NOTRE INFLUENCE EXTERIEURE PAR LE CATHOLICISME
L'Action française accomplit une oeuvre positive. Elle ne se borne point à dénoncer les maux dont nous souffrons, ni à mettre en garde notre nationalité contre les hommes et les institutions contraires à son destin. Elle lui propose une doctrine et des moyens d'action. Notre peuple a droit à l'existence; l'exercice plein de ce droit n'est gêné ni par notre situation politique ni par notre pensée religieuse. IJ Action française veut faire reconnaître ce droit, en faire admettre toutes les conséquences. Ses articles sont des thèses où l'on indique les lois directrices de notre évolution. U Action française tourne l'attention de notre peuple vers l'avenir; elle lui montre le point d'arrivée où le dirige l'étoile de son histoire. Pour soutenir les efforts présents elle montre leur prochain aboutissement. Prévoyant les changements inévitables de l'Amérique et de l'Empire britannique, V Action française désire que les Canadiens français songent aux lendemains que peuvent leur faire l'effritement de la puissance anglaise et la rupture de la Confédération. Elle rappelle à notre peuple cet idéal (]ue demain vraisemblablement changera en une réalité: l'épanouissement de notre nationalité en une nation revêtue du caractère juridique de l'État. Ces regards sur l'horizon lurent l'objet de l'enquête de 1922; celle de 1923 n'en sera que le complément. V Action française, préoccupée uniquement des marques distinctives de notre race, l'esprit français et le catholicisme, soumet à ces deux facteurs de notre vie nationale, toutes nos activités, morales et reli-
gieuses, intellectuelles et économiques. L'an dernier les articles de nos collaborateurs proposèrent à leurs lecteurs rintégrité française; cette année la foi catholique retiendra leur réflexion et formera le fonds de leurs études.
Cette consultation sera aussi large que possible. Elle s'arrêtera à chacun des aspects de nos pratiques religieuses, vie intérieure de notre nationalité faite des rapports établis entre les individus, les familles et les groupements professionnels qui la composent; vie extérieure, celle qu'elle projette au-delà des frontières de son territoire et qui s'accroîtra avec l'entrée de notre peuple dans le monde international. Envisageant cette influence lointaine, V Action française pose tout d'abord cette question: quel appoint les Canadiens français peuvent-ils, hors du Québec, apporter à r Eglise, et quelle force, quelle influence peut leur valoir ailleurs le catholicisme ?
Un peuple ne saurait profiter seul de sa vie religieuse; ses actes de spiritualité réagissent sur les autres nations. Il fournit ainsi sa collaboration à l'oeuvre de la Divinité ou il la lui refuse. ''Quelle que soit la forme de gouvernement, tous les chefs d'État doivent absolument avoir le regard fixé sur Dieu." (Encyclique Immortale Dei). Cette règle, tracée par Léon XIII, n'est plus suivie par tous les gouvernants. Depuis le XVIe siècle, maintes nations imbues d'idées de souveraineté étrangères aux préoccupations religieuses, se croient dispensées de toute relation spirituelle avec Dieu. Il n'en saurait être ainsi des peuples qui se disent catholiques. Chacun d'eux constitue comme l'un des membres de l'Église; il doit, par ses activités à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières, collaborer à son
6 l'action FRANÇAIS!.
oeuvre. Il doit favoriser de tout son pouvoir ' 'l'action sanctifiante et éclairante de l'Église," selon le mot récent de l'archevêque de Cambrai, Mgr Chollet. Gardienne des vérités révélées, chargée de les enseigner, l'Église maintient sur terre la transcendance de la vie spirituelle; elle s'efforce de conduire tous les hommes à une surnaturelle destinée. Peuples et individus lui peuvent servir d'instrument dans l'expansion de cette nécessaire influence.
Si jamais groupement humain s'assigna la mission de ne point contrecarrer cette oeuvre du catholicisme, de la seconder et la répandre, c'est bien notre nationalité. A chaque période de son histoire, une étroite liaison apparaît entre le catholicisme et les diverses manifestations de la vie nationale; à la naissance de notre race sur terre américaine et tout le long de sa croissance resplendit sur elle la lumière chrétienne. Jamais notre race ne refusa de se laisser guider par ce mot d'ordre que lui donna Samuel de Champlain dès 1615: "Le salut d'une seule âme vaut mieux que la conquête d'un empire, et les rois ne doivent songer à étendre leur domination dans les pays où règne l'idolâtrie, que pour les soumettre à Jésus-Christ."
