‹ L'Academie des sciences et les ecademiciens de 1666 a 1793Chapitre 96 sur 136 · LALANDE · texte numérisé non relu

LALANDE

pourrait employer son temps plus utilement pour l'astronomie. »

L'ardeur de Lalande et la sincérité de ses impressions éclatent dans ses écrits, souvent fort négligés, par des expressions vives et naturelles.

« Dès 17()8, dit-il dans le préambule de l'un de ses ouvrages, le citoyen Jeaurat ayant obtenu du duc de Choiseul, ministre de la guerre, la construction d'un observatoire à l'Ecole militaire, je l'engageai à y faire un gros mur propre à recevoir un grand quart de cercle mural qui manquait à l'établissement et qui était nécessaire pour l'entreprise que je méditais. Nous n'avions pas alors l'inslrument, mais je disais- ce que la loi des servitudes dit de la pierre d'attente , perpétua damans; et je ne me suis pas trompé. Après avoir fait des efforts inutiles auprès des ministres les plus célèbres et les plus savants, Malesherbes et Turgot, pour obtenir un mural, je l'obtins en 177/i de Begei'et, receveur général des finances. On voit dans l'Évangile que le publicain fit honte au pharisien. »

Ces lignes n'ont pas besoin d'être signées, et tout lecteur familier avec les écrits des astronomes y reconnaîtra le cachet très-marqué de Lalande.

Sous des formes brusques et âpres parfois, Lalande cachait d'excellentes et solides qualités. Mécontent souvent de lui-même et sincère envers

lui comme envers les autres, il avouait de bonne foi ses défauts et son impuissance à les vaincre. En parlant d'une femme 'réellement distinguée , M'"* Lepaute, qui l'aida souvent, ainsi que Glairaut, dans ses calculs astronomiques, il dit avec émotion : « Elle supporta mes défauts et contribua à les diminuer. ))

Si cédant à son premier mouvement et poussant à bout ses avantages, il accueillit plus d'une fois trop irrespectueusement les injustes critiques de son maître et premier protecteur Lemonnier, c'est qu'irrévérencieux par nature, et discutant avec rudesse, il pouvait s'emporter jusqu'à la colère sans imaginer mettre en péril une amitié chez lui sincère et inébranlable, et lorsqu'un jour l'irascible vieillard lui défendit de reparaître chez lui pendant une demirévolution des nœuds de la lune, c'est-à-dire neuf ans, il lui répondit comme Antisthènes à Diogène : « Vous ne trouverez pas de bâton assez fort pour m'éloigner de vous. » Incrédule enfin et irréligieux avec passion, il n'hésita pas pendant la Terreur à cacher dans son observatoire plusieurs prêtres dont la vie était menacée. « Si l'on vient faire des recherches, leur dit-il, nous vous ferons passer pour astronomes. » Et comme ils hésitaient ; « Ce ne sera pas un mensonge, reprit-il; vous vous occupez du ciel autrement, mais tout autant que moi. »

Pingre, religieux génovéfain et entré de bonne

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