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POUR "LE DROIT

Permette/.-moi de vous avouer que même sans un banquet à Hull et sans l'espoir des bonnes paroles du maire Therrien, je serais venu apporter mon témoignage en faveur du journal le Droit. Tout Canadien français doit parler à certaines heures, manifester son encouragement aux œuvres qui sont la force de notre race, son admiration à l'égard des hommes qui les soutiennent. Je sais que les directeurs et rédacteurs du Droit acceptent volontiers toutes les expressions de sympathie, si modestes qu'elles soient. Je les prie, à ce titre, d'agréer la mienne.

Depuis plus de vingt ans que je m'occupe de certains mouvements d'idées, de certaines œuvres sociales, j'ai plusieurs fois constaté que les petits ouvriers qui maintiennent de leur désintéressement ces mouvements et ces œuvres, ne peuvent guère compter sur la considération des puissants, ni même sur l'attention du public. Le public n'aperçoit pas ce patient labeur. Les gens en place n'admettent pas l'utilité de pareille tâche; ils l'ignorent, ils s'en moquent, à moins qu'ils ne cherchent à la détruire.

Directeurs et rédacteurs du Droit, comme tous les vrais travailleurs intellectuels et les artisans des œuvres sociales, trouvent dans leur âme la force de se passer des applaudissements. L'excellence de leurs initiatives et le but poursuivi suffisent à stimuler leur courage. Leurs amis tiennent, cependant, à se donner la joie de leur

^ Voici le texte du discours prononcé par M. Antonio Perrault au banquet donné à Hull le samedi 1er décembre 1923, à l'occasion du dixième anniversaire du journal le Droit. Les journaux n'en ont donné qu'un court résumé.

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adresser des paroles d'approbation et d'encouragement, à leur dire combien leur besogne est nécessaire, comme elle est efficacement développée. Qu'ils sachent que tous les patriotes clairvoyants les acclament et les prient de continuer leur œuvre.

Mais ce n'est pas en mon nom que je veux applaudir ce soir directeurs et rédacteurs du journal le Droit. J'ai l'agréable mission de les saluer au nom de V Action française. Je leur apporte un témoignage d'admiration de tout ce groupe, heureux de travailler de concert avec le journal français de la capitale fédérale.

Un journal comme le Droit est le frère d'armes d'une revue comme V Action française. Dans ce dernier périodique paraissent chaque mois des études approfondies sur les questions religieuses ou nationales, des études où l'on signale, à la lumière du passé, les périls de l'heure présente et les moyens de les traverser. Notre revue, comme toutes les revues d'idées, ne s'adresse qu'à un petit nombre de lecteurs, aux chefs de files. C'est aux journalistes du talent et de la mentalité de ceux qui écrivent dans le Dr oit , Qu'il appartient de reprendre les articles de V Action française, de les monnayer, si je puis dire, de faire de ces idées de petites pièces qu'ils lancent dans la circulation. C'est dans un journal comme le Droit qu'un mouvement comme celui de V Action française voit son complément, le moyen de faire rayonner son influence. Et conme directeurs de VAciion française et rédacteurs du Droit partagent les mêmes idées sur la forme qu'il convient de donner à l'action nationale des Canadiens français, comme ils s'aident à poursuivre une même œuvre, c'est une première raison pour VAciion française de se réjouir du passé du Droit et lui souhaiter un lumineux avenir.

Mais V Action française, pour exprimer un tel senti-

ment, trouve des raisons d'un ordre plus général, celles que doivent avoir les esprits réfléchis, qui admettent la nécessité de maintenir en notre pays la presse vraiment catholique et nationale, quelques journaux qui se tracent le programme que le Droit réalise avec tant de succès.