Cette union entre la foi catholique et notre pensée nationale ne peut que se fortifier si nous savons demeurer fidèles à notre rôle. Notre collaboration à l'oeuvre du catholicisme revêtira les formes suggérées par les circonstances. Un peuple possédant le caractère d'un État, peut manifester cette collaboration jusque dans les relations internationales. Tenant rang parmi les autres nations, il lui est loisible de mettre sa personnalité juridique au service du catholicisme et de contribuer ainsi à faire reconnaître la place souveraine que l'Église doit tenir dans la société universelle. Il est permis d'espérer que si jamais les Canadiens français forment un État, ils agiront de concert
avec les puissa.nces qui regardent l'Église comme la pVemière des forces morales et veulent aider son interprète, le pape, à faire bénéficier les peuples de sa lumière et de sa charité.
Mais d'autres moyens s'offrent aux groupements humains de collaborer avec Dieu à l'oeuvre du salut des hommes. Puisque le catholicisme est fait de doctrine et de vie spirituelle, un peuple peut, par sa pensée, aider la première et, par son apostolat, la seconde. Aux corps organisés, aux individus qui le constituent, ce peuple abandonne le soin de promouvoir la doctrine et la vie catholiques, de faire rayonner au loin des initiatives d'idées et de piété.
Notre nationalité n'a guère eu les loisirs de former des docteurs. Et pourtant quelques-uns de ses écrivains, n'ont-ils pas déjà contribué à répandre la doctrine catholique ? Les races autres que la nôtre ont-elles, en Amérique, de meilleurs penseurs catholiques que certains de nos prêtres et laïques, Mgr L.-A. Paquet, ou M. Henri Bourassa par exemple ? Mais c'est dans un autre domaine, celui de l'apostolat, que notre nationalité a déjà conquis, du point de vue catholique, ses meilleurs mérites devant l' Église et devant la civilisation. Il ne nous est pas interdit d'espérer qu'un jour un Souverain pontife, au récit des gestes de nos missionnaires, reprendra à notre compte ce que Léon XIII reconnaissait publiquement à l'honneur de la France le 8 février 1884. A-t-on souvenir de ces paroles glorieuses et telles que nul peuple au monde ne s'en vit jamais adresser de semblables ? ''La très noble nation française, par les grandes choses qu'elle a accomplies dans la paix et dans la guerre, s'est acquis envers l'Église catholique des mérites et des titres à une reconnaissance immortelle et à une gloire qui ne s'éteindra pas... Vos ancêtres dans de grandes et salutaires entreprises, ont paru comme les aides de la Providence elle-mrme. Mais ils ont
8 l'action française
surtout signalé leur vertu en défendant par toute la terre le nom catholique, en propageant la foi chrétienne parmi les nations barbares... Aussi leur est-il arrivé, grâce à leur fidèle dévouement à TËgUse catholique, d'entrer comme en partage de ses gloires et de fonder des oeuvres publiques et privées où se manifeste un admirable génie de religion, de bienfaisance, de magnanimité." (Encyclique Nohilissima Gallorum) .
Il semble que notre nationalité se soit donné, à l'exemple de sa mère, la France, la mission d'être dans le monde comme l'aide de la Providence, défendre partout le nom catholique et propager la foi chrétienne. Ne méritera-t-elle pas, elle aussi, d'entrer comme en partage des gloires de l'ÉgHse, d'acquérir envers elle des titres à une reconnaissance immortelle ?
L'oeuvre apostolique des Canadiens français se poursuit sans arrêt depuis les premiers jours de la Nouvelle-France. Après avoir maintenu notre peuple dans la foi catholique, nos prêtres, nos religieux, nos religieuses firent rayonner leur action dans les autres parties du Canada, aux États-Unis, dans l'Amérique méridionale, chez les peuplades d'Afrique, chez les Japonais et les Chinois d'Asie.
Vers 1620, François Lescarbot, le premier avocat parisien que connurent les rives du Saint-Laurent, se plaignait que les choses religieuses n'allassent point assez vite. ''Les demandes ordinaires, écrivait-il, que l'on nous fait sont: Y a-t-il des trésors? Y a-t-il des mines d'or et d'argent et personne ne demande, ce peuple-là est-il disposé à entendre la doctrine chrétienne ?" Lescarbot, nous le craignons, ne s'entretenait pas avec de grandes âmes. Dès ce temps, et à chaque heure de notre histoire, il se trouva de courageux apôtres qui demandaient si ce peuple désirait entendre la loi du Christ. Et sans attendre la réponse.
tous, convaincus de la force rayonnante des paroles évangéliques, coururent à la rencontre de milliers d'hommes, voulant les convertir à Dieu. Ce sont ces religieux et ces religieuses qui répondirent au touchant appel que ce même Lescarbot adressait à sa patrie: 'Trance, bel oeil de l'univers, ancienne nourrice des lettres et des armes, recours des affligés, ferme appui de la religion chrétienne, très chère mère, il faut aujourd'hui dilater les bornes de votre pitié, justice et civilité. Il faut convertir tant de milliers d'hommes à Dieu avant que la consommation du monde vienne."
