‹ L'Accord paríait: Comédie en 3 actesChapitre 26 sur 34 · MAIS N-TE PROMÊNB DONC PAS TOUTE NUEI · texte numérisé non relu

MAIS N-TE PROMÊNB DONC PAS TOUTE NUEI

ï un calme .loconctrwnl. — Aht bien,

tu as de l'aplombl C'est juste ce que j'ai fût!

VeNTROOX, ibuaurdl par t*DI de toupet, la reB»ide, le prend le crâne comme pour l'empêcher d'éclater, puis, remonte en agitant ses mainiL au-dessus de sa tête. — Ah! bien,

non, ta sais, tu parles d'aplomb !...

Clarisse, remontant «rs lui — Absolument! Et c'est encore une preuve de ton étemelle injustice! (Descendant n° i.) Essayez donc de faire plaisir aux

gens! (S'asHyant aur le fauteuil, doi au public, pris de la

cbeminje.) Comme je sais tes idées étroites et que vous étiez tous les deux dans ma chambre, j'ai été exprès me déshabiller dans mon cabinet de toilette.

Vbntbodx, assis sur le canapt. — Oui. seulement, une fois que tu as été en chemise de jonr, tu es arrivée dans ta chambre. Au choix, j'aurais préféré le contraire.

Clarisse. — Mais c'était pour prendre ma chemise de nuit!

Venteoux. — Oui. Oh ! tu as toujours de bonnes raisons! Mais, d'abord, quel besoin as-tu de te mettre en chemise de nuit à quatre heures de l'après-midi?

Clarisse, — Tiens 1 tu es bon, toi! on voit que ce n'est pas toi qui es allé crever de ehaleui- nu mariage de la petite Duchômier. (Se levant.) Et tiens, encore ça, pour qui y ai-je éfcT heiuT C'est pour toi,

c'est pas pour moi, bien sûr! <eilc gagne k milieu de la

seine tout en parlant.) pour l'épargner une corvée!... comme toujours!... Car, enfin, ce n'est pas moi qui suis le collège du père à la Chambre! Je ne suis pas député, moi! c'est toi. Tu as une façon de me remercier !

Vëstroux, haussant les épaules. — Il ne s'fipll pas de te remercier... !

Clarisse, lui coupant la parole, — Oh 1 je sais, tout t'est dii! T'n remerciement de ta part, je suis encore a l'attendre ! (Remontant vers lui.) N'empêche que quand je suis rentrée, en transpiration, j'ai éprouvé le besoin de me mettre h l'aise. Je croîs que ça m'est permis f

Ventroux, — Eh! bien, oui, ça..,! ça, j'admets!

CURISSE, remontant au-dessus du canap*. — C'est encore heureux] Parbleu, tu es au frais, ici! Tu ne te doutes pas que dehors nous avons au moins... trentecinq ou trente-six degrés... de latitude!

Venthodx, ironique. — De latitude t

Clarisse, a qui nntenlion de aon mir] échappe. — Trente-sis degrés, parfaitement!

Ventroux. — Quoi, '1 de latitude iiî Qu' ça veut dire, ça, « de latitude »f

Clarisse, au.dcssus du canaiié, sur un ton d'ironie li'nc-

rcment bnéprisante. — Tu ne saîs pas ce que c'est que II latitidde nt Tu ne sais pas ce que c'est que » latitude i>f (Descendant.) Eh! hîeu !.,. c'est triste, à ton

mjri. et l'écraïuint de sa supériorité.) « Lalitttdc 11, c'e^l

le t lie nnom être.

VkNTROUX. sur »t^ Ion moqueur, — Ail!.., .Te le

detoande pardon! J'ignorais,

Clarisse. — C'est pas la peine d'avoir été au collège, (S'asseyant sur la chaise, à droite de la tahle.) Qnand

on pense que, par (rente-six degrés... de latitude, tu nous imposes d'être encore à Paris! Tout ça parce que tn es député, et que tu ne peux pas quitter la Chambre avant la fin de la session !.,. Je te demande un peu! fMjmnie si In Chambre ne pouvait pas se passer de toi !

