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LE CATHOLICISME ET LE PROGRES^ SOCIAL ET ECONOMIQUE

Que les Canadiens français soient destinés à rester citoyens de la Confédération canadienne, à vivre sous le drapeau étoile ou à former un État séparé, ils doivent tout mettre en œuvre pour progresser le plus vite possible et le plus normalement possible, c'est-à-dire, en restant ce qu'ils sont, en conservant toutes leurs caractéristiques nationales. Agir autrement, ce serait de leur part, mépriser la nature, cette belle grande dame d'ordinaire généreuse, mais qui sait prendre aux heures de vengeance, des allures de mégère intraitable.

De toutes les caractéristiques nationales, la religion est certainement la principale, puisque, imiprégnant à la fois l'esprit et le cœur de l'homme, cet être naturellement religieux, elle inspire ses mœurs, contrôle ses actes, remplit sa vie. Et le catholicisme, plus que toutes les autres religions, parce que la seule vraie religion, remplit ainsi totalemxcnt la vie des individus. C'est donc vraiment une caractéristique nationale.

Au milieu de cent millions d' Anglo-Saxons ou de '^saxonisés", en ce vingtième siècle éminemment matérialiste et suffisant, il n'est pas inopportun, certes, de démontrer que le catholicisme favorise tout, mem^e le progrès social et le progrès économique. Les protestants qui nous entourent ne se gênent pas pour affirmer que la religion catholique

^ Cet article eut dû paraître, selon le plan logique de ces études, en août, après l'article de M. Laûrendeau : Le catholicisme et l'art. Les circonstances n'ont pas permis à notre collaborateur de nous envoyer plus tôt son manuscrit. (N. D. L. D.)

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est incompatible avec le progrès et racquisition de la richesse. De leur côté, nos petits libres-penseurs, plus naïfs que méchants, ne sont pas loin de prétendre que le catholicisme a fait son temps et que l'humanité, pour gravir les derniers sommets de la civilisation, doit se délester de son catholicisme.

Pas plus capables de raisonner que de croire, les ennemis intérieurs et extérieurs du catholicisme nous apportent, pour démontrer leurs théories anticatholiques, tel et tel faits, l'exemple d'une couple de peuples, sans avoir suivi ni contrôlé eux-mêmes les relations nécessaires entre l'effet qu'ils constatent et les causes qu'ils devraient voir. D'autre part, l'austérité relative ou apparente de la doctrine et de la discipline catholique peut aussi donner un semblant de raison aux contempteurs du catholicisme, en ce temps où la plus grande initiative semble être partout de rigueur. On verra plus bas que cette austérité n'est, au fond, que la liberté dans l'ordre, c'est-à-dire, la vraie liberté, la seule vraie liberté.

Composée d'êtres humains, la société doit nécessairement être régie par un ensemble de principes proportionnés aux deux éléments essentiels de l'homme: l'âme et le corps. Or, cet ensemble de principes ne peut se trouver ailleurs Que dans la métaphysique. L'empirisme en sociologie vaut encore moins que le charlatanisme en médecine, car ce dernier peut du moins être accidentellement utile, au lieu que l'autre est fatalement, irrémédiablement désastreux. Tandis que les sociologues empiristes tâtonnent pour trouver les médicaments nécessaires à la société, passant d'un système à un autre, en inventant au besoin, cette pauvre société est chaque jour davantage la proie de la plus redoutable des maladies: l'anarchie.

Eh! oui, faute d'assigner à la société un ordre rationnel,

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faute de la soumettre à une métaphysique, on provoque son agonie dans le plus universel désordre.

Puisant son inspiration aux sources fécondes de la révélation divine et de la métaphysique la plus large, le catholicisme est à peu près la seule institution traitant le monde autrement qu'une combinaison physico-chimique. C'est pourquoi le véritable progrès social est si difficile en dehors de lui, c'est pourquoi la marche ascendante des peuples a été considérable dans la mesure où ceux-ci se sont montrés, non pas nominalement, mais réellement, foncièrement catholiques.

Les explications de ce fait pourraient couvrir des pages et des pages. Nous nous bornerons à en donner quelquesunes, parmi celles qui nous frappent en ce moment.

