POUR LA DEFENSE DE NOS LOIS
Voici les graves paroles prononcées récemment par M. le juge A. Rivard, lors de la réception offerte par le barreau de Québec à M. Paul Mancel, avocat-général à la Cour d'Appel de Paris. Les craintes de M. Rivard confirment éloquemment celles de M. Antonio Perrault : "Tout cela, cependant, peut disparaître", continua le juge Rivard, **si nous perdons quelque chose de plus précieux encore, je veux dire notre droit, nos lois. Remplacez notre droit français par le "common law" et c'en sera fait, avant dix ans, de notre langue, de nos mœurs, de notre mentalité. Nous avons besoin que la France nous envoie ses légistes. Car si nous ne nous tenons pas en contact avec eux, la Nouvelle-France ou du moins ce qui en restera disparaîtra de ce pays. Nos lois sont véritablement en danger. Nous ne sentons que trop l'empiétement du droit anglais. Depuis longtemps, nous luttons contre cette infiltration et bien souvent, dans cette lutte, nous trouvons chez nous des adversaires. Un professeur d'une université anglaise de cette province ne disait-il pas, dernièrement, qu'il ne savait pas ce qu'est notre code civil? Voilà le mal : on ne sait pas ce qu'est notre code civil. On le prend pour un statut et on l'interprète comme tel."
{UÊvénement, 10 sept. 1923.)