''Mon contemporain a un cerveau en papier de journal", écrivit un jour Edouard Drumont, je crois. Est-ce pour cela que certaines cervelles ont si peu de consistance et que des esprits, pour être épais, n'en sont ni plus clairs ni plus propres? Le journaliste, fabricant de cerveaux, est devenu un maître absolu des intelligences, parfois des consciences. Jamais servitude moins apparente mais plus réelle n'a pesé sur les âmes. Servitude des lecteurs. Le journaliste moderne est-il donc libre? La liberté de la presse n'est qu'un mot. La presse est soumise à l'or. La presse est un esclave faisant la loi à ses lecteurs, d'autres esclaves.

Le journalisme a trahi sa mission; en tous pays il se fait cause de décadence. Le journal apparut comme le mode perfectionné de la diffusion des connaissances humaines; il servirait, pensait-on, à faire pénétrer dans la foule à la fois des notions utiles à la vie quotidienne et bienfaisantes à l'âme. Des observateurs craignent que la civilisation n'évolue plus vers le culte des choses de l'esprit, culte qui fit parfois sa grandeur. Au nombre des causes qui désorientent la civilisation et qui peuvent même la détruire, ces observateurs aperçoivent le journalisme vénal. Ils entendent par là la tare qui caractérise les journaux modernes, le mercantilisme, l'unique souci d'accroître circulation et recettes, en usant des moyens les plus sûrs de satisfaire les instincts dépravés de la foule. La rénovation complète est-elle possible ? La plupart des journaux ne modifieront point leur orientation. Que, du

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moins, certains journalistes, éclairés, conscients de leur responsabilité, essaient de contrebalancer le mal propagé aujourd'hui par la plupart des feuilles. Qu'ils fassent pénétrer dans les foyers quelques journaux qui, loin de démoraliser ou d'abêtir le peuple, contribueront à l'instruire, à le rendre meilleur.

Le Droit s'est inscrit dans cette dernière catégorie de journaux. Dès le début de son existence, il s'assigna la tâche d'élever le niveau intellectuel et moral de notre population. Sous une forme correcte, élégante, il répand chez ses lecteurs des notions d'ordre scientifique, matériel, moral, utiles au peuple pour sa tâche quotidienne. Dans l'amas des notions créées chaque jour un choix s'impose. Les rédacteurs du Droit ne l'oublient pas; ils se souviennent que la phrase écrite cache en ses syllabes ou une pensée qui abaisse ou un rayon de réconfortante lumière. Le Droit contribua chez notre population au travail d'assainissement, de relèvement, de restauration morale.

Ce serait déjà mérite suffisant pour que le Droit reçoive notre admiration et notre encouragement. Mais il y a d'autres titres.

A cette tâche d'ordre général, les directeurs et les rédacteurs du Droii en joignirent de particulières. Cellesci se rattachaient aux périls que présentement traversent les Canadiens français. L'objectif précis que poursuit le Droit, depuis dix ans, c'est de se mettre au service des idées catholiques et françaises, défendre cet héritage spirituel dans l'Ontario, le coin de terre canadienne où il paraît le plus menacé. Personne n'oubliera les incidents de cette lutte nécessaire que tint le Droit sous une direction clairvoyante, grâce à la rédaction de haut ton que lui firent de remarquables journalistes.

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FoDdé au lendemain d'un congrès où les Canadiens français de l'Ontario affirmèrent leur dessein de lutter contre de nouvelles tentatives d'assimilation, le Droit éclaira l'opinion, tint la question scolaire ontarienne au premier plan. Il fut, chaque jour, le témoin chargé d'affirmer la vérité aux Anglo-Canadiens, de leur redire l'injustice commise par eux à l'égard de l'un des associés du pacte de 1867 et les dangers que cette injustice fait courir à l'existence même de la Confédération canadienne. Le Droit fut l'animateur rappelant à nos compatriotes l'urgence et l'utilité du combat, l'éclaireur stimulant les énergies, le porte-parole des défenseurs de nos droits. A une heure difficile de notre histoire, sur un point menacé de notre territoire, le Droit défendit efficacement, au profit de notre race, liberté de vie et liberté d'enseignement. Par cette attitude c'est toute l'âme française au Canada qu'il fortifia.

