‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 152 sur 232 · UN ANNUAIRE MODÈLE · texte numérisé non relu

UN ANNUAIRE MODÈLE

Un annuaire modèle c'est l'Annuaire dos comtés de Chicoutimi et du Lac St-Jean. 11 n'y a pas seulement, dans ce volume, di.s adresses; il y a des statistiques, des notes d'histoire qui nous renseignent sur le passé et sur le présent de cette région, l'une des plus progressives de notre province. Ceux qui ont parfois des idées sombres sur noire avenir pourront feuilleter cet annuaire. Ils verront ce qu'en moins d'un •iècle peut accomplir la vaillance canadienne-française, par son seul ^ort, sans l'aide des gouvernants.

MONSEIGNEUR RHËAUME

Mgr Rhéaume est né à Lévis, la ville de son Eminence le Cardinal Bégin, du vénéré Mgr Bourget, de Mgr Halle. C^est là, sur les falaises abruptes d'où Von contemple Vincomparable panorama de Québec et de la côte de Beaupré, qu'il a appris à aimer Dieu et à épeler les syllabes françaises. Il était peu âgé quand ses excellents parents s'établirent à Montréal, près de l'église St-Pierre, desservie alors comme aujourd'hui par les Pères Oblats. Il y rencontrait un bon frère convers, vieux sacristain par goût autant que par état, qui exerça auprès de l'enfant l'office extraordinaire d'aviseur spirituel Le disciple fut si docile aux conseils du mentor qu'un jour il décida d' entreprendre les études classiques et vint frapper à la porte du Junior at du Sacré-Cœur, sorte de serre où les adolescents qui se destinent au sacerdoce et à la vie religieuse, sont plantés et arrosés avec des soins infinis.

Le Juniorat du Sacré-Cœur est situé à proximité de l'Université, donc à Ottawa, la ville sainte des Oblats. Venus ici, au mois de janvier 1844j quand Bytown comptait à peine deux à trois milliers de catholiques, les Oblats y ont suivi le mouvewient de la popidation, érigeant la cathédrale, la première église Saint-Joseph, la première église Sainte-Anne, l'église du Sacré-Cœur et l'église de la Sainte- F aînille. Ils y maintiennent leur scolasticat, le séminaire diocésain; et depuis soixante-quinze ans, les générations de la ville se succèdent dans leur collège. De ce groupement d' œuvres considérables et variées : juniorat, collège, séminaire, scolasticat, école de pédagogie, paroisses, s'élève une atmosphère que l'on peut appeler oblatc et qui s'insinue lentement mais sûrement dans l'âme tendre des jeunes.

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Les juniorisfes fréquentent les mêmes classes que les collégiens; ils ont les mêmes maîtres, le même outillage scolaire, le même programme que les seconds. Les uns et les autres apprennent les lettres anciennes, les mathématiques, les sciences d'observation et d' expérimentation, le français et V anglais.

Or, c'est dans ce milieu moral et intellectuel que le jeune Louis Rhéaume arrivait en 1893. Il y étudia pendant cinq ans sous le supériorat du bon et saint Père Harnais. Puis il entra au noviciat de Lachine alors dirigé par le Père Tourangeau. U année d'épreuve terminée, le novice-profès fut envoyé à Rome pour y parcourir les cycles de la philosophie et de la théologie, à l'Université grégorienne ou professaient les célèbres Pères Remer, Billot et Bucceroni.

De retour à Ottawa en 1905, il est nommé professeur à l'Université. Il y enseigne successivement les mathématiques, la physique, la morale et le droit canonique. Ses élèves s'entendent à vanter les qualités émérites du maître: excellence des méthodes, autorité qui s'impose sans effort, par le seul prestige du caractère, don de reiidre attrayante la matière enseignée, prestige d'un jugement toujours juste, et, ce qui n'est pas à dédaigner, une rare puissance de travail servie par une santé indéfectible. Ceux qui ont vécu autour de lui, savent à quelle heure tardive, plus proche du matin que du soir, s'éteignait la lumière de sa cellule qui d l'aube se rallumait régulièrement avant cinq heures.

