r.. Smith, Hist. of Assurb., p. 20o à
L ANZAN-SOUSOUNKA ANNEXÉ A L'ASSYRIE. 77
et qui jusqu'alors n'avaient pas été touchés ; je les ai jetés bas. J'ai envoyé en captivité les dieux et les déesses. Leurs forêts sacrées, dans lesquelles personne n'avait encore pénétré, dont les frontières n'avaient pas été franchies, mes soldats les envahirent, admirant leurs retraites, et les livrèrent aux flammes. Les hauts lieux de leurs rois, les anciens et les nouveaux, qui n'avaient pas craint Achchour et Ichtar mes seigneurs, et qui étaient opposés aux rois mes pères, je les ai renversés, je les ai détruits, je les ai brûlés au soleil; j'ai emmené leurs serviteurs au pays d'Achchour, j'ai laissé leurs croyants sans refuge, j'ai desséché les citernes'. »
Oummanaldach ne s'avoua pas vaincu. A l'exemple de ses plus antiques prédécesseurs, à l'exemple de ses pères, il se retira dans les montagnes de l'Èlam. Mais toute la population valide, tous les hommes en état de porter les armes avaient succombé ou étaient captifs des Assyriens. Le fugitif essaya d'acheter la paix au prix de la tête de Naboubelzikri. C'était, on s'en souvient, pour n'avoir pas voulu livrer ce prince à son suzerain, qu'lndabigach III avait attiré la guerre sur l'Élam. JNaboubelzikri aima mieux se faire tuer par son écuyer que de tomber vivant aux mains des ennemis. Achchourbanipal fit recueillir le corps, et ordonna (jue le tronc du malheureux prince fût abandonné aux fauves et aux oiseaux de proie. Quant à la tête, proprement salée et préparée, elle fut suspendue dans les jardins du palais, vis-à-vis du lit royal. En se mettant à table avec la favorite, le souverain se délectait ainsi de la face grimaçante de son vassal".
La poursuite d'Oummanaldach ne fut pas ralentie. Traqué de vallée en vallée, poursuivi de refuge en refuge, le dernier roi de Suse fut amené captif à Babylone. il y trouva deux de ses compétiteurs, Tammaritou et Pakhé, et compléta avec ces princes et le cheikh arabe Ouaitèh un attelage pour traîner au temple le char de guerre du vainqueur \
L'Élam était dompté, mais Achchourbanipal sortait si meurtri de la lutte, qu'il n'osait marcher contre l'Egypte et la Lydie révoltées, et résignait ses droits de suzerain plutôt que d'entreprendre une nouvelle campagne. L'Elam était mort, mais le triomphateur avait été si grièvement blessé dans le combat, que vingtcinq ans plus tard il suivait sa victime dans la tombe.
Il est au cœur des hommes des lésions que le temps lui-même ne cicatrise jamais, et dont la cuisson ne saurait être atténuée que par le souvenir du devoir accompli.
Devant le vainqueur, l'armée nationale accomplit son devoir quand l'ennemi
1 . Maspero, Hist. anc, p. 468, d'après Smitli, Hist. of Assiirb., p. 247.
2. Lenormant, Prem. civil., t. II, p. 306. G. Sinilh, Hist. of Asswb., p. 20o à 2b5.
3. Maspero, Hist. anc, p. 469. G. Smith, Hht. of Assurb., p. 300 à 307.
s'installe sur des ruines, quand le dernier défenseur lutte jusqu'à la dernière heure pour l'indépendance de ses foyers.
Ce combat suprême. l'Anzan-Sousounka l'a combattu. Ce sera son éternel honneur.
L'histoire de la dernière guerre élamite est grande d'enseignement. Si la fortune militaire, la plus capricieuse des déesses, eût enrayé les succès d'Achclinurbanipal, si le roi d'Assyrie eût été détourné de son œuvre d'extermination par une révolte lointaine, l'Élam eût repris assez de force pour repousser le dernier assaut ou tout au moins en atténuer l'effet. Puisque la ruine de Ninive était prochaine, le Pygmée eût survécu à son ennemi séculaire et, malgré l'énorme disproportion des forces, assisté à la chute du géant. L'Anzan-Sousounka nous a (Miiin légué ce suprême enseignement : lorsqu'un peuple se sent capable de sacrifier à la défense de son indépendance toute sa fortune, tous ses enfants, les plus puissantes armées ne prévalent pas contre son patriotisme et son opiniâtre résistance.