En cette fête de famille, enveloppons dans un même témoignage d'admiration et de reconnaissance tous ceux, directeurs et rédacteurs qui, de leur talent et de leur dé^^ouement réussirent à fonder et à maintenir cette œuvre nécessaire à la défense de notre nationalité.

Mais pour avoir aidé au rayonnement de notre puissance spirituelle, le Droit mérite plus que des sympathies, si affectueuses qu'elles soient, plus qu'un platonique encouragement. A la vérité, nous sommes réunis ici, moins pour féliciter le Droit d'avoir vécu dix ans, d'avoir vécu de la façon que je viens de dire, que pour examiner les motifs que nous avons, hommes d'affaires et professionnels, d'efficacement aider le Droit à poursuivre sa vie.

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Pourquoi professionnels et hommes d^affaires doiventils aider ce journal?

La question n ^est-elle pas superflue ? Quelques-unes des raisons invoquées, il y a un instant, suffiraient, il semble, pour induire tout Canadien français, fût-il industriel ou pharmacien, marchand ou avocat, à donner son encouragement à un journal comme le Droit. Mais l'on fait l'objection: le Droit est principalement un journal d'ordre national; à cause de ce caractère, aucun lien ne le rattache au monde professionnel ou commercial. C'est l'exposé, en d'autres termes, de la théorie: pas de patriotisme en affaires.

Pas de patriotisme en affaires, et l'on entend par ce mot d'ordre, séparation du sentiment national et de notre effort économique, acquisition par nos hommes d'affaires, pour la conduite de leurs entreprises, d'une mentalité anglo-saxonne.

Il n'y a pas de maxime plus funeste répandue parmi nous; il n'y en a pas qui paralyse davantage le développement des Canadiens français. Elle supprime les obligations sociales de nos compatriotes les uns à l'égard des autres, elle méconnaît le devoir d'un Canadien français de faire profiter d'abord ceux de sa race du fruit de son travail et de ses épargnes.

Tard venus dans le domaine économique, combien timidement nous y sommes pénétrés. Nous ne voulions pas troubler la paix du maître de la place, l'Anglo-Saxon; nous redoutions ses représailles. Économistes et financiers mirent une cloison entre le patriotisme et les affaires. il eût fallu montrer nos efforts pour organiser au Canada le domaine de l'utile, acquérir les biens matériels, comme Tune des formes nouvelles imposées à notre survivance en Amérique. On sépara réconomic^ue du national, la besogne

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quotidienne des problèmes d'ordre national; on laissa les préoccupations de race à une petite troupe. En d'autres termes, notre nationalité devenait sujet d'articles ou de discours, non la substance de chacun de nos actes.

D'autres théories, propres aux vaincus, avaient cours. Seuls, disait-on, les Anglo-Saxons réussissent en affaires; les Canadiens français n'arriveront à la richesse qu'en se débarrassant de leur âme française comme d'une défroque, qu'en acquérant la mentalité, les façons de penser et de faire anglo-saxonnes.

Quelle conception du patriotisme canadien-français! Comment pouvait-on parler de survivance canadiennefrançaise en essayant d'angliciser aux trois quarts nos hommes d'affaires et en les portant à se désintéresser, six jours sur sept, des exigences de leur race ?

Redisons cette vérité: si les Canadiens français veulent survivre, il faut qu'ils sachent unir la question économique à la question nationale. Qu'ils ne se contentent pas d'être les fils de leur race les jours de la fête de Dollard ou de -aint Jean-Baptiste; qu'ils fassent pénétrer leurs préoccupations nationales dans chacun des actes de leur vie professionnelle. Ce sont les actes des industriels, des commerçants, des professionnels qui constituent la trame de la vie canadienne. Si tous nos compatriotes engagés dans le commerce, l'industrie, les professions libérales, ne veulent pas, derrière les comptoirs ou les bureaux, penser et agir avec une préoccupation nationale, ils détruiront peu à peu tous nos projets d'expansion et tous nos espoirs.

