CHAPITRE I
qui avaient adopté Minerve comme le type le plus idéal parmi les divinités : ils préparaient ainsi un accueil favorable à leurs théories.
Mais on voit combien le sentiment national chez les anciens mêlait à son ardeur quelque chose d'étroit. Qu'importait après tout aux Athéniens que le culte de leur grande divinité fût venu ou non d'Egypte ? N'élait-elle pas devenue leur création ? En la parant d'une grâce céleste par leurs poétiques fictions, en lui donnant la science, la sagesse, la valeur, la chasteté, toutes les vertus de la femme et tout le génie de l'homme, n'avaient-ils pas effacé les traces de son origine étrangère? Par leur piété ils avaient surpassé tous les peuples rivaux ; ils avaient quitté leur nom pour prendre celui de leur protectrice ; le ciseau de leurs grands artistes lui avait donné la vie et une beauté immortelle sur la terre ; ils lavaient fixée à jamais parmi eux en lui élevant les temples- les plus magnifiques ; et même dans l'imagination de la postérité la plus reculée. Minerve ne peut apparaître que sur le rocher de l'Acropole et parmi les ruines du Parthénon. Quant à l'interprétation du mythe de Minerve et des légendes qui s'y rattachent, soit qu'on y veuille voir simplement un voile des faits historiques, ou bien la personnification allégorique des progrès de l'agriculture et de la civilisation, ou enfin un système astronomique et philosophique plus élevé encore, ces questions ne peuvent trouver leur place
au début de ce livre. Les arts sont ennemis des abstractions. Ils vivent d'imagination et de poésie, mais de cette poésie qui leuF présente la forme plutôt que ridée , la forme revêtue de fictions vivantes, de tous ses attributs matériels. Dites à Phidias que la dispute de Neptune et de Minerve, c'est la colonie phénicienne chassée par la colonie égyptienne ; — qu'Érechthée, c'est le blé confié à la terre, et Pandrose la rosée qui le fait croître ; — que Minerve, c'est l'esprit de lumière et de vie qui réside dans le soleil et la lune, et osez lui demander ensuite des chefs-d'œuvre! Qu'on me permette donc de reproduire les fables qui entourent le berceau d'un peuple , d'autant plus charmantes qu'elles sont plus naïves. Qui voudrait les dépouiller de leurs mensonges, lorsque l'art qu'elles ont si admirablement inspiré les a en retour consacrées et faites immortelles?
Cécrops, par les bienfaits d'une civilisation inconnue, attira promptement autour de lui les habitants de l'Âttique, dispersés jusque-là, errants et misérables. C'était le temps oii les dieux parcouraient la terre, prenant possession des villes où l'on devait leur rendre im culte particulier. Neptune vint le premier, et, frappant le roc de son trident, fit paraître la mer au milieu de l'Acropole. Minerve arriva à son tour , et , appelant Cécrops pour qu'il lui servît de témoin , planta un olivier chargé de ses fruits. Cécrops réunit alors les hommes