Vc.\THOl-X, se Itvanl d'un Irall. .t i pleine vois. — Je

ne sais pas si la Chambre peut ou non se passer de moi ; ce que je sais, c'est que, quand on a assumé une fonction, on la remplit! Ah! ben! ce serait du joli, si, sous prétexte qu'individuellement la Chambre n'a pas positivement besoin de chacun de nous, chaque députe se mettait à fiche le camp! Il n'y aumt plus qu'à fermer la Chambre!

Il remonte.

Clarisse. — Ebl ben! la belle affaire! ça n'en irait pas plus mai ! C'est toujours quand 'a Chambre est en vacances que le pays est le plus tranquille;

VeNTRODX, qui est redescendu à gauche de la tahle. —

En appuyant sur le» mots: — Mais, ma cbère amie, nous ne sommes pas à la Chambre pour que le pays soit tranquille! C'est pas pour ça que nous sommes élus! Et puis, et puis enfin, nous sortons de la question! Je te demande pourquoi tu te promènes en chemise, tu me réponds en faisant le procès du parlementarisme; ça n'a aucun rapport,

II s'assied face â sa (emme.

Clarisse. — Je te demande pardon, ça en a!

Parce que, à cause de ton Parlement, nous sommes encore à Paria par trente-sis degrés... de latitude...

VeNTRODS, narquois. — Tu y tionS.

Clarisse, — Parfaitement ! Parée que, par trentesix degrés... de latitude, je suis en transpiration', parce que, étant en transpiration, j'ai éprouvé le besoin de changer de chemise; et que, parce que j'ai changé de chemise, tu as éprouvé, toi, le besoin de m'attraper !

Ventroux. — .Te ne t'ai pas attrapée parce que tu as changé de chemise; je t'ai attrapée parce que tu te promenais devant ton fils en chemise transpa-

Clarisse. — Est-ce que c'est de ma faute si on voit au travei-sT

Ventroux. — Non! mais c'est de la faute si tu entres avec dans ta chambre.

Clarisse. — Ah! non, ça, c'est le comble! Je n'ai plus le droit d'entrer dans ma chambre, maintenantî

Ventroux, — Mais je n'ai jamais parlé de çn!

Ne me fais donc pas dire ce que je ne dis pas!

Clarisse, sans récouter. — Oii veux-tu que j'aille me déshabillerf à la cuisinet â l'officeT devant les domesliquesT Ah! c'est pour le coup que tu eriertis comme im putois.

Ventroux. — Cette mauvaise foi dans la discussion... !

Clarisse, se levant, et remaniant vers le canapé. — 11

n'y a pas de mauvaise foi! Je suis chez moi dans ma chambre! c'est vous qui n'aviez pas besoin d'y être! Je ne vous ai pas demandé d'y venir, n'est-ce

pas? (S'asseyant aur le canapé.) Eh! bien, si ma ténu»

vous gênait, vous n'aviez qu'à vous en aller.

Ventroux, se levant. — Voilîi! VoilA sa logique!

Clarisse. — C'est vrai, çii !... Me faire une scène parce que je suis entrée en chemise de jour! (Brusquement et presque crié.i Msis comment voulais-tu que je fasse, puisque ma chemise de nuit était dans ma chambre î

Vkstboln, allant /i lik. — Kh ! bien, j'étais là! Tu n'avais qu'à me la demander! Je te l'aurais appor-

ClaRIS.'îE, avec une loRi.iue déconcertante, — AlorS,

c'était la même chose: tu m'aurais v\ie toute nue. I Ventroux, — Mais moi. moi! je suis ton mari!

- Eh! bien, lui! c

L'ILLUSTRATION THEATRALE

VENTROTJX, se prend Ici cheveuï à « I» srtacher, el,

il'une Toix UrmoyantE. — Âh I Don ! C'est à décourager ! (A ciarisK.) Alors, tu trouves qae c'est pareilT

CbAlUSeE. — Mais... c'est plus près!