Aux premiers jours de la colonie, la Nouvelle-France n'est qu'une ''mission." L'organisation paroissiale commence avec l'arrivée de Mgr de Laval. Des prêtres, résisant au séminaire de Québec, se font missionnaires, visitent les colons habitant les deux rives du Saint-Laurent. La formation de centres religieux autour des manoirs seigneuriaux ne supprime point toute difficulté. Quel territoire ces prêtres n'ont-ils pas encore à parcourir pour atteindre tous leurs fidèles? Quel champ spirituel représente chacun des quatre-vingt districts paroissiaux que l'on compte en 1720 dans les gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières ? C'est le temps où la paroisse de Baie-Saint-Paul et Eboulements s'étend de Tadoussac au Sault-Montmorency. Ces cadres où se logent quelques centaines d'habitants ne sont pas champ suffisant où se puisse dépenser le zèle de nos prêtres et religieux. Aux secours spirituels qu'ils apportent aux familles de notre race, ils joignent la grande tâche, l'ôvangélisation des sauvages. Dès ce temps, l'âme canadienne possède, tout comme la française, sa marque, l'aptitude à l'apostolat. Quand vient la défaite, la race se replie sur elle-même; puis bientôt s'abandonnant à sa force d'expansion, elle reprend sa course héroïque vers la conquête des âmes.
lu T.' \CTTO^" l^R ANC AISE
L'église mère, celle de Québec, essaime. A peine Mgr Briand a-t-il relevé de ses ruines la cathédrale de Québec et disputé la propriété de cet édifice au ministre protestant, qu'il se préoccupe de tout son peuple. La tâche n'est pas facile: sa juridiction s'étend jusqu'au Mexique. Il écrit aux Illinois et aux Tamarois leur promettant l'envoi d'un missionnaire. Il songe aux missions de la Nouvelle- Ecosse et de Détroit,. aux Acadiens des rives de l'Atlantique, aux Abénakis de Bécancour, aux Micmacs et aux Iroquois du Sault-St-Louis. A l'organisation de nos milliers de paroisses et de nos diocèses, à la création de notre enseignement supérieur et secondaire, à l'aide qu'ils apportent à la diffusion de l'instruction primaire, les successeurs de Mgr Briand, leur clergé séculier, leurs religieux et leurs religieuses ajoutent la tâche de porter au loin la loi de Dieu. Mgr Plessis rappelle à Sir Georges Prévost que l'évêque catholique romain de Québec a le droit d'étendre sa juridiction sur tous les sujets catholiques du Haut et du Bas-Canada, de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick, des îles du Cap-Breton, du Prince-Edouard et de la Magdeleine. Lord Selkirk, fondateur de la Rivière-Rouge, lui demandant des missionnaires, les abbés Provencher et DumouKn se rendent en 1818 à Saint-Boniface. Mgr Plessis détache de son vaste diocèse quelques vicariats apostohques ; puis peu à peu des diocèses sont crées à Montréal, dans l'ouest, dans le Haut-Canada, en Nouvelle- Ecosse et au Nouveau-Brunswick. L'Église de Québec est la pourvoyeuse de prêtres des régions les plus éloignées. Vers 1840, Mgr Signay fonde les missions du haut Saint- Maurice et du haut Saguenay, du Témiscamingue et de rAbitii")i, commençant ainsi l'évangélisation du Nord-est canadien, des côtes du Labrador à la baie d'IIudson. Les religieuses suivent prêtres et religieux. A l'appel de
•Mgr Provencher quatre Soeurs Grises vont jeter à Saint- Boniface la semence féconde qu'elles firent germer dans le Nord-ouest. Mainte? communautés, nées dans le Québec où qui s'y développèrent, imitent bientôt cet exemple, au profit des autres provinces canadiennes et des États-Unis. Comme il importe de fonder des diocèses, oeuvre faite de sacrifices, on choisit comme évêquesdes Canadiens français. Mgr Norbert Blanchet est premier évêque de l'Orégon, son frère, Mgr Magloire Blanchet, premier évêque de Nesqually, dans l'Etat actuel de Washington, Mgr Demers, l'apôtre des montagnes Rocheuses, premier évêque de Vancouver. Mgr Taché, avant de succéder à Mgr Provencher et devenir le premier archevêque de Saint-Boniface, se livre à l'évangélisation des sauvages. Quelques évêques du Québec connurent pareille vie de dévouement, tels Mgr Hubert et Mgr Laf lèche.
