NOTRE HOMMAGE AU «DEVOIR
Le Devoir fêtera dans quelques jours son dixième anniversaire. Nos amis nous en voudraient de ne point rendre notre hommage à ce grand aîné. A V Action française nous tenons jalousement à l'originalité et à l'autonomie parfaite de notre œuvre. Toutefois nous ne faisons nullement mystère de l'avouer : sans le Devoir, Y Action française fut peutêtre née; elle n'eut pas conquis ses meilleurs succès. Elle a bénéficié largement du réveil que le fier journal a opéré dans les esprits, du concours généreux qu'il ne lui a point marchandé. A tous ces titres, elle lui envoie aujourd'hui le salut de l'épée.
Ce dixième anniversaire va marquer la réalisation d'une grande promesse. Qui ne se souvient des espérances ferventes mêlées d'anxiété que faisait naître en 1910 l'œuvre nouvelle ? Beaucoup parmi les hommes de trente ans avaient déjà assez vécu pour assister à l'effondrement au moins partiel de leurs illusions. Tant d'oeuvres et tant d'hommes avaient promis l'effort superbe de la régénération qui presque toujours avaient ajourné leurs résultats. Cette fois l'entreprise groupait de si beaux talents, manifestait une si profonde intensité de vie, s'appuyait sur une telle force d'opinion qu'une déception nouvelle eut fait penser à une faillite de l'espérance.
Voilà dix ans que l'œuvre vit. Elle n'a pas réalisé le miracle de satisfaire tout le monde. Beaucoup ont reproché et reprochent encore au Devoir, sur le ton tranchant et définitif, les violences de ses polémiques, les erreurs de sa stratégie. Certes, le temps sera nécessaire pour juger cette œuvre selon la juste optique de l'histoire. Mais dans
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cinquante ans, quand on pourra mesurer la somme des services rendus, nous avons peur que beaucoup des critiques d'aujourd'hui paraissent alors bien misérables. Nos prochains neveux, s'ils ont quelques lettres, découvriront, en tout cas, que l'histoire manque parfois singulièrement d'originalité. Dans notre grave époque à nous, ils apercevront encore de ces professionnels de la mansuétude qui n'avaient pas assez de violences pour reprocher violemment aux autres leur manque de douceur; ils admireront ce sens de la justice qui, dans la vie d'un bon serviteur, ne faisait compter que les faiblesses et les erreurs; et ils concluront que, de notre temps comme toujours, il fut apparemment plus facile de rester modéré et d'éviter les fausses tactiques, en robe de chambre et au coin de son feu, que sous la cotte de mailles et en plein combat.
Nous voulons dire tout le fond de notre pensée : l'année 1910 apparaîtra à la prochaine génération comme l'une des grandes dates de notre journalisme politique et national. Pour trouver un événement d'une égale importance, il lui faudra peut-être remonter jusqu'à 1806, date de la fondation du Canadien. Les deux œuvres et les deux époques ne laissent pas d'ailleurs que de se rapprocher par beaucoup de ressemblances. En 1806 c'est une œuvre d'éducation politique et de défense française que fondent aussi Bédard et ses associés. Une tempête de fanatisme alimentée par la presse anglaise monte et grandit tous les jours. Au fond c'est une volonté de pervertir la constitution de 1791 pour achever l'asservissement des vaincus. Dans l'arène du parlement se joue le sort des libertés essentielles. Le sens politique est à créer. Beaucoup parmi les nôtres, par fétichisme de l'autorité, par peur de la bataille, par l'appât des fonctions lucratives, ont une tendance à légitimer le despotisme. L'école catholique et française est assaillie.
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L'affaire de Y Institution royale ne date que de cinq ans. Le Canadien naquit de tous ces besoins; il fut fondé dans le désintéressement par des hommes qui, au moyen des forces politiques, voulaient servir avant tout l'idée nationale. Ces hommes de 1806 possédaient plus de bonne volonté que d'expérience, plus de conviction que de talent.
