français ou étranger de la découverte scientifique jugée par elle la plus considérable et la plus importante.

L'Académie, qui avait elle-même exclu ses membres du concours, discuta longuement les travaux astronomiques d'Herschell et de Maskelyne, de l'anatomiste Mascagni , du botaniste Guerthner, auxquels on opposa la machine de Watt , que l'on peut regarder, disait la section de mécanique, comme étant de toutes les découvertes récentes la plus ingénieuse et la plus utile; elle arrêta ses suffrages sur le télescope récemment construit par Herschell, et, comme un an déjà était écoulé depuis le décret de l'Assemblée, on accorda immédiatement un autre prix à l'ouvrage de Mascagni intitulé : Vasorum lymphaticoriun historia. Lavoisier , dont l'esprit généreux et actif animait alors l'Académie et en inspirait souvent les démarches, prit la parole après ce double vote. « Après avoir, dit-il, rendu hommage à M. Herschell, l'Académie en a un autre à rendre à la science elle-même , et qui consiste à faire construire un télescope d'après, les principes de M. Herschell. »

Pour subvenir à la dépense, évaluée à 100,000 livres, il proposait d'employer oG, 000 livres disponibles provenant des sommes destinées à des prix non décernés, en y ajoutant le produit de la vente

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