CONCLUSION
Le catholicisme donne à l'homme la possibilité d'atteindre la fin surnaturelle vers laquelle notre premier père a délibérément refusé de tendre. Mais en mettant les fils d'Adam en état de reprendre complètement leur destinée surnaturelle, Jésus-Christ leur offre l'opportunité trois fois heureuse de dévetopper pleinement l'être humain, et de trouver dès ici-bas une certaine félicité. Ceux qui reprochent à notre religion de nous enlever la terre en fixant nos espérances au Ciel ne savent vraiment ce qu'ils disent. C'est mal connaître notre foi que de ne pas comprendre qu'elle nous a non seulement ouvert le ciel, mais qu'elle a aussi renouvelé la face de la terre.
Aussi bien nous n'avons jamais voulu, à V Action française, séparer la conservation et l'organisation de notre vie nationale du maintien et du développement de notre foi. Notre nationalité cet née d'un acte de foi; c'est un acte d'apostasie qui lui donnerait le coup de mort. Ce que nous devons au catholicisme, M. l'abbé Groulx vient de le redire en maître: ''Depuis le jour où l'Église suspendait la croix au portique de notre histoire, qui oserait marquer une défaillance, une interruption dans son dévouement, une heure où elle a paru lassée d'être la bienfaitrice du peuple canadien" ? Qu'on se donne la peine de relire ou au moins de hre tout l'article et ce sera peut-être une réponse à ceux qui nous croient plus préoccupés de ''l'intégrité française" que de "l'intégrité catholique".
Au surplus chez tous les peuples dont la civilisation a atteint un certain degré, la culture de l'homme complet ne va pas sans le catholicisme intégral.
Il s'agit, en effet, de restaurer dans l'individu l'image de Dieu, défigurée par la faute originelle. Il y a une multitude de maux, de péchés et d'erreurs dans l'homme, dans la famille, dans la société, qui ont poussé sur le sol de la chute primitive, et s'y sont enracinés pour demeurer en permanence.
Or un développement purement humain n'est jamais possible là où l'homme perd de vue la réalité de notre déchéance; toute civilisation, même la plus élevée, contient de graves erreurs et trompe ses adeptes, si elle ne part pas du principe que la vraie nature et la vraie destinée de l'homme ne peuvent être ni retrouvées ni favorablement développées, sinon par le retour à Dieu et pai la voie que la vine sagesse a tracée.
Quelle est cette voie pour la formation de l'individu d'abord ? C'est le problème intellectuel qui se pose. Le Père Forest 0. P. nous a démontré que ''non seulement la foi n'est pas l'ennemie de la science et de la raison, mais encore qu'elle est, pour l'une et l'autre, une condition indispensable de progrès". Et c'est relever les courages de ceux qui veulent fonder un foyer de vie intellectuelle chez nous que de leur redire éloquemment: *'Ce mouvement a tout à perdre et rien à gagner à s'isoler de la foi".
Les arts non plus n'ont rien à craindre du catholicisme ''qui met en liberté ce qu'il y a de meilleur dans l'homme". Le beau est l'ami du vrai et du bien. Tous trois ne font qu'un d'après leur nature; c'est, je crois, le dogme fondamental de toute véritable esthétique. ''Loin de diminuer la nature, nous dit excellemment M. Arthur Laurendeau, le divin la pare, la couronne, l'achève".
Mais le progrès moral doit au moins aller de pair avec le progrès de l'esprit. Il est même plus important de former les volontés et de tremper les caractères. Que
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vaudrait, en effet, l'homme dont la connaissance ne tourne pas à l'amour et à l'action ? Écoutez cette réponse qui ne manque pas de piquant: '^Une moitié d'homme ou, pour parler plus justement, un tiers d'homme, disait un jour le vieux Gœrres, est un savant ainsi bâti: tout ce qu'il reçoit en lui se développe seulement dans sa tête; jamais rien ne pénètre jusqu'à sa volonté; à plus forte raison rien ne lui vient du cœur". Et c'est une calamité. Tout autre doit être le développement de l'homme complet. Il forme une volonté et encourage l'action loyale. Tel est le concept chrétien.
