FIG. 4G
CHEVASSE Slll-EST DU DOiNJON.
roc. Les rayons entlammés du soleil élamile avaient l'ait leur (euvi-e'. l'n nouvel examen des crevasses était d'autant plus opportun que le chah venait de nous retirer les tirmans de concession. Si les fouilles eussent fourni une plus longues carrière, j'aurais mis à profit mes découvertes ultérieures, poursuivi le déblayement
1. Les auteurs anciens, qui rcllélaient les impressions des soldats d'Alexandre, pourtant bien aguerris, laissent entrevoir à travers leurs exagérations combien est terrible le soleil de la Susiane. Strabon (1. XV, § 3, 10) prétend que les lézards et les serpents qui essayent l'été de traverser une rue de Suse « meurent grillés à moitié chemin »; que le blé jelé dans le sillon saule comme des pois dans une poêle rouge; que l'eau d'une baignoire entre en ébuUition lorsqu'on l'expose en plein soleil. Quant à moi. j'ai constaté au soleil, vers le milieu de juin, une température de 72 degrés centigrades, et il parait que les mois de juillet et d'août sont bien plus chauds que les mois précédents.
des chambres de l'enceinte, et cheminé sans impatience, mais aussi sans hésitation, dans la direction des palais. C'était une œuvre considérable, nécessitant, pour être conduite à bonne fin, do gros capitaux et de longues années. Désormais les uns et les autres faisaient défaut.
En persistant dans la voie où je m'étais engagé l'année précédente, je risquais de loucher au port et de ne pas débarquer.
A une nouvelle situation devait correspondre un nouveau programme. Avant de confier au sol de coûteuses semences il était sage de récolter les moissons déjà mûres.
J'abandonnai donc le déblayement de la fortification intérieure pour rejeter toutes mes forces sur le périmètre général de l'Acropole et sur le tumulus du nord.
C'est dans ces circonstances, utiles à rapporter, que je repris l'étude superficielle du terrain.
L'examen journalier des crevasses poursuivi avec l'expérience acquise durant la première campagne me fit bientôt distinguer, le long des flancs escarpés des tumulus et des anfractuosités, des terres de trois natures différentes. D'abord, des massifs compacts, durs, fibreux et de teinte chaude, qui semblaient saillii- audessus de l'enveloppe générale du tumulus. Attaqués à la pioche ils se brisaient en quartiers volumineux, présentant parfois des plans de clivage. Un examen attentif me fit découvrir que les blocs ainsi détachés étaient composés de moellons liémicubiques reliés entre eux par un mortier gris moins dur que les matériaux. Ces massifs faisaient partie des murs de terre crue encore en place.
Derrière les murs apparaissaient tantôt des terres grises disposées en longues stratifications, tantôt des terres plus ou moins mélangées de graviers et de fragments de briques crues, fragments isolés et sans position régulière. Les premières appartenaient à des remblais pilonnés, les secondes aux éboulis des murs et aux détritus amoncelés le long des remparts durant une longue suite de siècles. De-ci, de-là je remarquai, au voisinage de la ligne divisoire des terres rouge et grise, des traînées caillouteuses plus ou moins distinctes.
Il importait au plus haut point de séparer les terres et les matériaux dont semblaient se composer les enceintes fortifiées. Je clioisis quelques crevasses profondes, normales aux flancs du tumulus.
Dès les premiers coups de pioche donnés sur la traînée caillouteuse, mes ouvriers pénétrèrent dans une masse de gravier B (fig. 47, 48 et 49), comprise entre deux parements parallèles, verticaux et distants de 64 centimètres. La face de la chemine oi-ientée vers l'extérieur s'appuyait sur les terres rouges, c'est-à-dire sur le mur, le parement intérieur sur les remblais pilonnés.
Cette découverte était capitale.
ASSAINISSEMENT DES HEMBLAIS.
Il est do règle, dans les travaux de terrassements, d'intercaler entre les remblais et les murs de soutènement une couche de cailloux ou de pierre cassée. La chemise, tel est le nom de cet ouvrage, assèche la surface des remblais peu perméables, draine les eaux, leur livre des issues faciles et prévient les effets désastreux de la poussée des terres humides.
FIG. 47. — TRACÉ UES ENCEINTES (cr.EVAbSE DE l'eST).
Pareille précaution est toujours bonne; à Suse elle était excellente. 11 s'agissait d'assainir des superficies considérables — 50 à 60 hectares, — des habitations ou des murs de soutènement bâtis en briques crues, fondés sur des terres rapportées, et de résister à des tempêtes hivernales d'une violence et d'une durée inconnues sous nos climats.
Le rôle et la situation relative de la chemise bien établis, il devenait facile de
iL'lrouver la tranchée de cailloux dans tous les points où elle n'avait pas été détruite ou ensevelie sous une couche trop épaisse de décombres, et d'isoler la paroi intérieure du mur de soutènement.
Songeant alors à pratiquer dans la fortification des coupes transversales perpendiculaires aux courtines, je choisis, afin d'éviter d'immenses et coûteux déblais, quelques larges et profondes crevasses. Le travail de nettoyage se poursuivit dans des conditions d'autant meilleures que les fondations de la deuxième enceinte étaient parfois exécutées en briques cuites.
Le profil de l'enceinte fut bientôt déblayé et reconnu (fîg. 47 et 48; 101 et 102; 49, 50 et 51, pi. I et II).