L'accroissement de notre nationalité exige une pensée patriotique dominant toutes nos activités. Si les Canadiens français veulent devenir les maîtres de leur sol, de ses ressources, s'ils veulent devenir capables de les exploiter, cesser d'être les pourvoyeurs de la finance étrangère, les

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esclaves et les serviteurs des capitalistes anglais ou américains, s'ils veulent soutenir le mouvement économique par des institutions dont ils aient la propriété, multiplier les richesses au profit de leur race, favoriser ainsi l'essor de la vie intellectuelle et artistique, il faut que leurs hommes d'affaires se laissent guider par la pensée nationale dans chacune des manifestations de leurs activités. Cultiver le sol, ouvrir des usines et des magasins, établir une banque ou une maison de finance, doivent être des moyens d'aider les Canadiens français à prospérer et à grandir. Et sur ce terrain, financiers, hommes d'affaires doivent rester eux-mêmes, se développer individuellement, agir dans le sens de leur âme nationale, manifester dans leurs relations commerciales les qualités morales et intellectuelles de leur race.

Si l'on a des choses une telle vue, si l'on comprend de cette façon l'attitude des Canadiens français sur tous les champs de leurs activités, il est aisé de comprendre le rôle que peut jouer un journal mettant au-dessus de tout, après son dévouement au catholicisme, son souci de la race. Quel meilleur organe pourrait-on trouver pour rappeler quotidiennement aux Canadiens français les préoccupations supérieures auxquelles doivent être soumises leurs vues et leurs actions ?

Ce journal rappelera aux Canadiens français dans quel sens ils doivent de préférence orienter leur activité économique et, par exemple, accroître le nombre des petites fortunes, développer le sens national dans la mise en valeur de ces petits capitaux. Il encouragera les institutions économiques propres à conserver les plus essentielles vertus de notre race, la probité, l'économie, la prévoyance, l'esprit d'association, l'association, non avec des escrocs de Cin-

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cinnati ou de New- York, mais avec des financiers et des hommes d'affaires de c ez nous.

Un journal comme le Droit rappellera aux hommes d'affaires les dangers du matérialisme outré, le matérialisme sans foi, sans idéal patriotique, les dangers auxquels une course désordonnée aux affaires exposerait notre race. La conquête anglo-saxonne et protestante a une voie ouverte chez nous: l'éducation dite pratique, c'est-à-dire l'initiation aux seules méthodes anglaises, le souci d'en faire la règle à su ■ vre dans nos affaires, le souci d'angliciser tous ceux qui se destinent au monde industriel ou commercial. Estil interdit à un Canadien français d'atteindre au succès, même sur le terrain économique, s'il s'y conduit selon les données de son esprit latin, avec les ressources intimes qui lui sont propres, sans rien sacrifier des qualités intellectuelles et morales qui font la supériorité de l'âme française ?

Un journal comme le Droit rendra d'autres services: il sera le meilleur agent d'harmonie entre tous les artisans de notre prospérité matéiielle et le soutien de la paix sociale.

Les grands journaux, ceux qui sont préoccupés surtout d'accroître par tous les moyens leur circulation, sont rarement libres dans les mouvements d'opinion qu'ils appuient ou qu'ils combattent. Soumis à la haute finance, aux brasseurs d'affaires, à des hommes cherchant, comme le lion de l'Écriture, quelqu'un à dévorer, le j ournal moderne apparaît trop souvent comme un instrument aux mains de quelques exploiteurs.

Un journal comme le Droit contribue au véritable essor économique du pays, parce qu'il ne se met au service que de l'ordre social, des institutions et des hommes dont l'activité peut aider toute la société, non pas une petite coterie d'agioteurs. Ses rédacteurs voient plus clair, même dans les questions économiques, parce qu'ils sont plus

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libres de regarder, plus libres d'écrire le résultat de leurs observations, à la seule lumière des intérêts catholiques et français.

