PINGRE A L'ILE RODRIGUES
et celui de la sortie, pour un observateur placé au centre de la terre; mais il lui est impossible de dire si, pour deux observateurs placés à Paris et au cap de Bonne-Espérance, les durées des passages diffèrent d'une minute ou de dix. Tout dépend du rapport inconnu du rayon de la terre à la distance du soleil, et c'est pour cela que la comparaison des deux observations permet de le calculer. La méthode fait connaître en outre les points du globe pour lesquels les différences plus nettement accusées doivent donner les plus grandes chances de succès ; rien n'empêche d'ailleurs de contrôler par des observations multipliées le résultat toujours douteux d'une épreuve qu'il est impossible de recommencer.
Le 6 juin 17Gi cinquante-cinq observateurs, répartis sur différents points du globe, purent observer le passage et en déterminer les circonstances.
Pingre en choisissant l'île Rodrigues pour station avait fait preuve de courage et de dévouement. « Nous sommes instruits, avaient dit les commissaires de l'Académie, que dans toute cette partie de l'Afrique l'air, à cause de ses intempéries pendant la saison des pluies, est très-dangereux pour les étrangers.» On pourrait croire que, pour éviter de tels dangers à un confrère, ils vont proposer un autre poste. Nullement : (( La crainte du dérange-
ment que la sanlé de M. Pingre pourrait éprouver (I leur fait désirer seulement qu'il ait un compagnon capable de le suppléer au besoin. »
Pingre ne trouva à l'île Rodrigues aucun secours pour ses observations. Sans ouvriers pour construire un observatoire, il dut observer en plein air. Des mesures avaient été prises pour lui assurer des conditions plus favorables, mais la guei're qui régnait alors dans les deux hémisphères les avait déjouées en plaçant Pingre dans une position dont il se plaignit fort. Muni d'un passe-port délivré par le gouvernement anglais qui enjoignait à tous les agents et officiers de respecter les astronomes français et de les aider au besoin, Pingre se croyait inviolable ainsi que le petit navire, nommé la Mignonne, qui l'avait conduit à Tîle Rodrigues et qui l'y attendait; mais la veille précisément du jour fixé pour le départ on vit paraître un vaisseau anglais, sur lequel la Mignonne commença par lâcher une bordée. Le vaisseau, beaucoup mieux armé qu'on ne l'avait cru, s'approcha aussitôt et sans coup férir fit comprendre que la lutte était impossible. La Mignonne, déclarée de bonne prise, fut malgré les réclamations de Pingre conduite à Pondichéry. Par une détermination presque cruelle, dit -il, on le laissa à Rodrigues avec son aide, réduits tous deux au strict nécessaire. Chanoine régulier de Sainte-Geneviève, Pingre n'était habitué