En 1910 c'est de même un souci de défense française et d'éducation politique qui provoque la fondation du Devoir. L'ennemi est à l'intérieur et à l'extérieur. Contre nous, contre nos minorités s'accroissent les aggressions des majorités anglo-saxonnes. Tous nos droits constitutionnels sont remis en question. Nous-mêmes nous sommes gravement atteints d'indifférentisme national. Le jeu des alliances parlementaires, les ambitions du pouvoir, les passions de parti ont anémié le sentiment français dans le monde politique. Là nous cédons tout le terrain que demande le fanatisme. Dans le reste du peuple, dans la vie commerciale, industrielle, professionnelle, se rétrécit rapidement le domaine de la langue française. Voulons-nous mesurer la pente descendue ? Songeons que nous étions en train de perdre jusqu'à nos instincts de race, de tous les plus irréductibles, les derniers à mourir chez les peuples décadents. Une crise politique s'ajoute à ces malaises. Cette fois c'est tout l'avenir du pays, c'est sa constitution, son autonomie, sa vie, que menace une formidable poussée d'impérialisme britannique. De toutes parts les problèmes surgissent avec une ampleur, une gravité que n'avaient pas connues les fondateurs de 1806. L'œuvre de réaction demandera donc d'aussi nobles désintéressements, mais, en outre, des esprits mieux armés et plus forts. Elle ne manquera point de les trouver. Toute une école de jeunes journalistes, attirée par un beau devoir de conscience, entraînée; aussi par la puissante personnalité d'un chef, se groupa sous l'étiquette
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nationaliste. Ces hommes dont presque tous pouvaient prétendre à tout, aux plus hauts honoraires de la grande presse, rognèrent gaîment dans leur budget, par amour de la Cause, pour faire leur besogne de défenseurs et d'éveilleurs.
Parce que leurs esprits sont plus forts et voient plus grand, les parlements ne leur apparaissent plus comme le seul champ clos où se décident les destinées d'un peuple. Nous délivrer du sortilège politique fut le premier service que nous rendit Le Devoir et peut-être le plus grand. Il nous a refait une vue synthétique, hiérarchique des choses et des valeurs; en ce pays il a aéré les cerveaux français. Nous avions perdu l'habitude et le goût des discussions d'idées pour ne plus nous abêtir que dans les disputes d'hommes et de clans. Le journal devenait un cinéma de la. plus médiocre espèce, empiffrant les intelligences d'insanités burlesques et d'imageries de cirque, les noyant peu à peu sous le flot de la niaiserie submergeante. Le Devoir, non pas lui seul, non pas lui le premier, mais lui plus que tout autre, nous a ramenés au sens, aux qualités de notre culture, à l'équilibre de l'ordre. Par sa seule facture il imposait cette discipline. Chez lui les éléments d'amorce, nouvelles, dépêches, feuilletons, retournaient à leur rang qui n'est pas le premier. Et une large partie de notre public refaisait connaissance avec le journal d'idées et d'allure française.
Le Devoir a été un magnifique ouvrier de salut national. Après lui il ne fut plus possible d'égorger les minorités françaises ni de violer aucun de nos droits dans la complicité du silence. L'impérialisme anglo-saxon vit se lever contre ses doctrines un combattant d'une superbe vigueur d'idées et de plume; il trouva dans M. Henri Bourassa son plus redoutable adversaire. Pourtant l'action purement néga-
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tive, l'œuvre de simple défense, n'était pas faite pour suffire au journal nationaliste. Dès ses débuts il voulait d'une action qui fût puissamment constructive. Le salut national, il l'apercevait dans une œuvre dont l'ampleur, le dessin général, dépassaient de beaucoup les problèmes exclusifs de ce domaine. Il comprit, ce qui était assez rare il y a dix ans ou quinze ans, que les progrès humains ne sauraient s'isoler, que tous sont faits de plusieurs pièces et que les solutions durables et bienfaisantes appartiennent aux larges synthèses doctrinales. Le Devoii arriva donc avec une doctrine non pas à faire mais déjà faite, une doctrine coordonnée, « compréhensive », qui embrassait tous les aspects de la vie d'un peuple, tous ceux de nos besoins particuliers, doctrine qui, au contact des réalités, a pu se préciser, se parfaire, mais qui est restée la même dans sa riche et complète substance, empruntée à l'économie politique et sociale chrétienne. Si les nécessités de l'heure ont imposé parfois au journal de laisser au premier plan les questions politiques, nul autre cependant n'a autant que lui suscité, patronné, soutenu les entreprises intellectuelles, économiques, nationales, sociales, religieuses. Et toujours il l'a fait méthodiquement, avec les mêmes données sûres, laissant deviner sous chacun de ses efforts isolés, la présence d'une doctrine qui embrasse de plus vastes choses.