Il comprend les ouvrages suivants :
I^Un fossé rempli d'eau courante mis en communication avec le Chaour. On retrouve la trace du fossé tout autour de l'enceinte. Murailles ruinées, éboulis, poussières chassées par lèvent, boues apportées par les eaux ne sont pas parvenues à niveler le sol. Je n'ai pu, faute de temps, déterminer les dimensions du fossé, mais elles devaient être considérables, car la terre employée dans la maçonnerie des murailles provenait des chambres d'emprunt creusées auprès des remparts, comme nous l'apprend Hérodote * et comme le montrent du reste les reliefs du terrain.
En comparant les mesures relevées sur le sol au cube des murailles, je proposerais de fixer provisoirement à 120 mètres la largeur du fossé, et à 20 mètres sa profondeur.
Ces chiffres, j'ai hâte de le dire, sont d'autant plus approximatifs (|ue les dimensions des chambres d'emprunt variaient on raison de riniportanee des ouvrages superposés. Derrière la citadelle la largeur de la fouille devait dépasser 200 et peut-être 300 mètres.
2" Une escarpe couronnée par une faus.se-hrait\ dont je n'ai pu relever les dimensions, mais assez large pour résister au poids de la fortification et constituer, entre le pied du rempart et la crête du fossé, un premier chemin de ronde. 3° Au-dessus de la fausse-braie s'élevait un avant-mur (A) (fig. 48 et 49) de dimensions cyclopéennes. Plein, épais de 60 pieds (21", 50), bâti en moellons de terre crue de \ pied (0", 358) de côté sur 1/2 pied (0'°,179) de hauteur', il s'arasait à la cote 0, comme le montre le carrelage du chemin de ronde découvert en maints endroits (fig. 128).
A la puissance des maçonneries extérieures, on reconnaît le type de ces murs énormes qui portaient la demeure des souverains assyriens.
2. Je montrerai dans l'appendice métiologique inséré p. 2o3, à la (in du cliajiilri' mii, iiiie la Inique de Suse a un pied de côté (O^jSilS) et un demi-pied de hauteur. Les dimensions mesurées et exprimées en hriquK ou jneih ne sont sujettes ni à interpriHation ni à (ireur. [uiisi]ue Tunilé de mesure coirrspond a l'iinilé ((insliiictive.
DESCRIPTION DU PlîOFIL.
Le mur de soutènement extérieur constitue la première enceinte : je lui conserverai le nom d'avant-mur. C'est celui qui répond le mieux à son rôle et à sa situation.
4° Contre la face interne de Favant-mur (A) s'appuyait par l'intermédiaire de la chemise de gravier (B) un massif de terre pilonnée (C) épais de 60 briques ou pieds (23^40) '.
5° Du côté des palais, le remblai était lui-même limité par un mur de soutènement intérieur (D) large de 40 pieds (14"", 40) et composé de trois murs de briques cuites (/,/", /"') comprenant des remblais pilonnés (fig. 47, 48 et 51 1". Les murs de brique cuite s'arrêtent à la cote — 2"", 40 et sont surmontés d'une sole horizontale de gravier destinée, comme la chemise, à drainer les eaux pluviales.
Outre les grands ouvrages ou portions d'ouvrages énumérés, je dégageai successivement :
6° Une murette de brique cuite [e) large de 3 pieds, haute de 2, formant la plinthe extérieure d'un mur de terre (N) de 7 pieds (2", 32) d'épaisseur. La face interne de la murette affleure la chemise de gravier de telle sorte que le parement extérieur est rejeté à 57 pieds (20", oO) de la crèle de l'avant-mur.
La naissance du mur N correspond au niveau du dallage du chemin de ronde, dallage qui comporte de faibles pentes transversales ou longitudinales nécessaires pour écouler les eaux de pluies superficielles.
7° Une seconde murette [e') parallèle à la plinthe déjà décrite et formant ellemême le soubassement d'un mur (M) de 6 pieds (2", 16) d'épaisseur.
Le parement de la murette {e') qui regarde la campagne commence à la cote -|-10 pieds (3", 58) et <à 15 pieds (5", 40) de la face intérieure du mur précédent (N). Quant au parement du mur M orienté vers la place, il repose sur un carrelage de brique réglé à la cote — 5 pieds (l^jSO).
8° Un mur (H, H') (fig. 47, 18 et 50) dont le parement coudé en double baïonnette est distant ici de 103 pieds (37"), là de 115 pieds (41", 20) de la crête de Tavantmur; il s'arrête à la cote — 5 pieds sur le carrelage de brique. Le mur signalé par son parement H mesure 18 pieds (6", 45) d'épaisseur. Puis vient un massif compact de pisé (I), large de 25 pieds (8", 93), soutenu vers l'intérieur par un mur iK) fort détérioré dont le parement se confond au premier abord avec les éboulis qui garnissent la rue du rempart. Un déblayement attentif fait reconnaître dans les murs de brique II, H' et K et le massif de pisé I les éléments constitutifs d'une muraille (G),
1. J'emploierai le plus souvcnl le pied au lieu de la brique. J'insiste de nouveau sur ce l'ail que le pied n'est pas, comme la coudée ou le mètre, un simple étalon métrique. A chaque pied qui entre dans une dimension, correspond dans la maçonnerie une brique en longueur ou largeur et deux brigues en hauteur.
2. Le mur U ne fait pas [larlic intéf.'ranle du profil. Comme le mur en relour D' (lig. 47 et 120 , il apparlient aux ouvrages d'une poterne de la Iroisiènie enceinte.