Ventkoux. — Oh!

CtiARissE. — En Bomme, toi, quoit lu es un étraager pour moi! Tn es mon mari, mais c'est une convention! Quand je t'ai épousé, — je ne sais pas pourquoit — ...

Venthoux, s"iiicliiie, puis: — Merci,

CuUtlSSE, un* l'inMfnMnpre. — ...je ne te counaÎEsais pas; et, crac, du jour au lendemain, parce qu'il y avait un gros monsieur en ceinture tricolore devant qui on avait dit « oui », c'était admis! tu me voyais toute nue. Eh! beii, ça, c'est indécent.

Venthoux. ■ — Ah ! tu trouves !

Clarisse. — Tandis que moti fils, quoif C'est ma chair! c'est mon sang! Eh! ben... que la chair de ma chair voie ma chair, il n'y a rien d'inconvenant! (Se lerant.) à part Ics préjugés!

Venthoux. — Mais c'est tout, les préjuges! c'est tout!

Clarisse, passant devant lui, avec haulcur. — Pour

les esprits mesquins, oui! Mtàs, Dieu merci! je suis au-defl6us de {a!

Venthoux, a'«fFontlrant sur le fauleuil, près de la che-

minic. — Voilà! Voilà! elle est au-dessus de ça! elle arrange tout conune sa!

ClABISSE, revenant à la charge, toul eu allant s'asseoir

sur le canipii. — Nou, mals, enfin... est-ce que, depuis la plus tendre enfance du petit, il n'a pas vingt-cinq mille fois assisté à ma toilettet Et tu n'as jamais rien dit!

Venthoux. — Il y a tout de même un jour ofl il faut que ces clioses-là cessenl.

Clarisse, exaspérante de calmc. — Oui. Oh!,., J' te dis pas!

Vbhtsoux. — Eh! ben, alorat

ClAKISSE, les yeui au plafond. — BOD !.,. Quandt

Vbntboux. — Quoi, « quand »1

Clarisse, même jeu. — Quel jour ï... A quelle heure 1

Venthoux. — Quoi? quoiî « Quel jourT A quelle heure î ii

Clarisse. — Cesse-t-onf II doit y avoir un jour; une heure spéciale. Pourquoi particulièrement aujourd'hui t Pourquoi pas hier T Pourquoi pos demaint Alors, je te demande: « Quel jourT... Quelle

VeNTBOUX, répilanl sur le même Ion. — ii Quel jOUr,

({uelle beui'e ! » Elle vous a de ces questions !... Est-ce

que je sais, moif Comment veux-tu que je précise?

Clarisse, — Tu ne peux pas préciser! <Se levant,

et s'avantant sur son mari.) Tu ne peux pas préciser !

Ça, c'est merveilleux ! Et alors, tu veux que, moi, une femme! qui, par définition, dois être moins intelligente que toi — du moins, c'est toi qui le dis

— tu yeux que, moi, je sois A même de le faire, quuid, toi, tu t'en déclares incapable!

Venthoux, hors de lui. — Mon Dieu, que c'est bête, ce que tu dis là !

Clarisse, gagnant la fauche. — Mais non! tu m'atlaques, je me défends.

Venthoux, se levant, et aium à elle. — Eufln, qu'estce qne tu veux me prouver? Qu'une mère a raison de se montrer en chemise à son filsf

Clarisse, adossée contre le devant de la tahle de fauche.

— Mais ce n'est pas là-dessus que j'en suis! Ça t'est

désagréable, eh! bien, c'est boni... tu n'as qu'à me I< dire sans t'emportera je ferai attention.

Venthoux, peu convaincu. — Oui! oh! tu feras

attention! (S'aiKT>nt i droite de la table.) tu sais très

bien que non ! tu ne peux pas ne pas traîner en chemise; c'est plus fort que toi.

Clarisse, — Oh ! que e'est exagéré !

Venthoux. — Tons les jours je t'en fais l'observation.