Le catholicisme est vie; il pousse de la science à l'action. Il fait autant appel à la volonté et à l'action, qu'à la pensée, et même davantage. Son point de départ, c'est la vie. Il ne peut être jamais trop tôt pour astreindre les enfants à une vie chrétienne, former leur esprit par la foi à la bonté et à la grandeur de Dieu. Il n'est jamais trop tôt non plus pour réveiller la vie de l'esprit. Il peut se faire que les enfants ne saisissent pas très bien avec leur intelligence le sens des prières et des préceptes du christianisme, mais ils les saisissent avec la volonté et avec le cœur. Ils grandissent et bientôt apparaît à l'esprit de l'adolescent la belle doctrine de l'élévation morale du chrétien à la dignité de fils de Dieu. (Père Villeneuve).
La volonté est la cause des maladies, partout où cela va mal, dans notre intérieur comme dans notre extérieur. C'est elle qu'il faut corriger et fortifier. Le catholicisme possède un moyen capable d'aider la volonté à s'améliorer; il n'appartient ri à la médecine, ni à la philosophie, mais il a fait ses preuves au point de vue pédagogique; et ce moyen je le nommerai au risque de passer pour un sermonneur: c'est la confession.
Vous ne pouvez séparer la vraie moralité de la foi
chrétienne. ''Elle renferme nécessairement la croyance que Jésus de Nazareth est le Messie", disait Locke luimême. ''Ce que nous devons au Rédempteur, c'est la communication d'une connaissance solide, d'un Dieu vrai et invisible, c'est la connaissance claire de notre devoir, la restauration de l'honneur dû à Dieu en esprit et en vérité, la perspective certaine de l'immortalité et de la rémunération, la promesse de l'assistance de l'Esprit de Dieu pour pratiquer la vertu et la vraie religion".
Le monde peut former parfois des caractères honorables et dans maintes choses dignes d'être imités, mais presque toujours des caractères inévitablement exclusifs. Le Christianisme, dans la personne de son Rédempteur, a le modèle de la plus haute perfection, de la plus belle mesure du développement égal de toutes les vertus. C'est à lui qu'il faut recourir pour posséder l'homme tout d'une pièce qui ne s'étiole pas, qui ne devient pas un "estropié moral" dans l'étroitesse de ses connaissances et de sa puissance. La fidélité aux enseignements et à la morale du catholicisme permettra aux individus de résister à l'entraînement général, et de développer leur vie intellectuelle, morale, économique et sociale.
Car l'homme n'est pas un être isolé, il naît et grandit dans une famille. Il constitue à son tour une société famihale, quand le moment en est venu. C'est dans cette cellule primordiale de toute société que l'on doit établir notre "intégrité catholique". Le père Dugré nous l'a rappelé avec abondance. Le catholicisme applique au mariage deux idées qui sont comme les piliers inébranlables de l'organisation de la famille: l'unité et l'indissolubilité.
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L'Église est charp^ée de leur défense; et avec un soin jaloux elle revendique tous ses droits pour l'administration de ce sacrement qui crée l'union sacrée entre un seul homme et une seule femme, et la rend indissoluble dans n'importe quelle circonstance. Gardons cette arche sainte. "Lsl famille catholique, avec la paroisse catholique, fut la cause principale de notre survivance dans le passé, elle seule pourra nous permettre de surnager dans l'avenir."
L'homme s'appartient avant tout à lui-même; il doit tout d'abord se perfectionner lui-même; avant d'exercer sa solhcitude sur les autres, son cœur doit rester un sanctuaire où personne autre que Dieu ne doit régner.
Mais l'homme est composé d'un corps et d'une âme: il vit dans le temps et dans la société. La société doit être régie par un ensemble de principes proportionnés aux deux éléments essentiels de l'homme. Comment voulez-vous que l'Église reste impassible aux fluctuations, aux luttes, au mouvement si intense de la vie économique? (Emile L'Heureux). Vous trouvez sans doute bon qu'elle subvienne à la misère du pauvre, qu'elle tende la main auprès de ceux qui ont trop pour donner à ceux qui n'ont pas assez. Mais l'empêcherez-vous de prévenir la misère et de garantir à l'homme la possibilité de vivre de fait à la sueur de son front, sans avoir recours au morceau de pain de la charité ? Qui lui contestera le droit et le devoir de corriger, dans la mesure du possible, ces crises économiques, en prêchant la justice et la charité dans tous les problèmes de production, de circulation et de répartition de la richesse ? L'Église voit ici une question de conscience et d'humanité. Elle seule peut résoudre les cas souvent embarrassants de ceux
qui viennent chercher auprès d'ElIe lumière et conseil. Catholiques canadiens, sachons concerter nos efforts qui donnent tant de sécurité à notre province; poursuivons méthodiquement la propagande des principes de l'ordre social chrétien, présentons nos revendications en temps opportun, sous le jour qui les rende plus sympathiques.