Une elle-même, l'Église catholique unifie les intelligences et les cœurs tout en respectant les diversités dont l'univers est rempli. Étant donné, d'une part, que l'unité a pour effet de mettre tous les facteurs en plus grande valeur, étant donné, d'autre part, que l'unité n'exclut pas l'émulation, mais, au contraire, la coordonne, l'Église, tant par l'exemple de sa propre unité que par son action unifiante, sert largement la cause du progrès social.

Le catholicisme a principalem^ent sur tous les systèmes sociaux qu'on veut lui opposer, l'immense supériorité de s'adresser à l'homme tout entier. Il est pratiquement le seul à respecter la réalité, c'est-à-dire, à tenir compte de ce que chaque membre de la société est un composé de matière et d'esprit; tous les autres s'appliquent à disposer les hommes et les choses — on serait tenté de tout généraliser

SOUS le mot choses — en un mécanisme assez savant, mais qui toujours fonctionne mal, faute de spiritualité.

L'Église émet clairement son opinion sur les divers systèmes sociaux; elle n'a pas, en effet, son système à elle, mais s'accommode facilement de tous, pourvu qu'ils respectent les droits de Dieu et des hommes. Elle prend les choses de beaucoup plus haut. Derrière la chair et les os dont l'homme est partiellement constitué, elle discerne une âme qui a besoin et d'une formation sociale générale et d'une formation sociale spéciale appropriée aux circonstances. Par le ministère des prêtres, des religieux et religieuses, des mères catholiques, de l'école catholique et de diverses autres institutions catholiques, elle pourvoit libéralement à la double formation sociale des âmes. Sans cette large base que constitue l'éducation des âmes, les systèmes sont tous inefficaces, le progrès social est inconstant, presque inexistant. Tant il est vrai que les lois de la physique ne peuvent être substituées sans inconvénient à celles de la métaphysique.

Si l'Église n'est pas la seule, sur cette terre, à comprendre l'insuffisance de la justice pour régler les rapports sociaux, elle est du moins celle qui s'en rend compte davantage. Ses grâces d'état et son amour de l'humanité lui permettant de voir toutes les inégalités de fait, elle comprend très bien la nécessité de mitiger le rigoureux do ut des. C'est pourquoi elle prêche tant la charité: charité dans les relations familiales, dans les relations domestiques, dans les relations sociales, dans les relations internationales, partout où il peut y avoir conflit de droits et de forces. Et cette charité, ce n'est pas la charité arrogante, mais la charité généreuse, celle qui sait servir sans blesser.

Justice et charité sociales, voilà les deux vertus dont l'union engendre le sens social, ce besoin qu'éprouvent

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certaines âmes de sortir d'elles-mêmes et de se dévouer à l'amélioration du sort des classes, donc, au progrès social.

Y a-t-il quelque chose de plus favorable au progrès social que cet ensemble de directions morales que nous serions tenté d'appeler le code de morale catholique ? Les dix commandements de Dieu, les sept commandements de l' Église, les sept péchés capitaux, les trois vertus théologales, les vertus cardinales et leurs dérivées, que peut-on trouver de mieux pour rendre les hommes heureux, pour assurer le véritable progrès social?

Et la perspective du salut éternel, voilà encore un fameux stimulant, dont la société peut bien, dans une certaine mesure, partager indirectement les bénéfices avec les individus.

De plus en plus, partout, on souffre de dissensions sociales. C'est un regrettable progrès à rebours dû, évidement, à ce détestable esprit révolutionnaire qui s'infiltre subrepticement, à la façon des microbes, dans tous les cerveaux non immunisés par la discipline catholique. Ceux qui ont préféré la Révolution à l'Éghse, en auront bientôt, s'ils n'en ont déjà, pour leurs préférences.

Au reste, les gens même les moins bien disposés à l'égard de l'Église n'osent lui nier tout mérite social. Ainsi, personne n'a encore contesté que l'Église ait arraché une partie de l'humanité au paganisme, l'autre à la barbarie, ces deux états vers lesquels on ne demande guère, aujourd'hui, à retourner — même chez les néo-païens. Et, si certains esprits retirent leur confiance à l'Église pour le temps présent et pour les siècles futurs, ce n'est pas que la civilisation ait dépassé l'Éghse vers l'époque de Voltaire, de Montesquieu et de Robespierre, ce n'est pas non plus que l'Église se soit ramollie, mais c'est que telles boîtes cérébrales n'étaient pas suffisamment fortes pour recevoir toute la

science et la civilisation que F Église a permis d'y déposer. De là leur inaptitude à saisir le rôle social de l'Église à travers les temps modernes.