Vous demandez- vous, parfois, quel saboteur de la paix sociale ou quel serviteur de la justice et de la charité peut être le journal, la feuille imprimée, chargée d'apporter chaque jour aux lecteurs des informations sur tout ce qui se pense, se dit, s'accomplit, chargé de formuler des opinions sur tous les faits quotidiens, suggérant ainsi les sujets de conversations et préparant les actes ? Est-il indifférent d'avoir dans un pays des journaux qui sont des boutiques ouvertes à toutes les influences, ou des journaux qui sont des tribunes et des chaires d'enseignement, ne propageant que des idées claires, saines, inspirées par l'intérêt national ?

C'est l'esprit, dit-on, qui présentement entrave l'Europe dans l'œuvre de reconstruction, entretient les maux dont elle souffre; c'est une doctrine qui l'empêche de se relever de ses ruines. Au-dessus des conflits qui depuis un siècle et demi secouent l'Europe, on aperçoit deux conceptions du monde qui toutes deux recherchent, chacune à sa manière, l'ordre et la prospérité de l'humanité. La nature humaine est-elle indéfiniment perfectible ? Oui, disent les uns, et tirent la conclusion que l'homme n'a nul besoin d'être contraint, soutenu par les institutions rehgieuses, politiques, économiques et sociales. Non, prétendent les autres; le progrès n'est pas chose facile et, entretenant une vue plus pessimiste de l'humanité, ils pensent que l'homme ne peut vivre, prospérer et travailler que s'il est encadré, appuyé par les institutions chrétiennes, retenu par les contraintes morales, intellectuelles, économiques, découvertes le long des siècles.

Toute action prend la direction que lui donne l'esprit. La catastrophe russe, affirment des historiens, est moins

sortie des conditions politiques et sociales de l'empire des Tsars que de la tête de Lénine et des disciples de Karl Marx. La restauration ou la conservation sociale sera maintenue chez les peuples par Quelques créateurs intellectuels, quelques esprits capables de faire accepter les idées qui assurent le maintien de la paix et de Tordre publique. On a cru longtemps ici au Canada que nous pouvions nous désintéresser des doctrines économiques. Notre peuple, disions-nous, est jeune, plein de goût pour l'action, ardent au travail; il vit sur un territoire peu peuplé; il peut fournir un travail intense; ses actions, même si elles ne sont pas coordonnées, lui permettront toutefois d'atteindre la richesse et la puissance.

De récents événements ont prouvé que c'était là raisonnement dangereux. On découvre que des doctrines dissolvantes de l'ordre social ont pénétré chez nous et qu'elles renferment en leurs effets des lendemains révolutionnaires. Les journaux n'ont-ils pas été les propagateurs, inconscients parfois, de faits et de doctrines nuisibles à l'équilibre social ?

Encourageons les feuilles qui, non seulement proclament la supériorité des vérités morales, mais y demeurent fidèles dans chacune de leurs colonnes. Encourageons les journaux qui font planer au-dessus de la foule des idées saines, une conception des choses qui vous assure à vous, professionnels, financiers, hommes d'affaires, l'ordre social sans lequel vous travaillerez en vain.

Mais votre aide à un journal comme le Droit vous amène un profit plus immédiat. Il vous fait des chents, même quand vous n'y mettez pas votre annonce.

Qui donc rappellera aux lecteurs oublieux, aux lectrices distraites que le devoir national exige entre tous les fils d'une race cohésion et soUdarité ? Qui donc leur rap-

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pellera que Ton doit aider au développement d'une nationalité autrement qu'en applaudissant des discours ? Qui leur dira que l'une de nos garanties de survie c'est d'avoir parmi nous des hommes compétents dans tous les domaines, mais surtout des professionnels, des industriels, des marchands qui réussissent dans leurs affaires ?

