SIE LOMER GOUIN
le peuple canadien doit se mêler à la lutte économique comme aux luttes intellectuelles. '^
Cette faculté de percevoir les moyens d'accumuler les richesses, il la possède au plus haut point. Uétat des finances de sa province natale quand il Va quittée, est une preuve de ses talents d'homme d'affaires. Mais V hypertrophie de cette qualité semble avoir comprimé le jeu des autres. Les grands rêves de notre race ne le passionnent pas; les luttes que les nôtres ont à subir dons les autres parties du Canada, le laissent indifférent. Si sa carrière est l'indice d'une ambition indéniable, l'imagination lui fait e7itièrement défaut. C'est peut-être la rançon de son génie financier que de délaisser l'Idéal pour les faveurs plus tangibles de la fortune. En Chambre il n'est pas le porte-parole d'une nationalité, le défenseur d'une province ou l'apôtre d'un grand principe; il est le représentant de gros intérêts, identifiés avec la Banque de Montréal et le Pacifique canadien.
Sir Lomer Gouin a conservé de ses origines latines, la clarté du raisonnement, la sûreté de logique, la précision des idées. Il ne va jamais à l'aveuglette; si ses vues ne portent pas loin et juste, il a l'art de saisir le puissant relief d'un projet, le point faible de l'adversaire. Ce n'est pas le pugiliste léger, agile, fantasque et téméraire; c'est le poids-loùrd, sûr de ses coups, qui ménage ses énergies, mais sait tenir son adversaire en respect jusqu'au moment où il le terrasse. Sans dons oratoires exceptionnels, il est un de ceux que l'on écoule avec le plus d'attention en Chambre, l'un de ceux qui parlent le plus rarement, jamais en français; l'un de ceux que l'on attaque le moins souvent, surtout en face, par craime d'un coup de boutoir. Il n'ignore point les ressources que rnettent à sa disposition les phrases à effet ; personne n'a oublié ses évocations d'un Cromwell fatidique qui se Uverait pour venger la province de Québec, en 1917; chacun se souvient aussi de
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la répercussion de ses paroles, pendant la campagne de 1921, alors qu^il ne contribua pas peu à députer à Ottawa le groupe des 65 de Québec. C'est tout récemment ericore que M. Jules Jusserand, ambassadeur de France aux États-Unis, disait que le langage désir Lomer Gouin, à Genève, est Vun des plus purs qu'il ait jamais entendus. Le français qu'il parle est châtié, sans apparat, comme celui de beaucoup de nos compatriotes instruits; privé de tout accent cher à nos amis de Toronto, il s'en sert à la manière caractéristique de notre race.
Libéral par formule, mais politicien avant tout, sir Lomer pourrait se joindre aux conservateurs sans changer un iota à ses principes, sans subir la moindre évolution. Son groupe politique, dont les théories tarifaires sont le libreéchange, à l'imitation de l'Angleterre sur laquelle nos partis se modèlent, n'a pas hésité à mitiger ses idées; malgré l'augmentation de la préférence britannique, le gouvernement est protectionniste autant que sous le régime tory. En quoi d'ailleurs sir Lomer s'accorde avec les manufacturiers, les banquiers et les industriels dont il est l'homme-lige. S'il a passé par le bureau d'Honoré Mercier, alors qu'il était stagiaire, il a aussi reçu sa première formation sous la tutelle de Taillon et de Pagnuelo, hommxs de vieilles familles conservatrices. Une fois premier ministre du Québec, il a lutté contre Laurier, sur la question de la répartition des subsides fédéraux; c'est lui qui déclarait, à Batiscan, en août 1905; ^^ J'aime mon parti, mais j'aime ma province mieux encore, et je ne reculerai devant aucun sacrifice pour assurer son bien-être."
Ce n'est pas sans quelque fracas, et sans avoir plus ou moi7is jeté par-dessus bord son prédécesseur, l'hon. M. Parent, que sir Lomer Gouin devint chef de la province de Québec, où il a conduit ses partisans avec une main de fer. Son arrivée à Ottawa a laissé naître de semblables appréhensions pour le sort de l'hon. Mackenzie King, et ses déclarations officielles