Le mouvement de colonisation qui après 1850 absorbe une grande part du zèle de notre clergé, ne l'empêche pas d'étendre son action apostolique au delà de nos frontières canadiennes. L'abbé Quévillon, prêtre de Saint-Hyacinthe, fonde en 1850 la première paroisse franco-américaine. Nos prêtres ouvrent des paroisses cathoKques im peu partout aux États-Unis, dans le Wisconsin et dans le Michigan, dans le Minnesota et dans le Dakota. En 1867, les Clercs Saint- Viateur et les Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame commencent à se préoccuper de l'instruction publique aux États-Unis; ils ouvrent un collège à Bourbonnais, des écoles à Kankakee et dans les localités environnantes. En 1856, les Soeurs de la Providence de Montréal ouvrent les premiers des trente hôpitaux, hospices, orphelinats qu'elles possèdent aujourd'hui dans les États de Washington et d'Orégon, de Montana et cl'Idaho. En 1859, les religieuses des Saints Noms de Jésus et de
12 l'action française
Marie pénètrent dans les régions du Pacifique. Elles possèdent aujourd'hui aux États-Unis 52 maisons, dont deux écoles pour les nègres en Floride. Vers 1860, les Canadiens français portent jusqu'en Amérique latine leur zèle apostolique. En juin 1853, des Soeurs de la Providence de Montréal prennent la direction d'un orphelinat à Santiago. En 1871, des Soeurs du Bon-Pa,steur vont s'établir à Quito puis à Lima, en 1892, à La Paz en Bolivie, en 1908 à la Colombie, en 1913 à Sucre. C'est près de deux mille Soeurs enseignantes et quelques centaines d'hospitalières, originaires du Canada français que comptent aujourd'hui aux États-Unis ces communautés de femmes et quelques autres: Ursulines des Trois-Rivières et Soeurs de Sainte- Croix, Soeurs de Sainte- Anne et Soeurs de la Présentation, Religieuses de Jésus-Marie et Petites Soeurs franciscaines de Marie, Soeurs de la Providence et Soeurs de la Miséricorde.
L'Amérique ne suffisant pas au zèle apostolique des Canadiens français, ils commencent, vers 1900, à prendre part aux missions de l'Afrique et de l'Asie, les Pères de Sainte-Croix an Bengale, les Pères Blancs et les Oblats en Afrique, les Franciscains et les Jésuites, les Ursulines et les Carmélites, les religieuses de Marie-Réparatrice et les religieuses Missionnaires de Notre-Dame-des- Anges en Chine et au Japon. Les Soeurs Missionnaires de l' Immaculée-Conception ont aujourd'hui de remarquables établissements en Chine, écoles et orphelinats, crèches et léproserie.
Pour couronner cette oeuvre apostolique, l'épiscopat de la province de Québec ouvre en 1921 près de Montréal, un Séminaire des Missions étrangères. La troupe bénie des apôtres ne peut donc que s'accroître chez les Canadiens français. Et quelle gloire ne font-ils pas retomber sur toute leur race ? Ces pages, à l'énumération trop sèche, ne font
voir ni les efforts ni les sacrifices marqués d'héroïsme dont sont faites ces vies de religieux et de religieuses. Qui dira les mérites de ces apôtres de notre race qui enseignent dans les autres provinces canadiennes, aux États-Unis, dans l'Amérique latine, en Afrique, en Asie, la doctrine de Jésus- Christ et dotent ces pays des bienfaits de sa charité et des oeuvres qu'elle suscite ? Lisez les ouvrages qui furent écrits à leur sujet en ces dernières années. Méditez surtout les lumineuses synthèses que M. Henri Bourassa ^ et le R. P. Adélard Dugré ^ écrivirent récemment sur notre action apostolique. On comprendra mieux alors l'action bienfaisante de ces missionnaires et, ainsi que l'écrivait M. Bourassa, notre droit et notre devoir **de proclamer l'excellence de leurs oeuvres, d'attester le désintéressement de leurs entreprises, de faire resplendir l'éclat de leurs vertus apostoliques, d'annoncer au monde l'immensité de leur labeur et l'incalculable richesse des trésors de charité qu'ils ont versé s sur tout le continent d'Amérique et bien au delà". "L'esprit apostolique," ajoute le R. P. Adélard Dugré, "qui a fait de la France la grande missionnaire de l'Église ne s'est pas éteint chez les enfants du Canada. Cette page d'histoire, nous semble-t-il, fait grand honneur au catholicisme. Nulle part ailleurs, peut-être, il n'a manifesté, dans les temps modernes, une telle force de résistance, une telle énergie progressive."
Ce sont vérités qu'il faut mettre en lumière. L'oeuvre catholique de notre race fut double : nulle autre nationalité ne servit mieux qu'elle le catholicisme au Canada ni ne se préoccupa davantage de le répandre. Les catholiques,
^. Le Canada apostolique, Montréal 1919.
^. L'oeuvre apostolique des Canadiens français, article publié dans les Etudes, Paris, 5 et 20 juin 1922 et mis en brochure.