Dans la vie sociale comme en harmonie musicale, il y a une dominante. Il n'est pas indifférent pour vos affaires, messieurs, qu'un journal comme le Droit fasse entendre cette note dominante: Canadiens français, il vous faut l'indépendance économique, et vous ne l'aurez qu'en aidant vos institutions, en aidant vos producteurs, vos financiers, vos hommes d'affaires.

Résoudre le problème économique c'est appliquer les activités de nos compatriotes à produire, acquérir les richesses, à les distribuer parmi eux. Cette tâche exige des théoriciens, des hommes d'action et, derrière eux, tout notre peuple. Professeurs et écrivains donnent les directives; des hommes courageux s'aventurent sur le terrain des réalisations, des hommes dont on ne saurait trop louer l'intelligence et l'énergie. Mais, notons-le bien, le succès ne leur viendra que si ces hommes d'affaires sentent derrière eux toute la poussée de notre race, s'ils peuvent s'appuyer sur la solidarité de leurs compatriotes. Création et maintien par nos hommes d'affaires d'une armature économique, des institutions, des organismes appropriés aux exigences du mouvement économique; souci constant chez le peuple d'encourager de préférence nos hommes d'affaires, voilà, il me semble, d'essentielles conditions à notre libération économique et à votre succès individuel.

Qui donc fera, derrière vous, l'appel du peuple ? Une demi-douzaine de discours ou de conférences chaque année ? Je crains que ce ne soit trop peu. Dans notre société où les

événements se succèdent si rapidement, dans notre société où la quotidienne besogne absorbe tant les énergies, seul le journaliste peut empêcher le voile de Toubli de descendre sur les visées de l'avenir; seul il peut chaque jour rappeler aux lecteurs la nécessité de traduire leur patriotisme dans les faits, dans chacun de leurs actes.

Un journal comme le Droit, après avoir rappelé aux hommes d'affaires les idées générales qui, du point de vue national, doivent dominer leur activité, enseignera à la foule comment elle peut seconder les efforts des industriels et commerçants patriotes. Un journal comme le Droit, au service de nulle coterie intéressée, mettra ainsi la cohésion sur le terrain économique entre tous les fils de notre race, facilitera, sur ce terrain, l'union de la pensée et de l'action, de l'idée et du fait, du patriotisme et des activités industrielles et commerciales.

N'est-ce pas ce qui s'est passé dans la ville d'Ottawa? Si vous avez des membres de professions libérales, des commerçants, des financiers qui font honneur à eux-mêmes et à leur race, n'est-ce pas dû au fait que depuis 25 ans les Canadiens français se sont préoccupés de se suffire à euxmêmes le plus possible au point de vue économique et des services sociaux ? Le fait s'est produit partout où il y a des Canadiens français. Si nos institutions, si nos hommes d'affaires réussissent mieux qu'autrefois, c'est dû au fait que des patriotes répètent sans cesse qu'une race qui dépend d'une autre race au point de vue économique est une esclave et que la première nécessité imposée aux Canadiens français c'est de se suffire à eux-mêmes et donc d'encourager tous ceux qui veulent leur affranchissement économique.

Quelques journaux, dont le Droit, ont puissamment contribué à ce réveil de l'esprit, à cette nouvelle orientation de notre énergie nationale. En encourageant un journal

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comme le Droit, par l'annonce, par l'abonnement, en le lisant, le faisant lire, le répandant, augmentant sa circulation, vous maintenez, vous, hommes d'affaires, votre meilleur agent de liaison entre votre maison et les milliers de clients disséminés un peu partout, vous a'dez votre meilleur recruteur, celui qui chaque jour atteint une population à laquelle il répète sans cesse qu'elle doit encourager en premier lieu les siens, ses médecins, ses industriels, ses marchands.