Ce que nous disions de la vie des particuliers et des familles a une valeur non moins grande, appliquée à la vie publique de la société. Cette dernière ne peut absolument pas prospérer, si elb n'a pas la religion pour soutien. Dans les limites étroites de son existence, l'individu a déjà tant de fardeaux à supporter, tant de dangers à vaincre, tant de tentations à surmonter qu'il est obligé de dire souvent avec Schopenhauer: 'Tour ceci la philosophie ne suffit pas". Tant que les choses vont bien il est facile de dire: ''Je suis un homme et je me suffis à moi-môme". Mais aussitôt que les choses deviennent sérieuses, adieu les grands mots, si là, tout près, il n'y a pas une force plus puissante que celle qui réside dans les formules creuses de la raison humaine abandonnée à elle-même. Quelle est cette force qui maintiendra l'homme droit et inébranlable sous le poids de la vie publique et des exigences qu'elle réclame de lui ? C'est la seule religion qui accepte complètement et dans toute son étendue la loi naturelle, la seule qui reconnaisse toutes les inclinations vraiment naturelles de l'homme, la seule qui ne lèse aucune de ces inclinations, mais qui les purifie et les sanctifie, c'est la religion catholique. Elle seule nous appoiie la civilisation humaine qui se trouve dans le secret d'une révélation divine, (f'mile Drue esi).
Il nous faut donc adhérer en politique à toutes les
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vérités découlant de cette religion dont on reconnaît le caractère surnaturel. C'est le souhait de M. Anatole Vanier qui fait sien le vœu de Mgr Paquet: ''Notre petit peuple devrait se ressaisir sans plus tarder. Et, dans ce mouvement de réaction si désirable, qui ferait honneur à notre intelhgence et rehausserait notre dignité d'homme. Nos gouvernants, la plupart bons catholiques dans leur vie privée, devraient se convaincre de la nécessité pour tout catholique sincère de se montrer ce qu'il est non seulement à l'église et au foyer, mais dans les relations publiques, dans la chaire, dans les prétoires, dans les parlements".
Une des erreurs les plus funestes pour le peuple et l'état est qu'on ne veut pas admettre cette vérité fondamicntale de l'histoire universelle: le manque d'énergie morale, le manque de force et de volonté fait tomber les empires et leur civilisation. Aussi vous les voyez s'effondrer les uns après les autres; pas tant sous les coups des ennemis extérieurs que par la diminution de la vie morale, à l'intérieur. Or ce n'est pas avec des canons ni avec des millions qu'on maintient la vie dans un état, et encore moins une civihsation.
Il faut une force, une vie surnaturelle, un catholicisme de l'esprit et du cœur invisible, purement intérieur d'abord, mais qui cherche ensuite à se diffuser au dehors. Sachons nous former des âmes catholiaues dans des familles catholiques, dans des associations catholiques, dans un gouvernement catholique. ''Alors notre nationalité, en mettant son action extérieure au service du catholicisme, aidera par sa pensée et son énergie la vraie civilisation". C'est la forte thèse de M. Antonio Perrault sur laquelle je veux terminer.
''Si tu aimes ton pays, disait la sagesse païenne, faislui en ta personne cadeau d'un bon citoyen."
Que la fierté de donner à la patrie ses citoyens les meilleurs, s'éveille au cœur de tous les nôtres, y suscite le courage des labeurs nécessaires à ces grandes destinées. Mais nous serons insuffisants à cette noble tâche, si nous ne prenons pas pour boussole le catholicisme intégral et pour règle de conduite sa morale transcendante. Nous trahirons les desseins de la Providence, si, possédant la foi du Christ, avec les énergies d'une race française, nous ne développons chez nous l'esprit d'apostolat qui a déjà fait des merveilles, mais qui doit ' 'apporter à la Vérité catholique un peu de la collaboration que lui voua la France sur tous les continents."
Abbé Philippe Perrier.