14 l'action fk ANC aise
prêtres, religieux et religieuses, qui organisèrent l'Église au Canada, se livrèrent à l'action apostolique dans notre pays et hors de notre pays, ne furent ni de race anglo-saxonne, ni de race irlandaise, mais de race canadienne-française. Et l'argent nécessaire au maintien de ces missions est en grande partie donné par les laïques de notre province. N'oublie-t-on pas ces faits en certains milieux ? Qui, aujourd'hui encore, poursuit l'oeuvre apostolique dans le pays des glaces, chez les Esquimaux, les Flancs-de-Chiens et les Peaux-de-lièvres? Sont-ce des prêtres et religieux irlandais ou canadiens-français ? Ce sont des fils de la province de Québec. Que d'autres se présentent pour recueillir les riches prébendes et les postes d'honneur. Qu'on laisse du moins à notre race ses mérites de souffrance et de sacrifices, sa gloire faite de courage et de dévouement.
Ce n'est pas seulement devant l'Église que cette manifestation extérieure de notre foi vaudra prestige à notre nationalité. En confessant de la sorte son catholicisme au delà des frontières de son territoire, elle se met au service de la civilisation, méritant ainsi la reconnaissance des hommes et des peuples soucieux du réel progrès de l'humanité.
Si Condillac eut raison d'écrire qu'il y a ''une barbarie civilisée, comme il y a uûe barbarie sauvage," le problème demeure, même de nos jours, de connaître au juste les éléments de la vraie civilisation, découvrir les moyens d'en assurer la conservation. Le monde moderne révèle, à maints égards, les traces d'une ''barbarie civilisée." Il frappe surtout par cet aspect matériel que lui font le déploiement des forces de la nature, l'activité des agents physiques, la domi-
nation des hommes d'argent préoccupes uniquement de perfectionner les instruments de production et d'accroître leur richesse. On le dirait livré pour toujours à la haine et à la violence. La civilisation digne d'être maintenue se reconnaît-elle à ces seuls signes ? Maintes gens partagent l'avis de ce personnage d'une comédie de François de Curel: ''l'humanité commence où cesse l'animalité;" ils requièrent d'autres manifestations de l'esprit de l'homme. Où donc peuvent-ils apercevoir la vie spirituelle ?
La lutte entre la matière et l'esprit ne s'est jamais ralentie. Il semble que de nos jours elle devient plus âpre, la première de ces puissances voulant enfin vaincre la seconde. Après le XVIème siècle, les exigences économiques se firent plus pressantes avec l'agrandissement du champ d'action des peuples, les mainmises coloniales dont se compliquèrent les relations internationales, le développement du commerce et de l'industrie, le perfectionnement des machines. Chaque jour l'homme devint de plus en plus l'esclave des forces matérielles. Quel emprise elles prirent sur lui par l'application des découvertes scientifiques à la vie sociale. Des conséquences en sortent qui transforment la face de la terre: utilisation de la vapeur et de l'électricité,-naissance de la grande industrie, exploitation des mines d'or et de fer, de h ouille et de pétrole, culture intensive des produits que réclament d'immenses ateliers, constitution de puissants établissements bancaires et de grandes compagnies de transport, l'asservissement de millions d'êtres humains, entassés dans les villes industrielles. On ne recherche que de nouveaux moyens de produire et d'échanger des masses d'objets; on ne songe plus qu'aux dollars, fictifs ou réels, monnaie métalHque ou fiduciaire, que réclament la production et l'échangé de la matière.
Pour être plus assuré, dirait-on, do so laisser dominoi-
10 l'xVCtion française
par les nécessités économiques, l'homme accrut le désordre dans son esprit. Il amoindrit sa vitalité spirituelle à l'heure où elle devait lui être le plus utile. A la veille d'un déploiement inusité des forces matérielles, l'homme, s'éprenant des idées amollissantes ou déformantes de la Renaissance et de la Réforme, victime des erreurs qui s'en suivirent, perdit la vigueur d'âme qui l'eût soutenu dans sa lutte contre la 4irutalité de la nature. La société chrétienne se divise à la fin du moyen âge; l'homme part à la conquête de l'univers; il proclame son indépendance à l'égard de la Divinité et ne reconnaîtra plus que la force qui vient de lui-même. Voulant posséder la terre et dompter la nature, l'homme soustrait ses actes aux entraves morales ; il affranchit ses appétits de jouissance des liens que leur fixait le christianisme; ses freins intérieurs se relâchent; l'esprit d'autorité et de soumission s'affaiblit; l'idée de liberté triomphe, liberté dans la pensée, les désirs et l'action. La sauvagerie des instincts se manifeste sous des dehors nouveaux. Au premier quart du XXème siècle, le monde se retrouve sous la domination d'une science, d'une politique, d'une organisation sociale marquées de naturalisme, de la soif du lucre et du luxe, du culte de l'argent et des oripeaux de la vanité, de dédain pour les plus hautes et les plus saines activités de ] 'esprit. Le bolchévisme sous ses diverses formes est l'aboutissement de trois siècles d'efforts. On ne s'inquiète guère d'un tel résultat. La crainte seule émeut; on s'accommode aisément du trouble dans les esprits ; on ne redoute que celui de îa rue qui menace la propriété et la vie des citoyens. Dans un tel monde, mêmes les meilleurs ont peine à vivre d'une vie spirituelle. Et c'est de nos jouis surtout qu'il y a lieu de noter, dans le domaine des moeurs, ce que Jacques Maritain retraça dans le renouveau catholique de beaucoup de gens du XVIIème siècle
NOÏliE INTÉGRITÉ CATHOLIQUE 17
français: ''ce curieux concordat intime qui juxtapose à une foi encore vigoureuse, mais strictement limitée aux choses du culte et de la vertu de religion, un gouvernement de vie, un régime intellectuel et moral entièrement naturel et terrestre. Avec une candeur désarmante, on est catholique à l'église, et stoïcien, sceptique, épicurien dans le monde; surtout on est fermement décidé à gagner le ciel, mais après avoir dûment conquis le bonheur sur la terre."
