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LES KNIGHTS OF COLUMBUS

Les Knights of Columbus de la province de Québec — on îes appelle Chevaliers de Colomb, nous ne savons trop pourquoi — viennent de protester publiquement contre la collusion de quelques-uns de leurs conseils" avec les loges m^açonniques. 11 appartiendra aux Knights of Columbus du Québec de faire un autre pas et de se m^ettre complètement à l'abri de ces gênantes compromissions. S'ils veulent bien y réfléchir, ils s'apercevront qu'il n'y a qu'une race de coloniaux comme la nôtre, sans personnalité et sans fierté, pour importer ainsi une œuvre étrangère — comme on importa le syndicalisme américain — sans la mesurer ni à nos besoins ni à notre esprit. Les catholiques d'Angleterre, qui appartiennent à un peuple adulte, ont refusé d'avaler le morceau sans l'accomcder à leur convenance: ils ont fondé les Knights of St. Columba. Les catholiques de France sont en train de faire de même, en fondant les Chevaliers de Jeanne d'Arc. Ainsi nos amis de la Nouvelle- Angleterre et de Québec qui viennent d'instituer une chevalerie indépendante, strictement conforne à l'esprit catholique et français. Quand les Knights of Columbus du Québec auront accompli cette rupture que leur imposera tôt ou tard le sentiment de la dignité nationale, s'aviseront-ils de supprimer de leur rituel, ces cérémonies macabres et rosses dont le moins qu'on puisse dire, a écrit François Veuillot, après avoir vu, "est qu'elles répugnent profondénAcnt à l'esprit latin?"

M. Edouard Montpetit, avocat, licencié de VÉcole Libre des Sciences Sociales de Paris, directeur de la Revue Trimestrielle Canadienne, secrétaire général de V Université de Montréal, secrétaire du Comité canadien de France-Amérique, membre de la Société Royale du Canada, a été récemment élu à r Académie Royale de Belgique, en même temps que le condottiere Gabriele d^Annunzio et la poétesse Mathieu de Noailles. Il prendra place dans V auguste assemblée, un de ces jours, et, naturellement, il y fera un discours.

Ses pairs verront alors se lever d'au milieu d'eux un homme de bonne taille, jeune malgré sa belle chevelure grise, de profil classique et d'allure élégante. Avant qu'il com7nence de parler, ses yeux bruns se porteront pour quelques instants un peu au-dessus de l'horizon. Quand l'attente aura été suffisante, de ses lèvres fines, façonnées par la parole quotidienne, tombera un verbe bien français, si français même, que les Belges se demanderont peut-être s'il est possible que cet homme soit né dans le lointain Caîiada... Com7ne nous, ces académiciens, amateurs de belle forme littéraire et de ferme pensée, se laisseront prendre au charme de l'orateur, et, le discours fini, ils chercheront qui, parmi eux ou parmi les écrivains français, aurait pu en écrire un meilleur.

M. Montpetit est, croyons-nous, de la lignée de Maurice Barrés; non pas que Henri Massis, ayant à le juger, l'eût placé parmi les intelleciuels qui composent la génération du relatif, — il se serait trompé; — mais parce que M. Montpetit, comme Barrés, est le produit choisi d'une longue et noble tradition nationale, et parce que l'un et l'autre savent trouver

ces formules qui font penser, que plus tard on citera, et qui serviront d'épigraphe à des livres.

Que dira-t-il à Bruxelles f Noiis ne savons pas, cela le regarde... Mais soyons assurés qu'il s'en tiendra à la vérité, sans cependant médire de nous; et, de son discours, notre pays sortira plus grand aux yeux de l'étranger. Il sera, selon son habitude, souriant et sérieux, profond tout juste assez. pour ne point rebuter, ne dédaignant point à l'occasion le paradoxe pittoresque. {Qui sait ?... Il vous nommera peut-être ses amis, dont le souvenir l'accompagne partout). Enfin il montrera, d'un mot, d'une allusion, d'un sourire, qu'il a des lettres — anciennes et modernes.

Nous ne connaissons pas, au pays, de conférencier qui lui soit supérieur, ni qui soit plus divers. Nous l'avons entendu naguère nous convier, ému et suppliant, à la Veillée des berceaux, afin d'arracher tant de nos petits enfaîits à une mort précoce. Avant et pendant la grande guerre, nous étions là lorsque, recevant une délégation française, et plus tard une délégation belge, il faisait en termes splendides l'éloge de la France et de la Belgique. Vint un jour où, pour une œuvre charitable, il décrivit avec humour, en *vers et en prose, cet admirable coin de la presqu'île gaspésienne qui se termine par le rocher Percé. Enfin, il fut tout à la fois peintre de paysages et peintre de portraits, psychologue et diplomate, lorsqu'il voulut bien, à un auditoire d'universitaires, raconter ses impressions de la conférence de Gênes.

Ce parfait diseur est par élection et par goût un professeur de carrière. Economie politique et sociale, politique économique, finances publiques, législation imiustrielle forment la matière de son enseignement. Il a lancé naguère dans la langue de

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nos intellectuels le mot de compétence; mais ayant mis à la mode le mot, il a voulu être éminemment la chose. Ses élèves, qui le comprennent, lui ont accordé leur admiration et leur confiance. C'est ce qui lui a permis d'en orienter plusieurs vers un bel avenir. Au début de bien des jeunes et brillantes carrières, on le retrouve, lui, l'alluw.eur de flambeaux, l'heureux excitateur de talents qui sans son aide se seraient peut-être ignorés.

Pour perpétuer son enseignement et du même coup lui donner une forme impeccable et définitive, pour permettre en même temps à d'autres d'atteindre le public, il a fondé la Revue Trimestrielle Canadienne. Elle a dix ans cette année; mais par son sérieux, par sa tendance à la spécialisation, elle est déjà adidte. De toutes les revues canadiennes, disons-le au risque de paraître chauvin, c'est celle qui peut donner à l'étranger l'idée la plus favorable de ce que nous sommes, de ce que nous voulons êhe. Les articles que son directeur y a publiés formeront bientôt un précieux volume : il viendra s'ajouter au Service de la tradition française et aux Survi- "vances françaises qui ont fondé ici la réputation de l'écrivain. C'est déjà bien de dire qu'il est toujours correct, toujours français, même quand il est subtil; ajoutons qu'il sait être précis et nuancé, et qu'il trouve le mot.

Oserons-nous pousser plus loin le portrait et dire maintenant quel est l'homme ? Catholique depuis toujours de tradition, de tournure d'esprit, de pratique; résolument spiritualiste dans son enseignement, c'est une âme à qui la bassesse répugne d'instinct. En garde contre toute affirmation bridale, préoccupé de ne point heurter de front une opinion respectable, soucieux de ne point poser à l'homme qui ne se trompe jamais, il sait, quand il le croit nécessaire, prendre un chemin et le suivre jusqu'au hoid. Cette fidélité à une conviction longuement mûrie, il l'applique en totalité à ses amitiés. Du jour où l'on

a conquis son affection, on peut compter sur elle et elle est séduisante autant que délicate et respectueuse. Pour un ami, ce professeur très occupé a toujours du temps, et il sait en perdre pour causer des choses de V esprit et de Vort...

Ses amis ont raison de V aimer, les étudiants de V admirer et de le suivre, les Canadiens français d'être fiers de lui. Nous nous sentons pleinement justifiés de faire aujourd'hui son éloge, sans y mettre d'ombres. L'Académie Royale de Belgique s'honore en l'invitant à prendre place dans son sein : elle a élu un Canadien vraiment représentatif, c est-à-dire exceptionnel.

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