‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 45 sur 124 · HAUTEUR DES COLONNES · texte numérisé non relu

HAUTEUR DES COLONNES

une hauteur totale de 34 coudées irréductible en un nombre entier d'assises de moellons, et qu'il eût été impossible dans cette hypothèse de faire coïncider la face inférieure de l'entablement avec un lit de maçonnerie; résultat inadmissible. Je ne parle pas des hauteurs de 24, 25 et 28 coudées. Outre qu'elles ne seraient pas en harmonie ni avec la hauteur des tronçons découverts, ni avec les dimensions de la base ou du chapiteau, elles partageraient, avec la hauteur de 27 coudées, le vice rédhibitoire de placer la sablière trop haut ou trop bas par rapport aux assises

FIG. 206. — BASE DE COLOSNE AU NOM DE DAnil'S. (FOUILLES DE SUSE.)

des murailles et des antes. Dans l'hypothèse où je me suis placé, les hauteurs cumulées de la base (3"^), du fût (26'=), du taureau (4"), atteignent au contraire à un total de 33 coudées équivalent à 55 pieds ou 110 assises de moellons (fig. 206).

La restitution des cotes défaillantes de la colonne intérieure ne souffre, non plus, aucune difficulté. En tenant compte de la similitude géométrique, on peut même dire de l'identité, des ordres persépolitains susmentionnés et des ordres susiens de l'apadâna, on donnera à l'ensemble des deux campanules du chapiteau intérieur la même hauteur qu'aux volutes, soit 5 coudées et demie (3", 20); et au fût, 18 coudées (10", 49). En ce cas la hauteur totale de la colonne de l'ordre intérieur

mesurerait 36 coudées (20°',99), répondant à 00 pieds (21") ou 120 assises de moellon' (fig. 208).

Qu'elles soient mesurées ou complétées par le calcul, les dimensions essentielles des deux ordres sont donc rigoureuses. Les détails directement relevés et contrôlés au moyen des cotes prises à Persépolis par M. Pascal Coste, par moi et plus tard par M. Babin-, m'ont même permis d'inscrire dans les grands ensembles ainsi tracés les profils des deux campanules du chapiteau, brisées en trop menus fragments pour être rapportés en France. On trouvera ci-contre (fig. 207 et 208) des croquis cotés beaucoup plus instructifs que de longues explications.

Comment les colonnes étaient-elles assemblées et dressées, comment les taureaux étaient-ils mis en place ?

Un passage d'Hérodote' nous apprend que les Perses ou leurs auxiliaires étaient capables de jeter un pont de bateaux sur l'Hellespont. L'exécution d'un pareil travail, le raidissement des cinquenelles auxquelles étaient amarrés les bateaux implique la connaissance des poulies* et l'usage courant d'engins capables de produire des efforts considérables et de câbles assez résistants pour les supporter. Dans cet engin qu'Hérodote nomme âne de bois, je vois — étant donné l'effort à produire — un cabestan. Le cabestan, la poulie, les câbles sont les auxiliaires du navigateur au même titre que la bigue et comme tels devaient être en usage dans la marine des grands rois. Si l'on se souvient d'autre part que la constitution géologique de la Perse fut toujours un obstacle à la culture forestière \ si l'on remarque que Darius et ses successeurs allaient chercher dans les forêts du Liban les charpentes de leurs palais^, on conviendra que les bois traînés depuis les rives de la Méditerranée jusqu'à Suse représentaient des matériaux trop précieux pour les perdre en vains échafaudages. Je résume donc que les poutres, les solives et les madriers employés dans les plafonds servaient, avant d'être équarries, au levage des colonnes. Enfin, on remarquera que les fûts étaient composés de deux ou trois tronçons, répondant suivant leur hauteur à la longueur des bois de charpente.

1. Celle différence de hauteurs des deux ordres s'observe égalemeiil à Persépolis. MM. Perrot et Cliipiez, qui s'en sonl Irop exclusivemenl rapportés à l'ouvrage de Pascal Coste, ont réglé toutes les colonnes de la salle du trône de Xerxès (la Perse, pi. IV et V) à la même hauteur. Il suffit d'examiner le (lanorama de Persépolis (Dieul., Art ont., vol. II, pi. VII) pour se convaincre qu'il n'en était point ainsi et que les Perses, à Persépolis comme à Suse, avaient nettement accusé le rùle prépondérant de la salle intérieure en lui donnant un commandement de 2 mètres environ sur les portiques latéraux.

2. C. Babin, Note sur la métrologie dans les monuments achéménides de la Perse (voy. p. 358, note 1). Revue arch., année 1891.

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