Où ce culte des forces matérielles conduira-t-il le monde moderne ? Cette emprise finira-t-elle par être souveraine ? Verrons-nous de plus en plus prononcée la régression de l'esprit en face du déterminisme des forces naturelles, le persistant recul de la puissance spirituelle devant l'amour de l'or et des biens terrestres ? Pouvons-nous espérer en un redressement prochain des intelligences et des volontés, en l'établissement d'un ordre politique et social nouveau ?
Certains groupes, en maints pays, paraissent vouloir garder leçon de la rafale qui de 1914 à 1918 passa sur le monde. Ils voient dans cette tourmente sanglante le résultat d'une énergie humaine uniquement préoccupée d'espoirs et d'efforts matériels. Au jugement de ces penseurs la civilisation n'est en somme que la lutte persistante des forces morales contre les forces matérielles; laisser vaincre les premières par les secondes, c'est perdre le meilleur des gains de l'humanité. Ces hommes veulent donc sauvegarder les parcelles les plus hautes et les plus brillantes du patrimoine humain! Apercevant dans les apports du christianisme la partie la meilleure de ce patrimoine, ils voient dans l'ordre catholique la sauvegarde du monde contre les erreurs de l'individualisme; ils y voient le salut de l'humanité. Lui seul, pensent-ils, peut poser une borne à l'ambition, à la cupidité, aux instincts pervers de Thomme, lui refaire des freins intérieurs, lui réapprendre à distin-
18 l'action française
guer la vérité de l'erreur, la beauté de la laideur, le bien du mal. Ils veulent augmenter les réserves divines qui subsistent chez les peuples; pour cela emprunter au catholicisme les éléments de justice et de vérité, sans lesquels Tordre ne sortira point du chaos moderne, ni ne se maintiendront les bienfaits réels de notre civilisation. Le catholicisme apparaît, même aux incroyants, comme le '' temple des définitions du devoir," — le mot est de Charles Maurras ; l'ÉgHse est à leurs yeux ce que l'homme a trouvé de plus fort et de plus salubre pour porter l'ordre dans les puissances de l'âme humaine et y mettre une discipline, — la pensée est de Maurice Barrés. S'avouer catholique c'est pour un peuple contribuer au relèvement de l'homme, à son amélioration morale, au maintien de la paix dans le monde. Notre nationalité, en mettant son action extérieure au service du catholicisme, aidera par sa pensée et son énergie la vraie civilisation.
Il se trouve que son principal champ d'action, l'Amérique, est précisément le coin de la terre où les forces matérielles paraissent agir avec le moin? d'obstacle et les plus sûres garanties de complet succès.
Étrange retour! Au début du XVIIème siècle ce furent surtout les idées spiritualistes qi-e l'on voulut imposer à l'Amérique, celles des Français et de leurs missionnaires établis sur les rives du Saint-Laurent, celles des puritains anglais apportées le 20 novembre 1620 dans la baie de Plymouth par les passagers du Mayflower. En moins de trois siècles, la démocratie anglo-saxonne-américanisée, décuplée par le mouvement économique moderne, changea le cours des choses. Nul continent n'est aujourd'hui plus soumis (lue le nôtre au règne de la matière. Créer et maintenir une puissance spiritualistc qui serve de contrepoids à la pesée dfs forr-o?; mnt('riollos. n'est nulle part plus noces-
NOTUE INTÉGRITÉ CATHOLIQUE . 19
saire que du nord au sud de l'Amérique^. Le progrès ne résultera en Amérique comme en Europe que de l'équilibre maintenu entre forces morales et forces matérielles. Même dans un monde ou l'industrie est souveraine, il doit y avoir place pour la vérité. Il faut que des nations et, au sein de chacune d'elles, il faut que des élites, rappellent sans cesse à la foule qu'au-dessus du mal, de la matière, du veau d'or, en un mot de l'utile, il y a le bien, l'esprit, la justice, en un mot le vrai. Mais, demandent les sceptiques, n'est-il pas trop tard pour que l'Amérique entende cette voix spirituelle? A quoi peuvent prétendre les propagateurs de la vie de l'esprit sur une terre obscurcie des fumées des grandes villes américaines et empoisonnée déjà par leurs émanations? Que peut espérer accomplir notre nationalité en un tel milieu, à côté de tant d'autres éléments ethniques qui dominent le Canada et les États-Unis ?