Clarisse. — Je t'assure, non ! si tu me vois quelquefois comme Qa le matin, c'est que ma toilette n'est pas faite, mais une fois que je suis habillée, je te certifie...

Venthoux. — ...que tu n'es plus en chemise; oh! ça, évidemment! Seulement, tu ne l'es jamais, habiUce !

Clarisse, s'emponam. — Enfin, quoi! Qu'est-ce que tu venxï Que je ne fasse pas ma toilettet

Venthoux. — Mais si! Mais si! fais-hi, ta toilette! mais reste chez toi pour la faire!... et ferme ta porte! Elle est toujours ouverte dans ces moments-là! Comme e'est convenable pour les domestiques t

Clarisse. — Quoit ils n'entrent pas.

Venthoux. — Ils n'ont pas besoin d'entrer pour te voir, ils n'ont qu'à regarder.

Clarisse. — Si tu crois qu'un domestique ça regarde !

Vbstroux. — Oui, oh! n'est-ce pasî c'est pas des hommes comme les autresT,,. Non, mais, c'est drôle, ça ! tu laisses ta porte ouverte quand tu fais ta loilelte!.,. et tu t'enfermes pour ^nettre ta voilette!

Clarisse, awc tes petits gestes éiricmé» et tatillons' dv!

ienimes maniaques. — Ab! OUI, parce que, là, je n'aime lias à être dérangée quand je mets ma voilette; j'aime pas qu'on tourne autour de moi, j'en viens pas à bout.

VeNTROUX, se levant et remontant audessut du canapé.

— C'est vraiment dommage qu'il n'en soit pas de même pour tes ablutions!... Mais pas seulement ça! tu fais mieuï encore: tu allumes dans ton cabinet de toilette.., et tu ne feignes pas tes rideaux!

Clarisse, avec un geste indiBné. — Ob! quand f

Venthoux. — Mais... hier!

Clarisse, lubiiement calmée. — Ah! bien, oui, hier,

Venthoux. — Parce que tu ne vois plus au dehors, tu es comme l'autruche: tu t'imagines qu'on ne te voit pas du dehors. 4

Clarisse, alUut s-adosbir conln.- le .levant de la table. —

Avit insouciance. - — Oh! qui veux-tu (jui regarde f

VbNTROUX. Quiî (Indiqoant la fenêtre du geste.ï

Mais Clemenceau, ma chère amie!... Clemenceau, qui demeure en face!.,, et qui est tout le temps à sa f e-

Clarissb. — Bah ! il en a vu bien d'autres, Clemenceau !

Venthoux. — C'est possible!,,. C'est possible, qu'il en ait vu d'autres, mais j'aime autant qu'il ne voie pas celle-là. Ah! ben, je serais propre!

Il s'asaied sur le canapé.

Clarisse. — En quoit

Venthoux. — En quoit Mais tu n'y songes pas!

Tu ne connais pas Clemenceau! c'est notre premier comique, à noue!.,. Il a un esprit gavroche! Il est terrible! Qu'il fasse un mol sur moi, qu'il me colle un sobriquet, il peut me couler!

Clarisse. — T'as pas ça à craindre, il est de ton

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MAIS t^TE PROMÈNE DONC PAS TOUTE NUE!

Vbntroux. — Mais, justement ! c'est toujoure dans son parti qu'on tiouve ses ennemis ! Clemenceau serait de la droite, parbleu, je m'en ficherais !... et lui anesi !... mais, du niêiiie bord, on est rivaux ! Clemenceau se dit qu'il peut redevenir ministre 1... que je peux le devenir aussi !...

ClAHISSE, !c toissnt. — Toi?

Vkntbous, se levani. — Quoiî Tu le sais bien! Tu sais bien que, dans une des dernières combinaisons, à la suite de mon fameux discours sur la question agricole, ou est venu tout de suite m'offrir... le portefeuille de la Marine.

Clarisse, «'asseyant â droite de la lablc. Oui, oll!...

Vbntboux. — Ministre de la Marine! tout de même, heinî tu me voisT

CLAitrssE. — Pas du tout.