C'est pour s'être constamment guidé d'après ces vues qu'aujourd'hui il paraît effectuer ce que déjà quelques-uns appellent, assez improprement, sa dernière évolution. Ceux qui veulent être justes diront mieux : Le Devoir n'a pas changé son programme, il le développe. Parce que les circonstances le lui commandent, il ramène à leur plan les préoccupations d'ordre social et moral; il reconstitue davantage la hiérarchie des valeurs. Si l'on tient absolument au mot, nous dirons qu'il est dans la destinée des œuvres
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loyales d'aboutir à cette évolution. Si l'ordre social chrétien est l'unique vrai, l'unique qui garantisse efficacement le respect des lois fondamentales, le seul qui garde les promesses de progrès et de stabilité immortels, comment empêcher les hommes de foi et de sincérité d'apercevoir, un jour ou l'autre, que le bonheur et la durée des peuples sont avant tout une question de surnaturel?
Cela seul est déjà une garantie d'avenir pour le Devoir. Il en est d'autres qui lui viennent de son passé. Le mouvement qu'il a si laborieusement déterminé travaille maintenant pour lui. Il ne peut que bénéficier du réveil des aspirations françaises. Non, l'histoire prochaine ne paraît pas devoir s'écrire dans le ton pacifiste. Certes, de toutes nos forces, de toute notre bonne volonté, nous voudrions croire à une ère de « bonne entente », à la chimère d'une paix perpétuelle dans notre petite société des nations canadiennes. En vain cherchons-nous autour de nous les éléments de cette espérance. Il faudra autre chose que la conférence d'éducation de Winnipeg pour nous faire entonner l'antienne. Les guerres sociales, prééminentes et grandissantes, nous sépareront de plus en plus des autres provinces de tout le large passé de nos doctrines et de nos solutions. Le gigantesque rêve de domination universelle où s'enchante depuis la guerre l'esprit britannique, n'est pas fait pour accroître en ce pays la force de la morale et de la justice. Nous avons encore besoin de défenseurs. A mesure que sous l'aiguillon de la lutte, s'éveillera le sentiment de nos devoirs pieux envers notre race et notre foi, à mesure que grandiront la réalité de nos périls, la conscience de nos responsabilités, de plus en plus vers les chevaliers du droit, vers les sauveurs des intérêts spirituels, s'en ira l'hommage des cœurs droits.
Lionel Grotjlx, pire.
10 janvier 1920.
A TRAVERS LA VIE COURANTE
L'Gtlïlée Au seuil d'une nouvelle année l'esprit cherche parfois 1920 ^ Percer ^es voiles de l'avenir. Il voudrait découvrir ce que recèlent les mois qui viennent. Que sera 1920 sur la terre canadienne pour la langue française ? Une année de progrès ou une année de recul? Les bouleversements politiques et sociaux qui s'annoncent lui seront-ils favorables ou défavorables? L'ascension d'une nouvelle classe, moins cultivée, mais plus simple, plus attachée au sol, aidera-t-elle à la reconnaissance de ses droits ?
Ce sont là des problèmes difficiles que nous n'entreprendrons pas de résoudre. Une seule chose nous paraît certaine : la situation de la langue française en 1920 comme on 1919 dépend d'abord de nous, Canadiens français. C'est notre attitude envers elle, le soin que nous prendrons de la cultiver nous-même, de lui donner la première place à l'école, de la maintenir au foyer et dans nos relations sociales, de la faire pénétrer davantage dans la vie économique et politique, c'est ce soin qui décidera de son sort.
