LES RAPPORTS
L'Académie ne prenait de décisions sur les principes de la science qu'à regret en quelque sorte et dans de rares occasions. La méthode infinitésimale par exemple et la théorie de l'attraction, adoptées par les uns et contredites par les autres, ne furent jamais jugées régulièrement par une sentence expresse ; tant que ses membres partagés continuèrent à en disputer, l'Académie, sans se déclarer indifférente, demeura sagement indécise, et Ton pourrait seulement la blâmer de prolonger la prudence bien au delà des doutes qui l'ont fait naître.
On lit par exemple au procès-verbal du 22 août 1759 : « L'hypothèse du père Berthier est tout à fait opposée ù la philosophie newtonienne, presque universellement adoptée aujourd'hui; mais nous croyons que cette hypothèse peut se soutenir dans l'hypothèse du plein et des tourbillons; sous ce
L'ACADÉiMIE REPOUSSE LES SYSTÈMES. 147
point de vue l'Académie, qui persiste à n'adopter aucun système, nous paraît pouvoir recevoir l'iiommage que lui offre de son livre le père Berthier et permettre que cet ouvrage soit imprimé sous son privilège. »
Dix -sept ans plus tard l'Académie, toujours dans les mêmes principes, se refusant de nouveau à étudier les causes dans les effets, écarte obstinément la recherche des lois primordiales comme une chimère indigne d'encouragement. « Tout le reste de l'écrit de M. Dolomieu, dit le rapporteur d'une commission, est purement systématique, et l'Académie n'étant pas dans l'usage de prononcer sur les systèmes, nous passerons sous silence les raisonnements de l'auteur, quelque bien écrits qu'ils nous paraissent, parce que cela entraînerait dans de trop grandes discussions et que tous les raisonnements possibles dans l'art de traiter les mines ne valent pas un fait décrit avec clarté.
L'empressement des savants à lui soumettre leurs projets et leurs travaux, comme à la maîtresse de la science dans tout le royaume, transformait peu à peu l'Académie en une sorte de conseil réglé dont la confiance publique faisait l'autorité et la force. D'après ses règlements et suivant les desseins de son fondateur, l'Académie était tenue de prononcer sur le mérite des machines et sur les demandes de privilège ; c'est par là que ses jugements prirent
leur commencement, mais on lui soumit bien vile des découvertes, des inventions et des projets de toute sorte. Les commissaires désignes étaient exacts et diligents, dans les premières années surtout, à présenter en quelques paroles un rapport trop concis pour que nous ayons beaucoup à y apprendre, et qui, plus assuré dans le blâme que dans la louange, semble plus propre souvent à rebuter ou à irriter les inventeurs qu'à les enseigner et à les soutenir. Tels sont ceux-ci par exemple : « MM. Parent et Renau n'ont rien trouvé d'utile dans le livre qu'il avaient à examiner et pour la théorie elle est pleine d'erreurs. ))
« Nous avons examiné par ordre de l'Académie la manière que M. Besson lui a proposée pour relever un vaisseau submergé en lui attachant de tous côtés des tonneaux vides, ce qui, suivant la manière dont l'auteur l'emploie, nous a paru impraticable. »
Réaumur chargé d'examiner un taille-plumes mécanique le décrit minutieusement et ajoute : « Il pourra être un outil commode à la plupart des gens qui écrivent peu. » Le succès d'une autre invention lui paraît plus utile qu'assuré et là se borne son approbation.
On lit ailleurs au procès-verbal : a M. Lemonnier a parlé ainsi sur le mémoire de M. Desaussedats : L'auteur n'entend pas l'état de la question. »
Quelquefois plus sévère encore, le rapporteur