L'histoire de l'Église nous relate plusieurs gestes, plusieurs interventions qui démontrent, de façon particulière, l'influence heureuse de l'Église sur la société en voie de civilisation. Qu'il nous suffise de mentionner, au passage, l'affranchissement de la femme, la guerre à l'esclavage, la culture artistique, l'encyclique Rerum Novarum et, chez nous, au Canada, le beau rôle assumé par le clergé, après la conquête, de conduire, d'aider, de soutenir le peuple canadien à travers un dédale de circonstances humainement inextricables.

Que de maux l'Église éloigne de la société; C'est tantôt l'anarchie avec toutes ses horreurs, c'est tantôt l'étatisme aux mille et une oppressions, ou encore le socialisme, système économique éteignoir s'il en fut jamais; ici, c'est l'internationalisme décourageant, là, c'est le chauvinisme aveuglant ; c'est enfin la dépravation des mœurs, la ruine du foyer, la limitation volontaire de la procréation, etc., etc.

Nous pourrions aussi alléguer ici toute une série d'arguments empruntés à la théologie, mais ce n'est pas de notre ressort. Passons à un autre point.

Si le catholicisme favorise le progrès social, il ne peut manquer de favoriser ipso facto le progrès économique. En effet, sans être disciple des économistes qui confondent l'économie politique et l'économie sociale au détriment de cette dernière, nous croyons qu'il y a corrélation et solidarité entre les progrès économiques et social, comme

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entre les progrès moral et religieux. La religion moralise les hommes; plus moraux, les hommes se pHent plus facilement aux exigences de l'état social; la société étant, de ce fait, mieux organisée, la production, la circulation et la répartition de la richesse deviennent choses plus faciles.

Pas n'est besoin d'aller aux antipodes pour trouver une démonstration de ce que nous venons d'avancer. Depuis la guerre surtout, la catholique province de Québec moins affectée que les provinces-sœurs par le virus de l'esprit révolutionnaire, se voit faire la cour par les capitalistes et les maîtres d'industrie étrangers, qui croient trouver en territoire québécois la sécurité parfaite, cette chose devenue si rare depuis que le libre examen, l'agnosticisme et un désir effréné de jouissance ont affolé la boussole de la conscience.

Cette préférence des capitahstes étrangers est à la fois un témoignage de notre progrès présent et un élément utile à notre progrès futur. A ces deux titres, il faut s'en réjouir. Les capitaux étrangers, qui peuvent lubrifier très opportunément notre mécanisme économique et y ajouter certains rouages manquants, sont donc les bienvenus chez nous. Leur entrée nous réjouit grandement, pourvu toutefois que nous sauvegardions les intérêts moraux et matériels de la nation, pourvu que nous n'ayons pas à accepter seulement, mais à débattre les conditions du pacte, pourvu, enfin, que l'industrie ne tende pas trop à faire de nous une race de journaliers et de comptables, deux professions excellentes, sans doute, deux professions honorables dans toute la mesure de l'honorabihté de leurs membre:») mais qui ne doivent pas plus se généraliser à toute une race que les professions de marchands, de notaires, de juges et autres.

On nous objecte que les peuples protestants sont en

meilleure posture, au point de vue économique, que les peuples catholiques. D'abord, comprenons-nous. Que faut-il entendre par progrès économique chez un peuple? Est-ce la progression de la somme globale des richesses ou bien est-ce la jouissance, par chacun des individus et par l'État, d'une richesse suffisante pour leur permettre de vivre heureux et de parfaire leur organisation ? Nous né voulons pas tenter d'imposer absolument une opinion fondée sur une expérience peut-être trop courte, mais il nous semble qu'une bonne répartition des richesses est pour le moins, aussi importante, chez un peuple, qu'une grosse quantité de richesses. Nous aimons mieux rencontrer, dans un pays, moins de millionnaires plus ou moins jouisseurs et ne pas y voir sévir le fléau du paupérisme. Les inégalités sont inévitables, parce que naturelles, mais il faut reconnaître, si on est sérieux, la supériorité sociale et économique des régimes qui en atténuent les conséquences. Or, nous ne connaissons rien de comparable à l'enseignement — et à la pratique, évidemment — de la justice et de la charité chrétiennes pour obvier aux inconvénients de l'inégalité.

