‹ L'Acropole de SuseChapitre 41 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Histoire de Siise. — Période archaïque. — Population luimilivo. — Négritos de la plaine. — Blancs bracliv-

céphales de la montagne. — Memiion. — Koudour Xakliounla, guerre contre la Chaldée et la Syrie.

Koudour Lagonier. — Abraham. — Période ancienne. — Bataille de Daban. — Khounibanigach et premières guerres contre iNinive. — Batailles de Kalou et de Douril. — Soutrouk Nakiiounta. — Il s'allie à Mardoukbaliddina, roi de Babylone, contre les Assyriens. — Défaite de la coalition. — Succès des Élamites dans l'Ellibi. — Khalloudouch fait assassiner Soutrouk Xakhounta et lui succède. — (luerres contre Seiinachérib. — Prise de Sippara. — Mort violente de Khalloudouch. — Koudour Nakiiounta. — Succès des Assyriens sous les murs de Bit-Yakin. — Mort violente de Koudour Xakhounta. — Silhac. — Oummanminanou. — Bataille de Khaouli. — Ounianniinannu est trahi. — Ounimaualdach 1" — Oumnianaldach II.— Sa mort violente. — Ourtaki. — Famine. — Prise d'Onr. — Téoumman. — (himmanigach. — Tamaritou. — Indabigach. — Mort violente des derniers rois. — Ounimanaldacli 111. — La Kissie est conquise et annexée à la monarchie assyrienne.

J'ai tenté de faire pressentir à quelle haute antiquité remontaient l'établissement des Négritos sur la rive gauche du Tigre et la constitution de la monarchie susienne. La présence des noirs autour de Suse, clairement annoncée par les phis vieux poètes grecs, eût été admise depuis longtemps, si l'on n'eût pris l'habitude de cantonner les « Ethiopiens » en Afrique et au-dessous du tropique. Ce nouvel Etat noir placé au cœur de l'Asie, et bien sous la latitude d'Alger, dans la région la plus chaude du globe, était fort mal venu de se jeter au travers de thèmes habilement construits. On l'avait donc rayé de la carte, au plus grand profit des Touraniens et des Sémites. Et pourtant les habitants du bas Élam appartenaient à une race noire très antique, apparentée aux Négritos des Indes, des îles de la Sonde, des Philippines et aux métis japonais. Engloutis sous les tlots toujours plus pressés des Sémites et des Aryens, ils se défendirent avec courage, mais finirent par se fondre dans les envahisseurs.

D'où venaient les Susiens de la plaine et les Anzanites de la montagne? A quelles races doit-on les rattacher? J'ai déjà répondu à ces deux questions. Ceux-ci descendaient di^s rivages de la mer Caspienne et avaient avec les Scythes et les Mèdes brachycéphales, c'est-à-dire avec les vieilles races mongoliques, des liens de parenté très étroits. Ceux-là peuplaient l'Asie méridionale dès une haute antiquité. C'est l'histoire de ce double peuple que je vais essayer de retracer. Faute de textes originaux, elle sera malheureusement bien incomplète.

Les textes susiens que l'on possédait n'ont pas été interprétés dans leur entier, et, de longtemps sans doute, on ne pourra lire les briques nombreuses que j'ai rapportées. En cet état, les monuments chaldéo-assyriens sont les seuls qui jettent des clartés, encore sont-elles bien diffuses, sur les guerres où Babylone d'abord et Ninive plus tard furent engagées contre Suse. La Bible fournit aussi quelques renseignements précieux, étant donnée la pénurie des documents mis à la disposition de l'historien.

On ne saurait négliger non plus le témoignage des vieux poètes grecs. Eux aussi avaient ouï parler des Ethiopiens du Levant, les plus sages et les plus lointains des hommes, de leur chef Memnon, fils de Tithon et de l'Aurore suivant les uns', de ïithon et de Kissia suivant les autres". Après la mort d'Hector, Memnon apparut sous les murs de Troie à la tète de ses régiments blancs et noirs \ se jeta dans la ville de Priam et fut tué par Achille. Indications aussi ténues qu'elles sont glorieuses pour Suse, car l'existence de Babylone et de Ninive, ses puissantes rivales, était ignorée de la Hellade à l'époque où les mythologues grecs célébraient le héros kissien jusque dans ses ascendants.

Malgré ses énormes lacunes, l'histoire d'Élam témoigne du patriotisme ardent et de l'invincible énergie de la nation, vertus bien rares qui rendent le sort des vaincus plus enviable que la gloire des vainqueurs.

Chétive province, la Susiane lutta pendant deux siècles contre toutes les forces de Ninive arrivée à l'apogée de sa puissance. Plus tard les Uxiens et les Cosséens ne subirent jamais le joug des Perses; et alors que, maîtres de l'Asie occidentale, les grands rois se rendaient de Suse à Persépolisou de Babylone à Ecbatane, ils devaient acquitter un droit de péage entre les mains des montagnards. L'Élymaïde enfin ne reconnut jamais l'autorité des Arsacides, des Sassanides ou des Arabes, et encore de nos jours les tribus bakhtyaris (heureuses) vivent à peu près indépendantes.

Vers le commencement du troisième millénaire vivait à Suse Koudour Xakhounta, le plus ancien roi susien dont le nom nous soit parvenu.

Dès cette époque, la rive droite du Tigre obéissait à des princes déjà civilisés, si l'on en juge par les merveilleux cylindres que gravaient les artistes chaldéens. La prospérité naissante de ses voisins effaroucha Koudour Nakhounta. 11 est permis de le croire, car le roi de Kissie descendit en Chaldée, ravagea la contrée depuis Our jusqu'à Babylone, mit à sac les principales villes, pilla les temples et emporta l'omme trophées les images des dieux chaldéens.

« Le roi d'Elam Koudour Nakhounta, qui n'adorait pas les grands dieux et qui dans sa méchanceté s'était confié à ses propres forces, mit la main sur les temples du pays d'Accad et il emporta la statue de la déesse Nanà. Ses jours ont été comblés et son pouvoir fut immense. »

Ces faits se passaient en l'an 229o avant Jésus-Christ. La date est fournie par une inscription d'Achchourbanipal, le vainqueur des Élamites et l'auteur du récit.

« Les grands dieux permirent ces choses, et pendant deux nères sept sâsses et

i. Hésiode. Voir sup., p. i'à.

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