‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 160 sur 232 · NOS PÈLERINAGES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

NOS PÈLERINAGES HISTORIQUES

Les fêtes du 23 septembre à Laprairie n'étaient pas un pèlerinage d'action française. Nous voulons toutefois en consigner ici le souvenir pour la participation qu'y a prise notre directeur et parce que ces fêtes répondent trop parfaitement au réveil patriotique que nous essayons de provoquer par l'enseignement de l'histoire. Ces fêtes ont été splendides; une foule im.mense y a pris part; tout s'est passé avec un ordre et un entrain qui font grand honneur aux organisateurs. Laprairie est un vieux pays dont l'établissement remonte à l'année 1668. Pendant un temps ce fut le poste le plus avancé contre Anglais et Iroquois. Le lieu se prêtait donc magnifiquem.ent à une résurrection d'histoire. Aussi bien, à la première réunion de l'après-midi sur l'em.placement du vieux fort, comme à la seconde au rang de la Bataille, la plus belle histoire de la Nouvelle-France a-t-elle passé sous nos yeux. Une nouvelle expérience a été faite du vif intérêt que prennent les masses populaires à ces évocations du passé. Lorsque l'abbé Groulx prit la parole au rang de la Bataille et que montrant la ptite rivière toute proche, il eût rappelé que, sur ces rives, en l'année 1691, M. de Valrennes avait défendu, contre les bandes de Schuyler, l'avenir de la Nouvelle-France, il fut facile de voir, à l'attention émue de la foule, que ces leçons ne manquent pas leur but.

11 nous fut donné de faire une autre expérience aussi concluante, le dimxanche suivant, lors de notre pèlerinage à la ville La Salle. Par suite de regrettables malentendus, nous avions raison de nous inquiéter sur

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ie succès de cette manifestation. Notre surprise fut de trouver là, malgré le temps fort incertain, 500 à 600 personnes qui étaient venues, comme à Laprairie, entendre parler d'histoire. Notre excellent et vieil ami le Père Guillaume Charlebois, O. M. I., nous ouvrit les portes de son noviciat et, du haut de la galerie, nos orateurs ont parlé à la foule. Sur cet emplacement du fort Rémj^ où Cavelier de la Salle eut autrefois son pied-à-terre, notre dessein était de grouper ensemble tous les souvenirs de la découverte du Mississipi. L'abbé Groulx se chargea de narrer l'histoire et d'en tirer les leçons opportunes. L'un de nos étudiants d'action française, M. Jean Lesage, fit connaître l'attitude de la jeunesse militante en face du problème national. M. Antonio Perrault exposa le but de ces pèlerinages historiques auxquels V Action française tient beaucoup, "parce qu'ils aident au culte de la langue et de l'histoire, parce qu'ils fournissent des sentim.ents précis à notre patriotisme et, par le développement de la fierté, assurent le maintien de la race". L'uii de nos amis de la première heure et l'un de nos plus fervents adhérents, M. Raoul Carignan qui nous avait d'abord souhaité la bienvenue, voulut bien, de sa parole chaude, ponctuer chacun des discours. Comme à Laprairie, l'auditoire écouta avec une attention émiue. Chacun, sans doute, au récit de ces aventures merveilleuses qu'étaient jadis les grands voyages de découvertes, se sentit plus fier de sa race. Ce devoir d'être lier c'était bien d'ailleurs la conclusion dont l'abbé Groulx avait fïiit suivre sa leçon d'histoire et que nous recueillons ici comme l'idée inspiratrice de tous nos pèlerinages :

"Canadiens français, revenons plus souvent vers les souvenirs de notre passé", a conclu notre directeur". Nous y apprendrons à ne plus nous laisser traiter en ce pays comme une race inférieure. Nous cesserons de penser comme un peuple de vaincus. L'histoire nous dira que les traces de nos pères sont à jamais imprimées sur le continent américain, comme les traces de tous les grands civilisateurs. Deux à trois mille ans n'ont pas effacé des horizons égyptiens la silhouette des pyramides, non plus que les lignes du Parthénon du ciel athénien; dix-neuf cents ans n'ont pu supprimer du paysage romain les arches des aqueducs impériaux; croyons, nous aussi, fils des chevaliers qui ont fait la Nouvelle-France, croyons que ni les ci;cminées d'usine, ni les gratte-ciel, ni la main de l'homme, ni le souffle du temps n'effaceront jamais du sol américain, les vestiges du grand empire que nos pères y ont esquissé, ni l'ombre des croix qu'ils y avaient plantées".

Jacques Brassier

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