Ventrou.\", vc\c. — Naturellement.

CLABI3SE. ~ Ministi-e de la Marine! tu ne sais même pas nag;er!

VbntbOux. — Qu' ça prouve, çaî Est-ce qu'où a besoin de savoir nager pour administrer les affaires de l'Etat r

CLAHiasE, — Pauvres affaires!

VeNTKOUX, tout en parlant, gagnant par le fond, la gauclie de la scène, de fa(on d descendre à lauche de la table. —

Oui, e'est entendu! Oh! d'ailleurs, je me demande pourquoi je discute? On n'est jamais prophète dans son pajs. Heureusement que ceux qui ne me connaiBsent pas me jugent d'autre faijon que toi! S'as.

Ehl bien, je t'en supplie! n'entrave pas ma carrière en compromettant une si belle situation par des imprudences dont l'effet peut être irreparable.

CbABisaF., haujjani les épaules, — Irréparable 1...

Ventroux. — Songe que tu es la femme d'un ministre de demain! Eh! bien, quand tu seras ministi-esse, est-ce que tu (e baladeras dans les couloirs du ministère en chemise f

Clasisse, — Mais non! bien entendu!

Ventroux. — Et quand je dis ministre! On ne sait pas! C'est le beau du régime: tout le monde peut aspirer quelque jour ii dei-euir prfeident de la République. Eh! bien, que je le denenne! (Elevant la

main comme pour parer L une atijectian.) mettons! On

reçoit des rois!... des reines! Est-ce que tu les recevras en chemise?

Clarisse. — Oh! non! non!

Ventroux. — Est-ce que tu te montreras h eux comme çaî

Clarissk. — Mais non, voyons!... Je mettrai ma robe de chambre.

Ventroux, s* levant en se prenant la iê(c à deux manu.

— Sa robe de chambre! elle mettra sa robe de chambre!...

Clarisse. — Enfin, je mettrai ce que tu voudras!

Vehtrocx, devant la table. — Non, c'est effrayant. ma pauvre enfant! tu n'as aucune idée de ce que c'est que la coi'i'ection.

Clarisse, se dressant avec un geslc indigné. — Moiî Ventroux, avec indulgence, en hii prenant la main, —

()b! Je ne t'en veux pas! Ce n'est pas du vice, chez toi ; au contraire, c'est de l'ingénuité. N'empêche que, par deux chemins opposés, on arrive quelquefois au même résultat.

!t passe n° i.

Clarisse. — Oh! cite-moi un cas!... cite-moi un cas où j'aie été incorrecte!

Vbntroux. — Oh! pas bien loin à chercher! pas

plus tard qu'hier, tiens, quand Deschanel est venu

Clarisse. — Eh! benî

Ventroux. — Il n'y avait pas cinq minutes que je te l'avais présenté, que tu ne trouves rien de mieux à lui dire que : « Ahl que c'est curieux, l'étoffe de votre pantalon ! Qu'est-ce que c'est que ,ce tissu-là f » Et tu te mets à lui peloter les cuisses!

Clarisse. — Oh! les cuisses, les cuisses! Je ne m'occupais que de l'étoffe.

Ventroits. — Oui, mais, les cuisses étaient dessous! Tu trouves que c'est une tenue ï

Clarisse, — Eh! ben, comment voulais-tu que je fasaef Je ne pouvais pourtant pas lui demander d'ôter son pantalon, à ce monsieur que je voyais pour la première fois!

Ventroux, écartant de grands bras. — Voilà! Voilà! Mais tu pouvais le passer de tâter l'étoffe! II me semble que Deschanel a un passé politique suffisant pour te permettre de trouver autre chose à lui dire que de lui parler de son pantalon!... surtout avec gestes à l'appui.

Clarisse, gagnant l'cstrême gauciie. — Oh! tu vois du mal dans tout.

Ventroux, haussani Ica épaules, loiii en remontant. —

Ah! oui, je vois du mal dans tout!

