SCÈNE VI
GASTON
Nous verrons.
JEANNE
De grâce... laissez-moi seule... Moi je n'ai rien à craindre, j'en ^uis sûre... laissez- moi... partez, je vous en prie à
genoux ! (EUe se jette à ses pieds.)
GASTON, la releTant et la soutenant.
Je ne puis, n'insistez pas davantage, c'est inutile... Ma pauvre enfant, je vous demande bien pardon!... je vous demande bien pardon!...
JEANNE
Mon Dieu! mon Dieul... ayez pitié!... (EUe se jette sur \»
canapé et cache sa tAte dans ses mains. On l'entend sangloter. — Gaston s'avance résolument de quelques pas et reste deboat, froid et grave, les yeux attachés sur la porte. — Une longue pause d'anxiété.)
GASTON, étonné et déjà légèrement mal à l'aise après celte longue et vaine attente.
C'est assez bizarre, (une nouvelle pause de silence et d'inquiétude. — Gaston se retourne lentement vers Jeanne qui, surprise elle-même, a soulevé sa
tête et l'interroge du regard.) C'est bien bizarre... Qu'ost-ce que cela veut dire? Comprenez-vous? (Eiie fait tristement signe que non.) Qu'est-ce qui se passe?
JEANNE, en enfant.
Je ne sais pas.
GASTON, perdant contenance, fait quelques pas arec embarras.
C'est excessivement... extraordinaire... (comme pris d'une idée
soudaine, et se tournant brusquement rers la jeune femme.) EnHn...
c'était bien votre mari, n'est-ce pas?
JEANNE
Mais certainement.
GASTON
C'est que je le connais à peine, moi... je l'ai aperçu une fois
ou deux... et cela est si singulier, vraiment... (s'approehant d'elle.) est-ce qu'il n*a pas dit en sortant : Tout à Theure I
Oui, je pense,
GASTON, de plus en pi as décontenaneé
Ehl bien... tout à Pheure, généralement... enfin!
JEANNE, joignant les mains do sa plaee.
Partez !
GASTON
Non, non, assurément... quoique en vérité, j'en eusse le droit, je crois... Car qu'est-ce que cela signifie? Cela n'a pas de nom... C'est inqualifiable... on ne laisse pas un homme dans une situation pareille. — Vous le disiez un peu original... mais extrêmement, je trouve, extrêmement!..
JEANNE, se leraot toat h coup
JeTentends!
GASTON
Ahl j'aime mieux cela !