Notre résistance aux forces matérielles serait certes facilitée par l'épanouissement de notre nationalité en un État unifié. Reconnu en droit international, mis en relations officielles avec les autres nations, ce nouvel État français donnerait plus grand déploiement à son action extérieure, seconderait l'oeuvre de l'apostolat catholique, servirait mieux ainsi l'idée du vrai progrès. Mais déjà et sans attendre cette forme politique, notre nationalité a montré l'appui qu'il lui est possible de fournir en Amérique à la cause de la civilisation. Les faits eux-mêmes manifestent la fausseté des objections proposées contre l'utilité de notre rôle en Amérique. On crut trouver ces objections dans notre petit nombre, minorité française luttant contre de multiples groupes ethniques, dans notre attachement au parler français, jugé idiome insuffisant à côté de la langue anglaise devenue familière à toutes les populations des deux Amériques. Qu'il y ait difficultés à notre apostolat religieux,
20 * l'action française
à notre mission de peuple latin, on ne saurait les ignorer; qu'elles soient insurmontables, seuls admettront cette proposition ceux qui méconnaissent la marche conquérante de certaines idées, l'emprise que finissent par obtenir sur la masse quelques âmes valeureuses. Le bouleversement des sociétés contemporaines, l'exagération des exigences socialistes, la crainte du bolchévisme amenèrent les hommes à chercher où se trouvaient les réserves de paix et d'ordre. Au Canada, elles parurent habiter un seul territoire, celui de la province de Québec, là où les Canadiens français constituent plus de quatre-vingts pour cent de la population. A cette menace d'orage, certains Anglo-Saxons, qui avaient vu jusque-là en notre nationalité un groupe Immain inférieur, objet de leur mépris, commencèrent de rendre hommage à son amour de l'ordre, à sa valeur morale. lîs en firent le thème de leurs discours publics et de leurs conversations particulières. Un Français occupant une position officielle en notre pays, m'avouait récemment son étonnement d'entendre si souvent répéter par des protestants et des Angla is qu'un seul coin de la terre canadienne, la province de Québec, leur paraissait offrir sécurité et s'orienter vers le vrai progrès.
Cet amour de l'ordre et cette valeur morale, il ne tient qu'à nous d'en faire bénéficier, par notre action extérieure, les populations de l'Amérique avec lesquelles notre nationalité viendra en contact. Nos qualités particulières et que n'ont point les autres races, les qualités que nous tenons de notre catholicisme et de notre âme française, sont une garantie de la profondeur et de l'étendue de cette influence.
Il y a une forme latine du christianisme et c'est précisément celle dont est enveloppée notre action religieuse. Dans une étude publiée dans France-Canada (juin 1922) sur le Canada religieux et le protestantisme, M. J.-L. Gilmour,
de l'université McMaster, Toronto, notait l'originalité du protestantisme canadien. ''While, liowever," écrivait-il, ^'Canadian Protestantism is in gênerai a reproduction of that of Europe, it is clear that Canada bas put its own stamp upon it, although it is not easy to define accuracj' thèse features wherein the peculiar spirit and temper of Canadian Protestantism lie. If the Catholicism of Italy is, for the student of religions life, différent from that of France, although it is not easy to define that différence in words, it is equally true that an observer will see that the Protestantism of Canada has about it an atmosphère which differentiates it clearly from that of England or of Scotland or of the United States, from ail of which countries it has derived guiding impulses."