IfîteTVŒtioîîS Le cas Barré n'estnl pas instructif à ce sujet?
fïUCtU€US€S Sans les démarches de quelques patriotes, une
nouvelle et large brèche se pratiquait dans le rempart de nos droits. Sachons donc multiplier les interventions utiles. Ne comptons pas trop sur notre voisin, si bien disposé soit-il. Agissons nous-mêmes. Tel a bien pu s'engager à protester que la négligence, le surcroît des affaires ou même une certaine lâcheté paralyseront au bon moment. Suppléons à son inactivité. D'être plusieurs d'ailleurs à intervenir ne donnera que plus de poids aux démarches.
On se rappelle, par exemple, l'incident de la Compagnie Canadian Steamship. C'est le nombre imposant des signataires de la requête, c'est l'appui que lui donna la Ligue des Droits du français qui la firent bien accepter. Mais cette affaire n'est pas encore réglée. Il y a eu simplement promesse. Pour qu'elle soit remplie, il faut que ces jours-ci la Compagnie en cause se décide à faire imprimer des menus et des affiches en langue française dont elle ornera ses bateaux à la prochaine saison. Or, comme nous l'avons déjà écrit, rappeler cette promesse, insister pour qu'on y soit fidèle, est presque une nécessité. La Ligue
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lies Droits du français vient d'accomplir cette démarche. De même aussi la Chambre de Commerce et l'Union régionale (A.C.J.C.) de Chicoutimi. Qu'à leur suite, d'autres groupements agissent : sociétés Saint-Jean-Baptiste, cercles de l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française, Association des Voyageurs de Commerce, etc., etc. Notre apathie a laissé se créer peu à peu une situation humiliante. Force nous est maintenant, si nous ne voulons pas perdre à jamais nos droits, de réagir énergiquement.
Québec Cette urgente nécessité, une jeune et vaillante
€fltïe CYl lîCe société de Québec, la Société des Arts, Sciences et Lettres, l'a comprise. Lors de la première de ses conférences publiques annuelles, en décembre dernier, son président, M. Onésime Gagnon, avocat de haute culture, prononçait les paroles suivantes :
« Aussi bien, la Société des Arts, Sciences et Lettres, se rappelant le mot de Laprune, que vous me permettrez de répéter encore ici : « On ne devient pas, on ne demeure pas un homme dans l'ordre intellectuel, si l'on ne sait livrer des batailles », — a voulu former, cette année, un comité de quelques membres qui devront étudier par quels moyens nous pourrons faire respecter dans Québec ou ailleurs, les droits du français. Nous agirons avec tact, modération, mais avec fermeté et ténacité. La Société des Arts, Sciences et Lettres devra chercher à savoir si Québec doit être et rester une ville française, si certaines de nos maisons de commerce ne vont pas bientôt commencer à rougir d'afficher une raison sociale anglaise, des étiquettes et des annonces anglaises, quand leurs membres, leurs directeurs, leurs associés et leur clientèle sont de race française.
« La Société des Arts, Sciences et Lettres se demande, par exemple, s'il n'est pas possible, — puisqu'à Londres dans les grands hôtels les menus sont écrits en langue française, — s'il n'est pas possible que dans nos hôtels gérés par des Canadiens français, fréquentés par des Canadiens français, les droits de notre langue soient également respectés.
« Les droits de notre langue, voilà l'héritage sacré que nous avons à défendre et que nous défendrons. Pour cela nous ferons appel à tous les groupes intellectuels de cette ville et surtout à l'Association Catholique de la Jeunesse Canadienne française, à la Fédération Universitaire, à la Chambre de Commerce. La Société des Arts, Sciences et Lettres a voulu commencer sa troisième année d'existence par ce geste d'action
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française. Elle espère que le public lui prêtera une aide généreuse et efficace.
