CARTE DE FRANCE
guerre ne permettaient plus la distraction d'aucuns fonds et que les économies du roi allaient supprimer toutes les dépenses d'agrément. L'une d'elles était la carte de France pour lacjuelle toute subvention cessait ainsi brusquement. Tant de travaux et de soins allaient être perdus sans retour. Les collaborateurs formés à grand'peine et dont le plus grand nombre n'avait plus d'autre moyen d'existence étaient menacés d'une ruine complète. Le roi était alors à Compiègne. Gassini alla l'y trouver en lui soume'ttant le plan terminé de la forêt dont la précision et l'exactitude le charmèrent, a Je voudrais, dit-il, continuer un aussi bel ouvrage, mais mon contrôleur général ne le veuf pas. C'était sous une forme gracieuse le plus formel des refus. Gassini cependant ne pouvait renoncer à son œuvre, et trois jours après il présentait au roi un projet d'association particulière C|ui, sous la protection royale, soutiendrait à ses frais et terminerait l'entreprise. Approuvés et encouragés par Louis XV, le prince de Soubise, le duc de Bouillon, M. de Saint-Florentin et jM'"^ de Pompadour s'inscrivirent en tête de la liste qui, peu de jours après, comptait cinquante noms tous considérables à la cour, dans le parlement ou dans l'Académie. Chacun des souscripteurs devait pendant dix ans contribuer chaque année pour une somme de 1,600 livres, en s'engageant même par- devant notaire à fournir,
quelle qu'elle dût être, la dépense nécessaire à l'exécution de l'ouvrage.
Le sacrifice en réalité fut beaucoup moindre et ctiaque souscripteur ne donna en tout que 2,000 livres. Les pays d'États contribuèrent pour une somme importante et la vente des feuilles tirées permit d'alléger la dépense. Sur il 82 feuilles qui devaient composer la carte 166 étaient livrées au public en 1790. La situation resta la même jusc{u'au moment oti, en 1793, Fabre d'Eglantine représenta à la Convention que la carte de* France, ouvrage de la ci-devant Académie des sciences et appartenant au gouvernement, était tombée entre les mains d'un particulier qui la vendait un prix excessif, de sorte qu'on ne pouvait plus se la procurer; et sans plus ample examen, on décida que dans les vingt-quatre heures la carte et les planches seraient enlevées et transportées au dépôt de la guerre. Un rapport fait au conseil des Cinq- Cents en 1797 rétablit, il est vrai , et reconnaît complètement les droits de la compagnie pour laquelle il propose une équitable indemnité, et un arrêté consulaire du 25 février 1801 ordonna en effet que la somme de 9,060 francs fût remboursée à chaque porteur d'actions; mais la créance, datant de l'an ii, se trouva bientôt après frappée par la loi sur l'arriéré, et la spoliation fut irrévocablement consommée.