LEVAGE DE LA CHARPENTE DE LA TERRASSE
charpente solidement liée constituait une base rigide, résistante, propre à soutenir un plancher volant de poutres et de madriers. La bigue elle cabestan installés sur ce plancher servaient au levage du second tronçon et du chapiteau. S'agissait-il de la mise en place des taureaux, on avait le choix entre deux procédés. On pouvait
tiG. 210.
MONTAGE DES COLONMES.
ou les poser au moyen de la bigue ou les faire glisser sur des planches suiffées (fig. 210). Il va de soi que les bois étaient employés en grume et que les pierres étaient seulement épanelées. Le ravalement s'exécutail sur des échafaudages légers suspendus aux charpentes ; l'équarrissage, le levage et la mise en place des bois
du plafond, sur le dernier plancher, alors que les colonnes déjà raidies et immobilisées par les liens encastrés entre les cous des taureaux et par les sablières pouvaient être privées de leurs tuteurs.
On voit combien devait être pratique, malgré la rusticité des engins et le manque de bois spéciaux de charpente, la construction de ces immenses apadânas. 11 ne faut pas croire non plus que le nombre des ouvriers ait été considérable. Cent vingt manœuvres employés au cabestan suffisaient et au delà. Ajoutez à ce chiffre les appareilleurs, les maçons, les charpentiers, les tailleurs de pierre au nombre de cinquante à soixante ; admettez un chantier par portique et trois chantiers répartis sur toute la surface de la salle, et vous atteindrez à un total de huit cent à mille artisans ou manœuvres. Ce chiffre est peut-être un maximum. Dans ces conditions, la marche du travail devait être rapide; j'évaluerai à deux ans environ le temps nécessaire pour construire l'apadàna.
On sait combien est aléatoire la restauration de la charpente des très anciens édifices. Les bois brûlent ou pourrissent, les toitures s'effondrent entraînant dans leur chute les crêtes des murailles ou les laissant sans défense contre les forces destructives de l'atmosphère. Un heureux et bien rare concours de circonstances permet au contraire de rétablir dans leurs formes et leurs dimensions les charpentes des palais persépolitains. L'image de l'entablement gravée sur les rochers de Nakhchè Roustem et de Persépolis (fig. 153), les antes de Méchhed-Mourgab et du Tchéel- Soutoun répondent à toutes les questions, résolvent toutes les difficultés'.
J'ai suivi dans le calcul de l'entablement de l'apadàna susien les règles fournies par l'étude des entablements précités (p. 278), et comme j'ai conduit mes opérations en prenant pour unité le pied de 0'",35, toutes les pièces de la charpente portent rigoureusement sur les lits des murailles. Je renvoie pour les détails aux croquis des deux terrasses qui couvrent l'une la salle (fig. 2H et pi. XV), l'autre les portiques (fig. 212 et pi. XIV). Les deux charpentes sont identiques, seules les corniches des entablements diffèrent. Celle-ci est en bois nu, celle-là est habillée de faïence. La disposition adoptée, imitée du petit palais de Darius pour les portiques et de la façade des tombeaux des rois pour la salle-, a d'ailleurs de multiples avantages (pi. XIV). Elh; laisse à la litre des immortels toute son importance décorative, elle place l'acrolère des portiques exactement au-dessous de la frise émaillée qui couronne les murailles (fig. 212 et 213) et accuse ainsi le commandement de la salle du trône sur les galeries extérieures (pi. XIY et XY).
L'apadàna était-il entouré de murailles et se présentait-il, comme la majorité
1. Dieulafoy, Art anl. de la Perse, vol. I, p. 33, (ig. 30; pi. \\\, XIII et XIV. Vol. II, p. 89, lig. 74; pi. MX.