Lors d'un débat français sur les classiques à Ottawa, l'un des orateurs développait cette pensée si vraie; ^^On peut ne plus connaître un seul théorème de la géométrie, pas même le plus élémentaire; on peut avoir perdu le souvenir de toutes les formules de l'algèbre, et l'on peut cependant avoir tiré de grands profits de la formation scientifique si Von a appris à raisonner juste."

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Plus que toute autre chose cette formation a donné sans doute à Mgr Khéaume sa clarté, sa netteté d^ esprit, qui lui fait savoir ce quHl veut. Evêque, il veut être le vrai chef de son peuple et voyez comme il le dit ;

''Il Nous est confié par le vicaire de Jésus-Christ et par Dieu, qui sont tout un dans la transmission des pouvoirs hiérarchiques de la sainte Eglise, un vaste territoire embrassant trois régions quelque peu dissemblables d'aspect et de ressources, et où des fidèles parlant des langues différentes vivent sous la houlette de pasteurs venus des diocèses nombreux de la province de Québec, de VOntario, et de la vieille France. Dans cette partie du pays, plus étendue que certains royaumes européens, avec des éléments si complexes, il Nous faut. Nous appuyant sur les bases solidement posées par Notre prédécesseur, il Noiis faut continuer V édification du diocèse d'Haileybury.^'

"Aussi, Nos très chers frères, est-ce Notre ferme détermination de veiller avec soin et constance sur vos œuvres paroissiales, sur la pureté de vos croyances, sur V instruction religieuse et profane de vos enfants, sur votre avancement en toutes sortes de vertus et de grâces. Est-ce Notre désir et Notre vœu également sincère de contribuer au développement des richesses presque infinies de votre pays, de son sol arable, de ses pouvoirs hydrauliques, de ses terrains miniers, de ses forêts, moyennant, au besoin, Vamélioration de ses voies de communication.' '

Mgr Rhéaume est aussi une volonté qui veut avec ténacité, qui, une fois le but connu, y tend sans éclat, sans bruit, mais courageusement, quels que soient les obstacles. Il Va bien fait voir pendant les six ans d'un rectorat traversé d'agitations nationales pénibles et douloureuses. En lui imposant cette charge ses supérieurs lui ont-ils expressément recommandé, comme autrefois saint Jean à Vévêque de Philadelphie,

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"de bien garder ce qu'on lui confiait" f II se peut. En tout cas, lorsqu'il remit le sceptre du commandement, il put dire en toute vérité; ''J'ai gardé le dépôt."

Le départ de Mgr Rhéaume laisse un vide immense à r Université d'Ottawa. Depuis 18 ans, il s'identifiait avec elle. A peine s'en éloignait-il quelque quatre ou cinq jours aux vacances d'été. Ses collègues se consolent d'une telle perte à la pensée que le nouveau suffragant d'Ottawa couvrira de la grande puissance dont il est investi, le faisceau des œuvres qu'il a honorées pendant trente ans et qu'il aime de toute son âme d'éducateur, de prêtre et d'oblat.

Dans le nord où séjournera dorénavant Mgr Rhéaume, loin des œuvres qui lui furent chères, il trouvera de quoi soutenir son esprit de sacrifice dans les exemples de ses illustres prédécesseurs: Mgr Guignes, un Ohlat comme lui, le premier évêque à fouler le territoire du Témiscamingue; Mgr Duhamel, le premier archevêque sorti de l'Université d'Ottawa; Mgr Latulipe ''au règne duquel il n'a pas même manqué cette grandeur tragique que la Croix projette sur tout ce qu'elle approche de près."

Souhaitons à l'évêque d'Haileybury des jours nombreux, remplis d' œuvres et de mérites, de consolations et de bonheur. Si la croix qu'il porte maintenant en pleine poitrine, solidement suspendue au cou par une chaîne d'or, symbolise ce que saint Augustin appelait tristement le "fardeau épiscopal", elle signifie aussi et non moins éloquemment la joie de procurer au Christ, par les sacrifices qu'elle impose, l'achèvement de son corps mystique.

Ad multos et faustissimos annos.

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