Deux devoirs principaux s'imposent aux Canadiens français: plus de vigilance et plus d'union. Notre groupe se distingue des autres qui habitent le territoire canadien par quelques signes caractéristiques, race et religion, langue et lois. Les Canadiens français doivent exiger de la Confédération canadienne la reconnaissance de leurs droits d'hommes et de citoyens, la faculté de conservei* leur caractère ethnique et de le transmettre à leurs enfants. La Confédération canadienne est tenue, à la fois, de les laisser libres de demeurer différents des autres citoyens, tout en les maintenant égaux aux autres sujets canadiens sur le terrain des droits civils et pohtiques.

Nous, minorité nationale appuyée sur cette base solide, l'unité de la race, de la religion et de la langue, ne souffrons pas que notre nationalité soit atteinte, par l'arbitraire de la majorité, dans ses droits essentiels et dans ses sentiments les plus chers. Pénétrés de la loi de la continuité de la vie, ne laissons point se perdre trois cents ans d'efforts, ni s'engloutir, f t-ce dans un tout canadien, notre âme marquée du génie français.

Sommes-nous assez vigilants ? Assez fiers ? Assez unis? Sommes-nous assez nombreux, non pas à vouloir

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notre survivance, mais à l'assurer par une attention de chaque jour, par un souci poussé jusque dans les détails de nos besognes quotidiennes ? Au lieu d'applaudir les efforts accomplis par les plus clairvoyants, les plus désintéressés, les plus résolus d'entre nous à toujours défendre notre âme française, ne sommes-nous pas enclins à méconnaître leur apostolat, à dénoncer ce que les faibles appellent l'extrémisme ? Si nous n'avons pas le courage de mettre chacun de nos jours au service de la-race, soyons du moins reconnaissants à ceux qui se dévouent à cette tâche. Sachons reconnaître les sacrifices au'ils accomplissent pour conserver nos droits sociaux, nos droits religieux et scolaires, notre droit à la langue française et, avec elle, à tout un héritage d'idées, de traditions, de souvenirs.

Quand donc comprendrons-nous que les Canadiens français ne peuvent compter que sur eux-mêmes ? Quand comprendrons-nous que seules les races divisées périssent ? L'on "met parfois notre désunion au compte de la culture latine, du tempérament français, prompt à voir, à comparer, à manifester ses sentiments et ses pensées. L'on va même jusqu'à considérer comme impossible notre accord national. N'est-ce pas trop noir pessimisme ? Noire charité chrétienne n'est-elle pas suffisante, n'est-elle pas entrée assez profondément dans nos mœurs pour tempérer l'excès d'individualisme dont serait marquée notre hérédité latine et française ? Nous nous trouverons unis, sur le terrain patriotique, quand, guidés par notre sens chrétien et un sens national mieux averti, nous oublierons les personnes pour songer davantage à la race, et quand la vue claire de ses exigences nous fera surmonter nos petites divergences de sentiments, d'opinions ou d'idées.

Des journaux comme le Droit peuvent nous aider dans l'accomplissement de ces deux devoirs de vigilance et

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d'union. Aidons ces journalistes dans la tâche qu'ils se sont assignée: écrire pour le peuple. Grande maxime. Qui s'en inspire aujourd'hui ? Homère a-t-il chanté pour le peuple, ainsi que le soutiennent les lettrés ? Cervantes, Shakespeare, Molière, ont-ils voulu, avant que d'amuser les beaux esprits, faire rire les muletiers dans les auberges des sierras espagnoles, les faubouriens de Londres, ou les ouvriers français ? Certaines productions géniales du passé, exprimant la collaboration de la foule et du génie, s'adressaient au grand nombre et devenaient accessibles à tous.

Les pages qui aujourd'hui s'ouvrent pour le peuple, ce sont celles des journaux. Aidons les journalistes qui, dominés par des idées d'un ordre supérieur, écrivent pour notre peuple, au sens vrai du mot, l'initient chaque jour davantage à tous ses devoirs, religieux et patriotiques, le tiennent uni et vigilant dans la revendication de ses droits, lui apprennent à posséder les biens matériels sans amoindrir sa valeur intellectuelle et morale.

Antonio Perrai.lt.

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