Clarisse, se retoumam brusquement et allant s'asseoir

il gauche de la table. — Non, mab je te conseille de critiquer, toi qui es si sévère pour les autres! Tu parles de ma tenue! Eh! bien, et la tienne!., l'autre joiirt... au déjeuner sur l'Iierbeï.,. avec M"' Dieumainourï

Ventroux. — Quoif Quoif M"* Dieimiamourf Clarisse. — Quand tu lui as sucé la nuquef Tu trouves cela convenable î

Ventroux. — Quand je lui ai... (Se prenant l« front .î deux mains.) Ah! uou, nou ! Quand les femmes se mêlent d'écrire l'histoire!.,.

Il s

^lied à

Clarisse. — Quoiî Tu ne lui as pas sucé la nuque î

Ventroux, avec force. — Si, je lui ai sucé la nnque! Evidemment, je lui ai sucé la nuque! Je lui ai sucé la nuque, et je m'en vante! C'est tout à mon honneur!

Clarisse, — AhT„, tu trouves!

Ventroux. — Tu ne penses pas que ce soit par un désir inspiré par ses quarante printemps, et les trous de petite vérole qu'elle a sur le nez..,î

Clarisse. — Est-ce qu'on sait jamais, avec les

Ventroux. — Oui, oh! ben, je t'assure!... Seulement, elle avait été piquée par une mauvaise mouche; la piqûre avait un sale aspect ! c'était déjà tout enflé ! je ne pouvais pas la laisser crever du charbon par respect des convenances!

Clarisse, haussant 1» épaules, — Du charbon ! Qu'est-ce que tu en sais, si la mouche était charbonneuse}

Ventroux, sur un ion coupant. — Je n'eu sais rien!... Mais, dans le doute, je n'avais pas à hésiter. Une piqiàre de mouche peut être mortelle, si on ne cautérise pas, ou si on ne suce pas immédiatement la plaie. II. n'y avait rien pour cautériser; je me suis dévoué! J'ai fait ce que commandait la charité chrétienne!.,. (Geste large, put»:) J'ai SUcé!

Clarisse. — Oui, ah! c'est commode! Avec ce système-là, il n'y a plus qu'à sucer la nuque ik toutes

;;bv

L'ILLUSTRATION THBATRALE

les feouues qui tous plaisent, sous prétexte qu'elles ont peut-èlre Été piquées par une mouche charboa-

Ventroux. — Là! làl Qu'esUee que tu vas chercherT Alors, tu crois que c'est pour mon agrément que j'ai fait çat

Clarisse, bus connciion. — Non ! non !

Venteioos. — J'en ai gardé pendant deux lieures un ^oût de vieille chandelle et de cosmétique l'a dans la bouche ! Si tu trouves que ce n'est pas méritoire 1

Clasibbe. — Oh! si! si! Tout ce que les autres font, c'est mal! mais, toi! c'est toujours admirable!

- Je 11

dis pas ça!..

Ven TROUS.

Clabissii^ bi

mari toujours assis. — Tout de même, moi, si j'avais été sucer la nuque à M. Deschanel !... Ah ! beu, merci ! qu'est-ce que j'aurais pris pour mon rhume!

Elle dcsctiid n° ;.

Vehtboux. — Oh ! ben, tiens, naturellement !

Clabibbe. — Voilà! voilà! Qu'est-ee que je di-

SaisT CSe campant devant son mari.) et tU appelles cela

de la justicef

VbSTBOCX, lui prend la main, I» regarde «i dodeUnani de ta tête; puis, avec un rire indulgent. — Ob ! tiens! tU

as un mode de discussion qui vous désarme!

Clabisse. — Quoi! C'est pas vrait

VeNTROUX, l'attirant S lui, rt à pkinc vois, en appuyant

sur lea mois. — OiU, là! oui!... tu as raison !... tu as toujours raison! c'est la dernière fois que je suce la nuque à M'" Dieumamour!

Clarisse, vivement. — Ohl je ne te demande pas ça! Si elle est repiquée, celte malheureuse, ton devoir d'homme... !