« Nous avons cru que s'il incombe à tous les Canadiens français de défendre l'héritage sacré de nos traditions, les Québécois ont spécialement le devoir de veiller à ce que notre vieille cité garde son caractère de ville française. Pour nous inciter à l'action, nous nous rappellerons ce mot de Jules-Paul Tardivel : « Ne mettons jamais notre drapeau dans notre poche. »
A. V ttSSQUt du Bravo ! s'écrieront avec nous, en lisant
ChâtêOU- FïOfltCïlQC ce^e déclaration, tous les amis de la langue française. Bravo ! Québec comme Montréal avait besoin d'un groupe de ligueurs. Les voici qui se lèvent, bien décidés à agir. Grâce à eux, nous n'aurons plus le spectacle humiliant des députés de la province, d'une province qui se targue de rester fidèle à ses traditions — Je me souviens n'est-il pas sa devise ? — attablés dans une salle d'hôtel, devant des menus exclusivement anglais, et obligés par conséquent d'indiquer en anglais les plats qu'ils désirent. Dans la capitale de la race, à l'endroit où logent la plupart de ses députés, où ils se réunissent au sortir des séances du Parlement, après avoir travaillé à consolider l'œuvre des ancêtres, à faire passer dans les lois nos aspirations ethniques, ce n'est pas leur langue qui prévaut, c'est celle des garçons d'hôtel !
Quand les membres de la Société des Arts, Sciences et Lettres n'auraient fait que ramener le Château Frontenac au respect de la largue française, ils auraient bien mérité de leurs compatriotes.1
Le dêpaTteWlCnt H est une autre institution qu'il faut auss
d€S Postes ramener au même respect, c'est le départe-
ment des Postes de Montréal. Dans les services où les avis bilingues n'existent pas, vous êtes certain, si vous ne faites pas une demande spéciale, de recevoir un imprimé anglais. Un ami. au nom bien français, me montrait dernièrement une carte postale qui n'avait pas atteint son destinataire et lui était revenue avec cette seule inscription : not known ai Montréal. Or deux jours aupara-
1 Je corrigeais les épreuves de cette chronique quand je reçus d'un ami, de passage à Québec, le premier menu bilingue du Château- Fronteeac. C'est une victoire dont il convient de se réjouir.
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vant les postes de New-York lui avaient renvoyé, pour la même raison, une de ses lettres, après y avoir imprimé cet avis bilingue : Misdirected- Adresse incorrecte.
On voit la différence d'attitude. A quoi l'attribuer, si ce n'est à la volonté de quelqu'un — est-ce le ministre des postes, ou des chefs locaux, ou quelque employé subalterne ? — d'ostrasiser la langue française. Ici encore donc, des démarches énergiques et constantes s'imposent. Elles réussiront pourvu qu'elles ne soient pas trop isolées, qu'elles viennent de plusieurs personnes.
PïOSTQÏtWlC Que ce s°i* donc un des articles principaux de
(IflYlUel notre programme de ligueurs pour la nouvelle année :
intervenir sans relâche auprès des autorités qui violent nos droits, les harceler jusqu'à ce qu'elles nous rendent justice. Je me suis permis d'insister sur ce point parce qu'il est important, et aussi de grande actualité, comme l'ont démontré des événements récents. Mais il ne faudrait pas négliger les autres, ceux que j'énonçais au début de cette chronique et sur lesquels d'ailleurs j'aurai l'occasion de revenir : la culture personnelle de la langue; la place à lui donner — une place sans rivale — à l'école; son maintien au foyer et dans les relations sociales.
L(l Mystique de Mais tout cela suppose une volonté, une, ïlOtie OeUVTe volonté soutenue par des idées claires et fermese par une doctrine, ce que j'appellerais la mystique de notre œuvre. Sans cette force intérieure, faite à la fois de froidr raison et d'enthousiasme, nos efforts ne dureront point. Le premie insuccès, apparent ou réel, la première critique im peu âpre les auront vite abattus. Appuyez-les au contraire sur une base doctrinale solide sur cette somme formidable d'arguments que présente la défense de la langue française en terre canadienne; vivifiez-les de cette généreuse ardeur, de cette flamme brûlante qu'allument les grandes causes dans les cœurs nobles : ce sont des chevaliers intrépides, qui descendent dans l'arène. Puisse 1920 voir surgir à travers le pays des groupes nombreux de ces ligueurs !
Pierre Homier.
11 janvier 1920.
JOURNAUX, LIVRES ET REVUES