UNE CHAMBRE D A
Fig. 10.
ÉDIO NE
entourée de tous les falbalas de la coquetterie féminine, soit allongée sur une chaise longue et savourant les premières félicités de la maternité.
Dans cet ordre d'idées il convient de donner une place spéciale à la gravure de BERNARD Picarr (fig. 10), le célèbre artiste du commencement du xvue siècle, gravure dont je dois la communication à l’obligeance du D' CaBaxÈs. C’est le véritable état post partum.
L'enfant vient de naître et la parturiente repose dans son lit entourée de soins affectueux. Sa position indique bien la lassitude naturelle qui succède à ce long travail ; le bras est nonchalamment étendu sur les couvertures ; la tête, inclinée vers un personnage qui lui parle, semble n'avoir pas la force de se retourner vers une servante qui lui tend un breuvage réconfortant.
Quel est ce personnage — le seul homme assistant à cette scène — qui, assis dans un grand fauteuil, à droite de la jeune mère, paraît lui raconter des choses intéressantes ? Son costume négligé, bonnet grec, robe de chambre et pantoufles, joint à son air de jeunesse, laisse supposer que c'est l heureux père. Sa main droite est familièrement placée sur Le coude de sa compagne, tandis que la gauche esquisse un geste démonstratif et convaincant.
Au premier plan, à gauche, un groupe féminin s'occupe de l'héritier présomptif. L'une. la plus aristocratique du groupe, assise sur une chaise, tient le jeune mioche sur ses genoux et verse de l’eau sur son sinciput ; une autre tient une aiguière pour aider à cette première toilette; deux autres, l'une debout, l’autre assise surun tabouret, suivent du regard les mouvements de l'enfant Plus en avant, une servante soulève le couvercle d’une marmite dont s'échappe une épaisse vapeur.
Bernard Picart a encadré cette scène avec un souci du détail qui rappelle Abraham Bosse. Le parquet, les tapisseries. le chambranle et les panneaux des portes, une console chargée de flacons, un cartel, une bassinoire, une boîte à médicaments, le berceau et jusqu’au petit chien couché sur un tabouret donnent à cette scène d'intérieur un air vécu qui est d’un charme exquis.
Je n’insisterai pas sur les tableaux similaires, car on conçoit que la vision poétique d’une jeune mère a dû tenter bien des artistes ; mais ce serait sortir de notre sujet que d’en essayer même la nomenclature.
Poitiers. — Société française d'imprimerie et de Librairie.