VEHTBOnx, — lÀI eh! bien, tu vois bien que tu es de mon avis!

Clarisse, tout contre lui. el sur un Ion pleurnichard. —

Mais c'est qu'aussi lu m'irrites! tu me dis des choses blessantes ; alors, c'est plus fort que moi, je me bute.

Ventroux. — Moi, je te dis des choses blessantes 1

Clarisse. — Oui! que je me promène tonte nue et que j'ai sucé la nuque à M. Deschanel.

Ventroux. — Je ne t'ai jamais dit ça!

Clarisse. — Non, enfin, que j'ai pincé les cuisses à M. Deschanel.

Ventrou.x. — Enfin, sapristi, quand lu fais <Ie« ijhoses que je désapprouve, j'ai bien le droit <ie te faire des observations.

Clarisse, s'asseyam sur «m etnou. — Je ne dis pas le contraire, mais tu peux me les faire genlimenl! Tu eàs bien que, quand tu me parles avec douceur, tu fais de moi tout ce que tu veux.

ViNTROCS. — Eh! bien, soit! gentiment, là! Je te supplie de ne plus te promener toujours en chemise comme tu lefuis.

Clarisse. — Eh ! bien, oui ! dis-moi ça fomme ça !

Ventroux. — A la bonne heure! Voilà ramme j'aime à t'entendre parler !

Clarisse, la têie sur son épaule. — Tu vois comme ■e suis raisonnable, quand lu vens.

nenl. Victor,

Les vSias, VICTOR

Ventroux, toujours assii, maia M redressant sur 11 paume de» mains. — Ueint Quoit Qui eet là?

Victor, sans se retourner. — Moi, mousieuf!

Clarisse, dans la fenêtre, ramenant contre elle le bas du rideau sant défaire l'embrasse. — Ne regardez pas!

Ne regardez pas!

-Oh!...'*'"

Ventroux, trav«»ni la scène « avec rage. — Ah!

R Ne regardez pas! Ne regardez pas! n II est bien

Clarisse, pour le calmer. — Mais je suis denriâre le rideau!

Ventroux, devant le canapé. ~ Qu' ça fait, çaî 11 t'a vue en chemise, maintmant, ce garçon.

Victor <i), sur le même ton blasé. — Oh!... je ne suis pas nouveau dans la maison !...

Ventroux, dcsccn.iant à rottême droite. — Ça y est ! voilà! c'est clair! ce n'est pas la première fois qu'il te voit en chemise ! C'est charmant !

Clarisse (j). — Je t'assure, mon ami... !

Ventroux. remomam prê» du canapé. — Oh! laissemoi tranquille! Quand tu sais qu'une chose m'est désagréable... !

Victor, dans un bon sentiment. — Que monsieur

ne se fasse pas de mauvais sang! J'ai ma payse,

Ventroux, bondissant sur lui. — Qu'esl-ce que vous dites? Ah çà ! dites donc, vous, <( Vous a\'ez votre jiayse »! l'iît-ce que vous supposez que madame...?

Victor, proi.-stant. — Oh ! monsieur... !

Ventroux. — Enfin, quoit Qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce que vous voulez?

Victor. — C'est pour dire à monsieur qu'il était venu ce malin un monsieur qui a laissé sa carte.

Ventroux, lui arrachant la carte d'un seile sec. — Qui

ça? (Payant n" i tout en maugréant.) Cette façon de

fourrer son nez partout!... (Ayant lu.) Ah! non! c'est pas possible? Ab! bien, celle-là! Il est venu, lui?... Victor. — Lui, parfaitement !

Ventroux, pour le rappeler è Tordre, sut un ton bourru. — Quoi? Quoi " lui n? Qui, ,< lui »?

Victor, sans ee d^conccncr, — Ce monsieur; et il a dit qu'il repasserait à quatre» heures et demie.

Ventroux. — Ah! bien, celle-là!... (Brusquement à Victor.) Ça va bien! Allez!

Il descend à droite.

Victor. — C

Clarisse, so Ventroux. ■

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