Au surplus, les circonstances géographiques ont une influence considérable sur la fortune des peuples. Et l'évolution du monde est telle qu'une nation, favorisée aujourd'hui, peut fort bien tomber, d'ici quelques années, dans un état voisin de l'adversité, sans qu'elle puisse y remédier beaucoup. Si, donc, on veut juger les systèmes et les religions par les faits, il faut commencer par comprendre les faits.

Concluons brièvement. Il faut remercier Dieu d'avoir dirigé notre race dans des voies remplies d'écueils peut-être.

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mais sur lesquelles, toujours, le phare sauveur du catholicisme projetait sa vive lumière. En effet, notre histoire est remplie de ces deux éléments qui font les peuples forts: l'épreuve constante et, grâce à Dieu, le triomphe continu. La foi robuste de nos pères a permis à notre race de traverser les circonstances les plus difficiles et de posséder, après trois siècles de vie profondément chrétienne, elle qui avait commencé sa carrière dans le dénûment le plus complet, une organisation sociale qui émerveille les sociologues du dehors, une organisation économique qui n'est peut-être pas encore la plus avancée — il lui a fallu partir de si loin — mais sûrement l'une de celles qui progressent le plus rapidement.

L'épopée canadienne-française confirme encore mieux que toute autre histoire de peuple, cette conclusion que Godefroi Kurth mettait au bas de l'une de ses plus belles pages: ''Tant il est vrai que les moeurs ont pour hase les croyances et qu^au fond de tous les progrès sociaux, on trouve un dogme qui les a engendrés. ''

Depuis 1608 et 1760, les temps ont évolué et les méthodes ont dû changer elles aussi. Bien que la religion soit restée absolument la même, ses œuvres ont pris une modalité un peu différente.

L'association, ce principe de force auquel on recourt de plus en plus un peu partout, est aujourd'hui à la disposition de l'Église comme de ses adversaires. Depuis un demi-siècle, on a vu éclore, dans tous les pays, diverses sortes de sociétés à caractère nettement cathoHque qui se sont donné pour mission de conserver ou de gagner, selon le cas, la société à l'Église et à Dieu. En appuyant ces sociétés, ces œuvres sociales qui ont noms syndicats professionnels, associations de jeunesse, cercles de voyageurs, semaines sociales, presse catholique, etc., nous contribuons, beaucoup plus que quelques-uns le croient, à construire

Tédifice social, Tédifice économique, rédifice national. Comme on ne vit pas seulement pour soi, mais aussi un peu pour le prochain, la participation à ces œuvres devient un devoir.

Nous voulons vivre dans la paix sociale et dans une convenable aisance? Eh bien! soyons catholiques individuellement, soyons-le dans toutes les manifestations de la vie familiale, de la vie professionnelle, de la vie politique, de la vie sociale, en un mot, dans tous les domaines où notre activité peut être requise.

Eugène L'Heureux.

PHARISAISME

Des marchands en gros et en détail qui prêchent actuellement aux habitants de la province de Québec d'acheter chez eux, le plus grand nombre sont des hommes sincères, qui conforment leur propre conduite à leurs préceptes. Par contre, nqus en connaissons parmi eux, et plusieurs, qui trouvenu le patriotisme excellent pour activer leurs ventes, mais qui n'en voient nullement l'opportunité quand il s'agit de leurs placements de capitaux. Ce Dharïsaisme a plus fait que toute autre cause dans le passé pour affaiblir notre organisation économique, car le petit épargnant obéit surtout à l'exemple et souvent il se demande pourquoi il ferait crédit à des industriels et à des commerçants qui se refusent entre eux la confiance que leur propre succès en affaires montre pourtant qu'ils mériteraient. {La Rente.)

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