Cette page cache une équivoque. On est peu surpris d'entendre signaler les variations des églises protestantes de Londres et de Boston, d'Ottawa et de Vancouver. Cette forme religieuse n'a fait T^ue subir l'effet des causes dissolvantes qu'elle renferme; on prévoit qu'elles agiront de plus en plus à mesure que s'étendra son champ d'action. Mais c'est étrangement méconnaître le caractère du catholicisme, son principe d'unité, sa base d'autorité, que d'assimiler ces divergences d'idées dont souffrent les sectes protestantes aux différences secondaires que l'on peut retracer chez les catholiques de Rome, de Paris ou de Vienne. Au reste, ces différences secondaires ne sont-elles pas plus évidentes entre fidèles allemands ou anglo-saxons et fidèles romains, qu'entre fidèles français et italiens? Le catholicisme italien et le catholicisme français se rattachent à la forme latine du christianisme. Ces mots — nos lecteurs en connaissent le sens — ne désignent pas, dans l'Eglise catholique, une manière propre aux nations latines de concevoir la doctrine de Jésus-Christ, ni une interprétation particulière
22 h'ACriON lllAxNÇAISE
de nos dogmes ni une obéissance facultative à la parole du pape. Partout et pour chaque âme qui veut être catholique, c'est le même enseignement doctrinal, la même foi, la même soumission aux vérités révélées et à son interprète, l'Église. L'on veut faire entendre ici l'aptitude particulière, les façons spéciales que les peuples latins apportent dans la pratique de leur credo et dans leur zèle à le répandre. Chaque peuple remplit sa vocation particulière dans l'oeuvre de la foi. Les observateurs clairvoyants constatent chez les nations attachées à la forme latine du christianisme, un dévouement plus large et mieux soutenu dans l'apostolat, un attachement plus réel aux pratiques religieuses, une fidélité plus constante aux multiples manifestations du culte catholique. Les fidèles de toute race et de tout pays ne s'y trompent pas; ils recherchent de préférence le concours des prêtres formés à cette discipline, reconnaissant ainsi l'utilité, la supériorité de la forme latine du christianisme.
A cet attachement aux actes religieux, tels que les veut l'Église de Rome, notre nationalité joint l'esprit apostolique, caractéristique de l'âme française. L'histoire de la France c'est le récit des idées spirituelles qu'elle sema à travers le monde. Que d'exemples on en pourrait citer. Une pensée française fut à l'origine des croisades; les moines clunisiens s'éloignèrent au moyen âge de la France pour édifier à travers l'Europe des milliers de foj^ers de prière, de travail, d'influence spirituelle; le mouvement missionnaire commencé en France au XVIIème siècle est de nos jours encore le plus vaste et le plus beau qui soit. Rayonner est le propre du génie français. Il a la puissance de répandre les idées qu'il élabore, de les rendre communes : de leur assurer l'universaHté. Par la générosité de son âme, la vigueur et la clarté de son esprit, le Français trouve accès
auprès des âmes des autres peuples. Nos compatriotes ne sauraient garder leur âme française, sans lui conserver cette force d'expansion qui lui vaudra une particulière vocation en Amérique. Les autres races triompheront en des domaines différents. La propag:ation des idées spirituelles devrait demeurer notre premier objectif. Nous y recueillerons des succès que d'autres nationalités ne sauraient atteindre. A titre d'exemples, regardez le fructueux labeur des nôtres, prêtres, religieux, religieuses, transplantés dans des milieux difficiles, parfois hostiles. Par contre, observez les parties de l'Amérique où îfes intérêts religieux furent confiés aux fils d'autre race que la nôtre. Tandis que dans l'Amérique du Sud la propagande protestante se fait de plus en plus intense, on renonce, chez les catholiques, à toute conquête sur les masses indiennes encore païennes; bien plus ''le ministère paroissial lui-même est mal assuré et la grande cause de l'enseignement chrétien compromise à tous ses degrés." '' Lisez les doléances sur les insuccès de l'Église américaine auprès des nègres des États-Unis. Le cardinal Gibbons posait en 1919 la question: "Nous n'avons produit qu'une très faible impression sur la population nègre... Est-ce dû à un défaut de méthode ou à un manque de zèle ?" Le résultat n'atteste guère en effet l'esprit apostolique: 250,000 catholiques sur dix millions et demi de nègres. '^
''La Vérité a besoin de la France," écrivit Joseph de Maistre. Pourquoi, en terre d'Amérique, notre nationahté n'apporterait-elle pas à la Vérité un peu de la collaboration que lui voua la France sur tous les continents ? Gui-
^. Cf. artich; du R. P. C Vurrii S. J.. dans le Messager Canadien du Sacré-Coeur, Monlival août 19'22, pp. 337 sq.
'*. L'apostolat des nègres aux fUats-Unis, niticlo d'Alexandre JVou dnns les FAikJps. Paris, 20 septembre 1922, pp. 702 sq.
24 l'action l'K ANC aise
dée par une doctrine, le catholicisme, elle fournira aux autres races la lumière et la discipline intérieure indispensables à l'avancement de la civilisation; possédant Tâme française, la plus généreuse qui soit, elle dépensera dans ce labeur d'apostolat une énergie dont ne sont pas capables les autres groupes ethniques. Éclairer notre esprit par la culture française, le fortifier par la doctrine catholique, c'est préparer à notre race une influence profonde et de lointaine portée.
- Antonio Perraui/f.